Chapitre 24 : Auguste, le Vaillant
Auguste, 3 ans plus tard, 9 décembre 3781
-Non, non, non et encore non !
-Mais voyons, Auguste, soyez raisonnable ! L'Empire a besoin de cette réforme militaire !
-Ne soyez pas ridicule ! L'Empire ne connaît aucun conflits depuis soixante ans, et aucun ne se profile actuellement.
-C'est en préparant la guerre, qu'on présèrve la paix !
-Ecoutez moi bien, M.Schwarzenberg, vous n'êtes ministre de la guerre que depuis peu, et je ne doute pas que vous préféreriez guerroyer à tout va, mais je n'approuverai pas votre demande.
-L'Histoire s'en souviendra, le peuple s'en souviendra. C'est irresponsable au possible !
-De quoi ? De sauver notre équilibre budgétaire face aux dépenses inutiles dû aux caprices d'aristocrates en manque d'attention ? Pas sûr qu'on m'en veuille tant que ça.
Je fais la moue pour me moquer de lui. Schwarzenberg reprend sans y faire attention :
-Amusez-vous tant que vous le voulez, notre armée a de grosses lacunes... Nous aurions besoin de ce service universel, ne serait-ce que pour réinstaurer un semblant de discipline.
-Ecoutez, vous savez très bien ce que nous avons. L'Empire dispose de 999 bataillons de 50 mages, à l'exception de deux bataillons de Molins de 2000 soldats. Enfin, peut-être que je les supprimerai, mais ils font une superbe chair à canon... Et le 731 en particulier... Bon bref. On dispose également de 150 bataillons Symaliens et de deux unités spéciales d'élites. Pensez-vous que cela est insuffisant ? Dans un monde sans conflits, nous n'avons pas besoin d'augmenter nos effectifs et de remettre en place le service universel obligatoire, un point c'est tout. L'Empire ne vous allouera pas un centime de plus.
-Mais-
-Assez !
M.D'Esteval, conseiller à la guerre s'exclame prestement, d'une traite :
-Mais enfin, soyez rationnel ! Le Culte de l'Atome et les Adorateurs du Malin sont de plus en plus véhéments. Nous aurions dû en finir bien plus tôt avec ces extrêmistes. En outre, on ne peut pas les faire arrêter sans prétexte, ils ont bien trop de soutiens ! Les Symaliens nous détestent, et se servirait du moindre prétexte pour partir en révolution.
-Fadaises !
-Non monsieur ! Vous n'êtes jamais allé en Symalie. Vautré que vous êtes dans le confort qui vous sied tant à PRITA, vous ne savez pas à quel point ils sont toujours autant en colère du génocide de leurs molins. Partez donc de Bastia pour voir un peu la Symalie, ça vous changerait.
-Prenez garde à votre ton, ça pourrait être vos dernières paroles.
M.D'Esteval fait une courbette symbolique, je me calme :
-Bon, pour en revenir au propos, c'était il y a soixante ans ! Si les cadres de Symalie sont assez idiots pour en vouloir à des gens qui n'ont pas participé, ce n'est pas nous les sots.
-La Symalie n'est pas Bastia. Ils sont très attaché à leur diversité, tout en étant xénophobe envers les peuples au delà de Symalie. Je vous le dis très honnêtement, si la Sainte Archevêque Suprême Cléa IV n'était pas là, et qu'il n'avait pas la garantis du Sénat que le prochain triarche sera Symalien, vous ne les auriez pas ces bataillons.
Charles-Philippe von Schwarzenberg ajoute précipitemment :
-Ferdinand n'est pas à négliger non plus. Sa simple présence permet de calmer le jeu, mais pour combien de temps ? Et puis, la menace Molin devient vraiment préoccupante-
-STOOPPPPP ! Je commence à en avoir assez !
Mes mains tremblent de colère. Je bouillonne petit à petit, mais M. D'Esteval ne compte pas en rester là :
-Nous avons absolument besoin de réformer le système, l'Empire est gangréné et vous le savez !
-Mais oui c'est ça, l'Empire est gangréné, et vous avez sans déjà vu pleuvoir des vaches ?
-Je ne rigole pas ! Et puis, discriminer les Molins ne fonctionne plus, ils sont au bord de la Révolte. On vous l'a déjà dit cent fois, mais vous n'écoutez rien ! Et-
-Au diable les Molins, ou je ne sais quelle autre secte, D'Esteval ! L'Empire bravera tous les dangers !
-Si vous ne faites pas de réformes, essayer d'au moins arrêter de brûler les villages des Molins pour en faire des boucs émissaires...
-Et pourquoi ça ? Ils ne servent à rien.
