Chapitre 23 : La Gerboise et l'Abysse

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22 décembre 3778

"Non Ludwig, nous n'enverrons aucune équipe chercher l'abysse, peu importe ce qu'elle est ou son importance pour toi. C'est en dehors de nos prérogatives !"

Ces mots prononcés ce matin par Simon résonnent encore dans mes oreilles au sein de la grande salle de conférence du CIOR, où tout le monde retient son souffle. En effet, l'heure n'est pas encore à l'apitoiement. C'est le grand jour. M. Sakharov a enfin terminé de travailler sur le fameux équipement anti-mage qui lui tenait tant à coeur depuis des années. Il s'apprête à tout nous dévoiler. Chaque objet est caché derrière des voiles de tissus opaques crèmes. Celui-ci tonne d'une voix autoritaire :

-Mes chers camarades ! J'ai-

Il s'arrête et des larmes perlent abondamment sur ses joues. Il reprend en sanglotant :

-J'ai... L'honneur... Désolé, trop d'émotions, c'est le projet de ma vie. Je vous présente enfin finalisé, le projet Cendrillon ! Plus d'une dizaine d'équipements indépendants et pourtant indispensables à notre survie et notre victoire ! Tout cela rendu possible par les glorieux accords de La Combe ! Je vous en prie, un tonnerre de remerciement à nos merveilleux Bernard Chadwell et Aria Sojka !

 Les doutes des dernières semaines se sont dissipés grâce à nos avancés fulgurantes et la foule applaudit, moi y compris, les deux protagonnistes des accords miraculeux, comme on a tendance à les appeler désormais. Chadwell arbore un sourire lumineux, tandis qu'il s'avance avec Aria. Le CIOR bosse même d'ores et déjà sur un projet d'avion triplan. Ça nous prendra des années, ce sera long et compliqué, mais on y arrivera. L'humanité y arrivera. Nous sommes la véritable humanité, il nous incombe cette mission. Les usines poussent déjà comme des champignons, nous serons bientôt à l'aube d'une réelle industrialisation de masse ! Et comme si Sakharov lisait dans mes pensées, je l'entendis aussitôt expliquer que :

-Evidemment, ces équipements sont encore en phase de tests, et ils ne pourront malheureusement pas équiper tout le CIOR dès maintenant au vu de nos moyens. Cependant, j'ai bon espoir que nos glorieux dirigeants Simon de Ribourg et Johann von Bach sauront faire preuve de bon sens et nous guider à travers ce tunnel rectiligne vers notre liberté. Un tonnerre d'applaudissement pour eux !

 Ils montent sur scène, encore un vacarme assourdissant. Ils se serrent la main officiellement devant les grands rubans rouges, symbolisant la fin de la rupture du CIOR. Une banderolle tombe, il y est écrit "Unie dans la diversité, unis dans l'adversité". Le message est clair pour moi, nous avons un ennemi commun, il n'est pas l'heure à la querelle ! Sakharov clame de plus en plus fort le fruit de ses travaux :

-Vous découvrirez tout bien assez tôt ! Et évidemment, les élèves de l'Académie en premier, ils sont plus aptes à apprendre de nouvelles choses rapidement. Ainsi, sur ordre expresse de notre dame d'honneur, il pointe Aria se faisant, je veux équiper au plus tôt le bataillon des Slovènes et Serbes du jeune Ludwig Amsel ! Allé, du bruit pour lui !!!

 Quoi ?! C'était pas prévu du tout ça ? Je fais quoi ?! Je tourne la tête vers Alenka qui me fait un signe de tête pour venir sur la scène. Dès que je l'ai dépassé elle se lève à ma suite. C'est tellement étrange que ma supérieure dans la hiérarchie militaire se comporte comme si j'étais son supérieur... Je fais quoi maintenant ?! Flûte de zut !!

-M.Amsel ?

Oups, j'avais pas remarqué qu'il me parlait...

-Excusez-moi M.Sakharov, c'est que je suis assez surpris et honoré d'être ici, voyez vous.

-C'est bien normal, votre amie m'a demandé de vous en faire la surprise ! Pour plus de plaisir !

Aria je te hais du plus profond de mon âme ! Je prends toutefois mon air le plus courtois :

-Ha, voyez vous ça... Quel plaisir !

Alors que je lance mon plus beau sourire à la foule, mes yeux lancent des éclairs à Aria qui tente tant bien que mal de ne pas pouffer de rire.

-Si tu n'y vois pas d'inconvénient, Ludwig, Aria t'as sélectionné pour être avec Alenka les pionniers de la nouvelle technologie ! L'avant-garde de notre modernité ! L'acceptes-tu ?

