Chapitre 18 : Echec et Mat en 3 secondes

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-Samaury, on est presque à la cave d'après le plan, il ne reste qu'à traverser les cuisines.

-Ça marche, Alan ! Si tu trouves des documents, n'hésitent pas à tout prendre. Tu les déchiffreras à l'Anfracte.

Je m'exclame haut et fort :

-Marie-Adélie, Angélique, Cléante, Charlotte ! Vous formerez l'avant-garde. Alan, reste en arrière derrière Léontine et moi. S'il y a un problème, on fait comme d'habitude.

Ils hochent tous de la tête comme une seule entité.

 Nous pénétrons tel un commando dans les cuisines du château. Elles sont immenses ! Pas d'ennemis en vus. Cléante plaisante :

-Et t'as vu, ils ont eu tellement peur de nous qu'ils ont abandonné leurs ingrédients sur le plan de travail !

Merde. J'ai à peine le temps de comprendre, d'apréhender la menace et de pousser violemment Cléante sur le sol qu'un jet de liquide brûlant transperce une dizaine de meubles et viens s'écraser contre le mur. Cléante gueule :

-Ho putain, la vache, merde !!!

Tous se mettent à couvert. Sauf Angélique qui court le rejoindre dans un grandiloquent :

-Mon Cléante !!!

Léontine, quant à elle, vient me voir, comme toujours pragmatique :

-Comment t'as su ?! Il est où ?

-J'ai à peine eu le temps de comprendre en fait. J'ai juste vu une lueur et j'ai senti que c'était pour la poire de Cléante.

Ce dernier se tient en position foetale. Les mains sur les oreilles, un torrent de larmes dégoulinant sur ses yeux. Angélique tente de le rassurer comme elle peut, sans y parvenir.

-En tout cas, ces deux là me paraissent inutilisables maintenant.

-Toujours aussi directe...

Elle ne prend même pas la peine de le relever :

-On sait qu'il y a un mage, tu penses qu'il y en a d'autres ?

-J'ai des doutes, ils seraient immédiatement venus sinon. L'avantage numérique de nos adversaires serait un allé simple vers la mort...

-Retraite ?

-Je ne sais pas, essayons d'appréhender la-

 Soudain, dans un sifflement, le plafond, s'embrase et semble fondre sur nous. Nous nous dégageons in extremis. Angélique réussissant à tirer Cléante de là avec toutes les peines du monde.

Deux mages bondissent du haut jusque dans les cuisines, en plein milieu de nous. Un type en costume avec des petites lunettes rondes et une moustache frisée lance :

-André !! Vise derrière, au niveau de l'évier de la souillarde, il y en a deux ! On s'occupe des autres.

Un jet aussi rapide qu'une balle traverse toutes les cuisines, cette fois-ci en perçant le mur amenant à la souillarde. Un cri de douleur surgit.

-HAAAAAAAAAAAAAAAAAA !!!! C'EST PAS QUE BRÛLANT, C'EST COROSIF CETTE MERDE !

Alan a été bigrement touché par le jet. Il sort en trombe. La manche de son habit s'évapore dans une fumée âcre, révélant sa chair à vif, complètement rongée. Il hurle :

-J'ai pas signé pour ça, moi ! Je me casse !

Je m'écrie :

-Salopard, reviens ici !

On ne me laisse pas le temps de souffler, le binoclard fonce vers moi à vive allure. Il m'assène un coup de poing qui aurait pu réveiller les morts. Seulement, j'arrive à bien encaisser, entraînement oblige, et je riposte presque immédiatement. Il esquive tout. Même lorsque je dégaine ma lame. Il ne fait même pas le moindre effort. J'en suis sûr ! C'est son sort.

Proche de moi, Cléante s'est enfin ressaisis suite aux injonctions d'Angélique, ils tournent autour de l'autre gars comme des chiens fous. Soudain, un troisième homme plonge et percute de plein fouet Marie-Adélie. Elle s'effondre sur le plan de travail bousculant un monticule de casserole à côté desquels gisent des sacs de farine éventrés. Il arrête de se soucier d'elle :

-FISCHER ! LEFEBVRE ! ARRÊTEZ DE ME LAISSER EN DEHORS DES FESTIVITÉS !

C'est qui ce malade ?! Il est complètement givré ou quoi ? Attends, ses mains... Des... Valves ?! Et ses quoi ces poches sur ses cuisses ?? Je le sens gros comme une maison, les jets c'était son ressort. Reste à savoir c'est quoi exactement son sortilège.