-Peut-être, mais la Résistance se renforce de leur côté... L'échec de Thalberg d'éliminer l'entiereté d'un petit village a déjà été assez humiliant... Cependant, d'autres événements de cet envergure ce multiplie. On croirait qu'ils ont réussi à se coordonner et à obtenir des usines... Vous y croyez, vous ? Ces destructions ne font qu'accoître leurs rangs... La révolte commence à être connu partout, nos experts craignent un soulèvement généralisé. Tout ce qu'on a réussi à tirer en torturant certains membres de ce CIOR serait que le "noble geai" arrive. Allez savoir ce qu'il baragouine...
-Pour Thalberg, je m'en suis déjà chargé, il va bientôt revenir de son exil de Virevent-les-éoles. Il semblait assez heureux de cette sentence d'ailleurs... Et, sachez bien que le jour où j'aurai peur des Molins, ce sera à la Saint Glinglin ! Ils n'ont pas de pouvoirs, ces malheureux. On ne fait que les délivrer de leurs existences moroses...
-Certes, mais ils sont nombreux.
-Au même titre que les bataillons 731 et 732 de Molins : de la chaire à canon, ni plus ni moins. Enfin... Je suis un peu médisant pour le 731... je frissonne, de vrais fanatiques !
-Que comptez vous faire contre ces menaces, alors ? Rien ?
-Laissez-moi réfléchir... Hmm... Rien, oui c'est exacte.
-Vous laissez la gangrène s'infiltrer dans l'Empire...
-Au diable la gangrène, j'en fais mon affaire... Je mets mon veto à toutes vos propositions !
Schwarzenberg s'emporte :
-Et pour la question Symalienne, vous allez-
-Ainsi j'ai parlé ! Mes deux collègues et amis triarches ont peut-être accepté vos propositions, mais pas moi ! La séance est close. Déguerpissez ! Tous !
Alors que tous sortent prestement de la fastueuse salle de réunion, parée de mille-et-une parure en tout genre, venant des quatres coins de l'Empire, j'aperçois Arthur. Je l'interpelle :
-Attends, Arthur ! Reste un peu s'il te plaît...
Il se rassied et attends sans un mot. Quant à moi, je reste assis longuement, allant même jusqu'à m'avachir complètement sur mon siège. La vérité est là, je n'en peux plus... Jamais je n'aurais imaginé qu'être triarche et maintenir l'Empire soit si dur...
Ce n'est pas que j'ignore leurs doléances, seulement la pénurie en mânes est telle que nos finances sont au bord de l'implosion. Nous ne pouvons nous permettre aucune dépenses supplémentaires, bien qu'elle serait sans nul doute bénéfique. Pour ces réformes militaires, il faudrait renier sur l'éducation, la santé... Il en est hors de question.
Quant au traitement des Molins, ils sont inutiles à la société, ne génèrent presque rien à part des dépenses inutiles... Bien que ce soit malheureux, les exterminer pour en faire des boucs émissaires, des ennemis de l'intérieur est la tactique actuellement la plus probante afin de faire oublier au peuple les difficultés de l'Empire. Enfin, plutôt rediriger leur haine et leur mécontentement contre les Molins, car tous nos maux seraient de leur faute. M'enfin...
-Arthur, apporte moi des mânes s'il te plaît... Je n'ai pas eu l'occasion d'en prendre aujourd'hui, je sens mon humeur virevolter.
Il se lève et m'apporte la délicieuse pierre. Rare sont les grands hommes de l'empire addicte, mais c'est tellement bon ! J'arrêterai... Bientôt... Jamais... Ce n'est pas ma femme qui m'empêcherait de me gaver... Je prends le cristal d'un bleu d'azur pur et l'ingère d'une traite. Il se désagrège et fond dans la bouche directement. Je sens le flux d'énergie m'envahir, enivrant. La perfection à l'état minéral. Un condensé pur de mânes. Il n'y a que ça de vrai.
-Vous avez finis, monsieur Vaillant ?
-Pas de familiarité Arthur, je t'ai connu bébé. Et appelle moi Auguste Vincentius ! J'ai changé de nom, tu le sais... Bref, comment va ta soeur, Mei Lin ?
-Elle va bien.
-Qu'est-ce qu'il t'arrive, Arthur ? Ce sont les réformes, c'est ça ? Tu sais très bien ce que j'en pense réellement !
-Je...préfère ne pas me prononcer... Je crois que je vais m'en aller...
Il se lève précipitemment :
-Attends ! Arthur ! Je t'en prie ! Dans ce conseil, il n'y a que toi à qui je fasse confiance ! Les autres sont des vipères... Arthur-
*Bom*
Il a claqué la porte. sérieusement ?
-Arthur... Me laisse pas tout seul... Ton père, lui, aurait été là...