Attends, c'est pas sérieux ? Un sourire illumine mon visage, un vrai cette fois-ci :

-Vous voulez dire... Que-

-Oui, tu vas pouvoir tester en avant première l'équipement ! Incroyable, non ?

Je saute littéralement de joie. Aria, je ne te hais point !!

**

  Les flocons qui tourbillonnent silencieusement annoncent à chacun l’arrivée de l'hiver. Ce n'est pas une saison que j'exècre contrairement à Hans, en fait elle m'apaise. Lui la voit comme la mort de la nature, tandis que moi je la vois comme un renouveau essentielle à la vie. Elle me rappelle Frieda, elle est née en plein milieu de la saison du grand repos. Le manteau blanc recouvrant le limon métamorphose les alentours. Pourtant, le terrain m'est bien connu, c'est celui de l'Académie du CIOR. M.Sakharov dépose sur une grande table le matériel qui était à la conférence. Une foule de militaire silencieuse se tient à proximité, prêt à étudier le matériel en action.

-Par quoi je commence M.Sakharov ?

-Par tout, malheureux ! Et tu peux m'appeler Mikhaïl, pas de chichi entre nous. Quand on teste les innovations de la division de recherche, tu deviens instantanément mon ami voyons !

Il se place devant une paire de gantelets :

-Déjà, je te présentes nos nouveaux gants S7 équipés de la technologie des GAHF (gants d'adhérence à haute friction). On s'est inspiré des geckos ! T'es curieux ?

-Evidemment !

-Ta copine ne m'avait pas menti alors ! Bon, je vais te faire simple. On s'est inspiré des setae, ce sont des poils extrêmement denses, ça te permet de grimper sur des surfaces lisses en engendrant des interactions à un niveau moléculaire !

-Ha oui, Van der Waals, c'est ça ? On en a parlé en physique !

-Tout à fait !

-Mais comment vous avez fait pour faire un truc aussi minutieux en si peu de temps ? C'est vraiment produisible en masse ?

-On y travaille depuis des décennies ! On a réfléchi aux meilleurs moyens de contrer les mages, et c'est clairement la mobilité qui doit prédominer. D'ailleurs, tu l'auras vu, mais les GAHF ont des griffes rétractables de carbure pour prendre le relais sur des surfaces rugueuses.

J'opine franchement.

-Bon voyons, on a également des crampons muraux rétractables, un harnais gyroscopique, le Stabilox pour les déséquilibres, ça va de paire avec la CCP mobile ( ceinture à contrepoids),une cape qui fait wingsuit et parachute pour planer sur une vingtaine de mètres, et... Haaaaa, les cinq plus intéressants ! Je te présente déjà les BIP (bottes d'impulsion pneumatique). Pour résumer ça te permet d'amplifier tes sauts grâce à des impulsions de gaz comprimés, tu peux également faire des dash latéraux de 4 à 6 mètres, et même techniquement courire quelques pas sur les murs pas trop inclinés. Tu peux même t'en servir pour amortir tes chutes et on les a rembourré pour le confort ! La classe, non ?

-Wow, ça pour le coup, je vois l'utilité tout de suite ! Les esquives vont être beaucoup plus simples. En plus, vous avez parfaitement caché les buses, ils penseront que ce ne sont que de simples bottines !

-Mais c'est loin d'être tout mon cher ami ! Là, on était sur la mobilité, maintenant on passe à l'offensif, car la meilleure défense restera toujours l'attaque.

-Dites toujours ! Je ne vois pas comment on pourrait réussir à coup sûr à avoir les mages.

-Justement on ne peut pas. C'est tout le problème qu'on a eu. Alors, faute de moyen supplémentaire on s'est concentré à maximiser les chances de victoires de la vraie humanité.

En disant cela, ces yeux se mettent à briller comme s'il allait pleurer. Il ne bronche pourtant pas et continue :

-Je vais te faire tout très simple, même si cela me démange de te donner pleins de détails ! Tout d'abord, les gants que je vous fournis ne sont pas simplement équiper que de la technologie GAHF. Ils sont également équipés de la technologie de nos GAI (gants à amplification d'impact). Tu n'imagines même pas l'enfer que ça a été de combiner les deux technologies ! On a donc décidé de créer deux gants. Un modulaire, où il faut remplacer le module de la technologie correspondant à nos besoins, mais lors d'un combat c'est une vraie perte de temps ! Alors, vous, vous aurez des gants hybrides. Les GAI seront moins efficaces mais c'est toujours un vrai gain.