 Bon, je vais essayer d'aider Marie-Adélie... Voyons, à gauche, non, Lefebvre fait s'écouler des matériaux fondus partout. Je tente un déplacement à droite pour aider ma camarade, mais le binoclard, Fischer je crois, s'interpose et me fais une clé de bras. Il lance à son camarade :

-À toi l'honneur pour démolir celui-là, André !

Un sourire carnassier s'affiche sur le visage du lanceur de jets, André. Il semble concentrer ses forces dans son poing, celui-ci se recouvre d'une carapace solide. Des ailes apparaissent avec un bruit de déchirure dans son dos, lui permettant une accélération formidable dans ma direction. Juste avant l'impact, son poing, déjà renforcé se cristallise. J'interpose ma lame.

BAAMMMMMM

 Le coup me fauche comme un boulet de canon. Je traverse la pièce et m'écrase dans un fracas de vaisselle. Ma poitrine n'est plus qu'un brasier. Je vomis des flaques de sang, épais, tandis que mon diaphragme refuse de repartir. Chaque battement de cœur est une agonie qui se répercute contre mes côtes brisées, mais mes yeux restent fixés sur André. Je ne peux pas lâcher. Ce malade... Si je n'avais pas dévié avec ma lame... Il l'a complètement atomisé.

Il rit :

-Tu savais que certains coléoptères pouvaient soulever jusqu'à cent fois leur masse ? À l'échelle humaine, mon seul sort sans renforcement me permet de soulever trois à quatre fois le mien. En plus, j'avais de l'élan. Et puis, j'ai réussis à cristalliser mon poing, une sacré performance ! C'est sensé augmenter la force du coup à la puissance deux. Tu m'impressionnes, je suis très sérieux. Tu as tout mon respect.

Il renforce son sort ce chien. Il veut repartir à l'assaut !

Léontine surgit de derrière :

-Imbécile, si t'étais si fort, t'aurais pas besoin de dévoiler ton sort pour le renforcer !

Elle lui assène un coup de couteau au visage, mais une plaque de chitine se forme. Le couteau ne fait que le rayer. André entre dans une rage noire, il tente de la démolir comme il l'a fait avec moi. Elle esquive facilement. Fischer court aider son allié, seulement soudain, Alan, qui avait feint la fuite comme le prévoyait notre plan, lui transperce la jambe d'une flèche. Il lance à tout le monde :

-J'ai compris leurs sorts. André possède les capacités d'un coléoptère bombardier.

Au même moment, Léontine arrache sa veste alors qu'André pointe une de ses paumes valve et enfourne le tissu dans le conduit venant de s'ouvrir. Alan continue, impassible.

-L'autre, le Fischer, je pense qu'il voit quelques secondes dans le futur. Ce n'était qu'une supposition, mais le fait que ma flèche ait touché le prouve. Quant au dernier, Lefebvre, je suis moins sûr, mais vu tout ce qu'il fait subir à Cléante et Angélique, je dirai qu'il manipule le thermite.

Bien joué Alan ! T'as joué ton rôle à la perfection, tu as déduis leur sort et les a perturbé, c'est au tour de Léontine !

Celle-ci s'exclame :

-Ce que vous êtes faibles malgré vos beaux sorts !

Le mage bombardier tend son autre paume non obstrué et vise Léontine. Celle-ci crie :

-Marie-Adélie, maintenant !

Celle-ci jette un grand sac de farine sur André au moment où un jet corrosif est expulsé de sa paume droite. Le jet est dévié de Léontine, et bien moins puissant que les fois d'avant. Il doit y avoir un procédé de monter en pression. Celui-ci ne fait même pas cinq mètres et ne perce rien. Par contre, la farine, elle, s'enflamme, et il n'est pas invulnérable à la chaleur.

 Des goutellettes de farine enflammée s'écrasent sur son visage, certaines tombent sur Léontine. Les deux adversaires serrent les dents et se dégagent le plus vite possible.

De l'autre côté, Alan s'élance face à Fischer. Même problème que pour moi, toutes ses attaques sont évitées sans soucis. Malgré sa jambe perforée c'est un adversaire retord. C'est alors que Lefebre crit :

-ERNST !!! DERRIÈRE TOI !!

Charlotte, qui s'était fait discrète tout le combat durant, avait réussis à grimper sur les débris du plafond pour plonger au moment opportun derrière Ernst Fischer. Celle-ci lui transperce le flanc, le plaque au sol sans soucis. Elle crie à Alan :

-Mets tout ton poids dessus ! Allé !