Je renverse rageusement la pile de papiers qui s'amoncelle depuis des mois à ma place. Si seulement Kaunitz et Dumas ne me laissaient pas toutes les merdes, ça serait-
Tiens ? Qui a laissé cette valise là ? Je ne la reconnais pas ? Celle de Flandin ? Bon, bref, j'irai la rapporter aux objets trouvés du Capitole...
Bon, remue tes méninges, Auguste... Peut-être que la solution serait ce bataillon 731, elle a fait de nombreux relevés expérimentaux dans l'Abysse. Ils pourraient pousser les brigades de minages à creuser plus en profondeur. Je suis sûr qu'il y a plus de mânes qui se terrent ! En plus, ces Molins ne subiront pas la malédiction peu importe la profondeur. Seulement, j'ai cru comprendre que à l'idée même d'y aller, la majorité préfère mettre fin à ses jours. J'en parlerai à Klaus von Ishienland, son bataillon saura les convaincre. Oui, dès que je le peux, je vais demander à ce cauteleux de Wenzel et à Alexandre ce qu'ils en pensent...
Enfin, peut-être pas... J'ai confiance en Alexandre, mais Wenzel Anton von Kaunitz, lui, je m'en méfie. Je suis pratiquement sûr qu'il ferait tout pour que sa femme monte les échelons et devienne triarche. Si je propose une idée impopulaire, il pourrait la rendre publique pour me discréditer aux yeux de tous.
En même temps, je ne peux pas vraiment lui dire grand chose... Il est le seul triarche à faire partie des sétales de l'Eglantine, l'unité d'élite de l'Empire. Son sort est effrayant... Enfin, après, mon sort n'est pas en reste non plus ! Je l'ai nommé potentiel K+ !
**Le sort d'Auguste Vincentius, potentiel K+, permet à l'utilisateur d'accumuler du potassium en l'ingérant (le sort augmente les quantités stockées réellement) dans un endroit séparé du corps telle une batterie. En sachant que le sort empêche l'oxydation du potassium et le laisse donc dans un état métastasable. Le potassium sert alors de réservoir d'énergie pouvant être réutilisé plus tard. Cette énergie peut être libérée soit pour stimuler certaines zones du corps pour améliorer les réflexes, la force, soit pour créer des réactions explosives dans un milieu aqueux, en transformant les ions potassium en métaux et en usant de la forte réactivité du potassium avec l'eau. Cependant, trop de potassium dans le corps peut être dangereux et provoquer des troubles nerveux ou cardiaques, empêchant toute utilisation infinie du sort, bien que ce dernier limite au plus les effets négatifs.**
Ce n'est certainement pas le meilleur des sorts, mais c'est le mien. Il m'a guidé jusqu'au sommet ! Je suis si fier que mon fils, Auguste Junior, le possède également. Bien que le sort de sa mère soit très bien, cela m'aurait fortement déplu. En plus, il n'a que sept ans, mais j'ai bien l'impression que son sort est supérieux au mien ! Le grand avantage qu'il aura par rapport à moi sera de connaître directement les possibilités de son sort et les stratégies à employer. Moi, j'ai dû tout apprendre seul, mes deux parents n'avaient pas le même sort. J'ai hâte de lui apprendre ma technique avec les poches d'eau pour rendre notre sort explosif, même sur Terre ! Comme j'ai hâte de le retrouver ce soir, lui et sa petite bouille d'ange. Qu'est-ce qu'on ne se verrait pas faire une fois parent !
D'ailleurs ! C'est bientôt son anniversaire ! Il faut que j'organise tout ça. Peut-être amener un cirque itinérant, ou le faire voyager à Virevent-les-Eoles, il n'y est jamais allé. Enfin, c'est pas comme si j'y étais allé souvent... Mais une ville volante, ça ne se loupe pas ! Ça aurait au moins le mérite de l'éloigner de PRITA, notre chère et tendre nauséabonde capitale. Il pourrait découvrir d'autres paysages aussi. Oui, à noter ! Ou alors, je pourrais amener un éléphant, il adore les éléphants ! Ou peut-être que Ferdinand Goethe pourrait accepter de lui faire une démonstration de son sort ? Rien de plus puissant et absolu que son sort ! Quoi que, il n'accepterait jamais, et je n'oserai pas lui demander quoi que ce soit... Heureusement que son demi-frère Horos Themis nous aide à le gérer... Argh ! Quel casse-tête ! Je ne fais que diverger ! Mais rien n'est trop beau pour lui... Je pourrais le cajoler de mille cadeaux... Mais non, c'est pas un pourri gâté ! Ho ! Je sais ! Il avait vu une voiture de la marque Mer-"BIIIIIIPPPPPPP" puis ce fut le noir complet.

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