Celui-ci s'exécute. Charlotte empoigne des cordes qu'elle avait préparéet ligote en quelques secondes Ernst sans que les autres n'aient rien pu faire. Le combat se stoppe pendant quelques longues secondes. La tête des deux mages en dit long. Ils sont horrifiés.

Je parviens enfin à me relever et je m'exclame d'un ton moqueur :

-Bah alors ? C'est qui les proies maintenant ?

Alan s'adresse à eux :

-Vous vous reposez trop sur vos sorts, si vous aviez essayez de maximiser votre renforcement en même temps, nous n'aurions jamais pu l'immobiliser aussi facilement. En plus, vos sorts ont tous des failles... Il suffisait d'être en dehors de son champ de vision pour qu'il ne puisse plus voir l'avenir.

 André fonce d'un coup droit sur Alan et le percute comme un taureau. Celui-ci s'écrase violemment avec un bruit sec contre le mur adjacent.

Lefebrvre s'écrit :

-Mais arrête André ! On ne doit pas les tuer !

-Ta gueule Gérard ! T'as bien vu ce que ça donne de simplement essayer de les blesser ! Si j'avais renforcé mon corps comme il se doit, leur chef serait mort.

Je m'exclame, bien plus vaillamment que je ne le pense moi même :

-Que de la bravade, rien en acte !

-Toi je vais te fumer !

-Attends André ! Chadwell va te-

Un bourdonnement grave couvre ses paroles. Les élytres d'André s'agitent, et il s'envole, prêt à fondre sur sa prochaine cible. Attends, il a dit Chadwell ? Le Bernard Chadwell ? Le célèbre révolutionnaire ? On est dans la merde s'il dit vrai. Faut prévenir les autres le plus vite possible. Je clame haut et fort :

-Les gars ! Retraite stratégique, on se casse dans la pièce d'avant ! Vite ! On embarque Ernst et Alan.

Les années d'entraînement paient, car, en plein combat, nous nous sauvons en bon ordre à une vitesse ahurissante. Seul André, le coléoptère, essaie de fondre sur Marie-Adélie avant que Léontine ne l'extirpe. Seulement, son plan était déjà prévu...

Alors qu'il arrive à toute vitesse, elle s'empare d'une casserole en fonte, et assène un coup à la volée sur une des poches à la cuisse d'André. Là où sont stockés ses réactifs, son point faible. Il perd le contrôle et s'écrase lourdement au sol un peu plus loin. Les filles en profitent pour évacuer de la salle. En les voyant arriver je soupire de soulagement :

-Tout le monde est là, ouf... Bon, on sort l'hibappeau, faut prévenir les autres que ça ne tourne pas rond ici. Cléante, charge t'en. Léontine, comment va Alan ?

-Il est très mal en point, c'est tout ce que je pourrais diagnostiquer... Mais on pourrait en dire de même pour toi...

Je ne faisais même plus attention à la douleur, mais à ses mots, je m'inspecte. L'hibappeau retentit alors. Mon corps est couvert de sang. Mes côtes me font souffrir le martyre, chaque respiration émet un sifflement anormal. Je n'en fais pas cas, il y a plus important :

-Bon, vous aurez compris pourquoi on se replie ?

Angélique s'exclame :

-Bien sûr ! Tu veux limiter la mobilité du coléoptère !

-Exactement, mais pas que... J'ai un plan.

Léontine, sceptique :

-Sans vouloir casser l'ambiance, un espace exigu n'est pas excellent face à des ennemis qui peuvent faire de gros dégâts de zone.

-Tu oublies notre atout.

Je prends Ernst par le col, puis reprend :

-Vous oubliez qu'on l'a choppé, lui. Ils devront limiter leurs sorts s'ils veulent qu'il reste en vie.

Léontine approuve d'un hochement de tête :

-Oui, ça fait sens. Mais ils doivent être en train de réfléchir à une parade, sinon, ils se seraient immédiatement engouffrés ici.

-Ils doivent sentir le piège arrivé.

-On pense à la même chose ?

-Ho que oui...

Cléante s'immisce timidement :

-On peut savoir de quoi il s'agit ?

Je crache un filet de sang en répondant :

-À toi l'honneur, Léontine !

-On va retourner leurs sorts contre eux, voilà comment on va procéder...

Je jette un regard vers la porte. On entend le bourdonnement des ailes d'André qui s'impatiente dehors. S'ils entrent, ils entrent dans un abattoir. Échec et mat !

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