-Comment ça marche alors ? Vous me faites languir ? Comment ça améliorerait nos coups ? Il y a une batterie ?

- Pas du tout ! Ils concentrent la force des coups !

-Hein ?

-Il y a plusieurs couches ! L'externe est dans un alliage de carbure de tungstène, très résistant. L'interne est en gel non newtonien-

-Ha oui, les liquides qui durcissent à l'impact ? C'est pour absorber le recul ?

-Tout à fait. Par contre si tu me coupes encore une fois tu vas le sentir passer mon garçon.

La vache, il aime s'entendre parler le vieux. En plus, il caille vraiment énormément... Il reprend presque aussitôt :

- La structure est constituée de renforts en fibre de carbone en formes de lames sur les articulations pour rediriger l'énergie vers un point précis. On a pu rendre ainsi les coups de poings 3 à 4 fois plus puissant. Enfin bon, ensuite on a le SNAP (Système de Neutralisation par Agent Pyrotechnique), on y a stabilisé de la nitroglycérine avec de la silice colloïdale pour éviter les accidents. On a quatre doses avec des réservoirs jetables pour chaque équipement. On a deux détonateurs, un à percussion comme dans les grenades et un à retardement. C'est redoutable mais faut faire attention, si tu te fais percé ton réservoir on est pas à l'abris d'un drame. Enfin, on a les VIBE (Vibro-lame à induction Biphasée électrique) intégrées au Stabilox. C'est une sorte de dynamo relié aux mouvement du soldat qui engendre un alternateur, la lame vibre ainsi en deux phases pour maximiser la coupe. Et le dernier, l'ECHO (Emetteur de Charge à Haute Oscillation), ça peut griller des circuits, faire taser à courte distance, c'est parfait pour la neutralisation. Des questions ?

Il m'a grillé le cerveau, qu'est-ce qu'il veut que je lui réponde ? Je préfererai parler à Alenka de l'Abysse, j'aimerai lui en faire part. Si Simon ne veut pas, je trouverai un moyen alternatif... Bon, quoi répondre...

-Heu... Non.

Il souffle, l'air déçu, puis s'exprime cette fois-ci avec moins d'entrain :

-Bon, je crois que j'ai été pris par la fièvre de mon travail. Comprends-nous, on bosse là-dessus depuis si longtemps... Le voir enfin finalisé c'est...

Il pleure désormais à chaude larmes :

-C'est... Fantastique ! Il lève les mains hauts en l'air comme un fanatique illuminé. Il se reprend soudainement, comme s'il avait eu une révélation. Bon, évidemment ce n'est qu'un résumé, tu n'auras pas besoin de tous ces détails techniques en combat, mais c'est toujours bénéfique de connaître son matériel. Il y a encore de nombreux usages à découvrir ! Ha et je suis étonné que tu n’es pas demandé mais ça ne sera pas trop dur à soulever, l’équipement au complet pèse 12 Kg.

-...Hmmm... D'accord, super ! Et pour l'entraînement test ?

Il se met une claque au visage :

-Ha oui ! Suis-je bête. Désolé messieurs ! Il fait de grands signes aux militaires qui attendent dans le froid depuis déjà une bonne dizaine de minutes. Je voudrais que tu affrontes Mme. Meister, militaire renommée avec l'équipement.

-Elle l'aura, elle ? Et les fonctions offensives ?

-Non, elle ne l'aura pas, et les fonctions offensives encore moins pour toi ! Tu veux la tuer ?! On les testera sur des mannequins en armure.

* *

Une fois paré de l'équipement je lance à Alenka :

-T'es prête ?

-Toujours, petit chef !

 Sur ce, "l'affrontement" commence. Enfin, ça n'a d'affrontement que le nom. C'est comme du catch, tout est scénarisé par Sakharov qui m'a demandé peu avant d'effectuer tels manoeuvres. Des murs provisoires ont été installés sur lesquelles j'arrive à faire quelques fulgurances qui impressionnent les militaires derrière moi. Alenka me lance un coup de poing pour stopper ma course quand je m'approche d'elle en courant, mais... Comme prévu ! Je bondis grâce à mes BIP de cinq mètres, bien au dessus d'elle. J'atteris ainsi directement derrière elle. Mais elle n'est pas surprise, elle le savait en amont et donc réagit directement en faisant une pirouette. J'utilise encore une fois mes BIP pour faire un dash latéral, puis m'aggripe aux murs avec les GAHF. Je fais ensuite une prise spectaculaire qu'Alenka fait en sorte de ne pas éviter, tout en se positionnant pour limiter les dommages et douleurs. Alors que je la percute et que nous nous retrouvons au milieu des neiges, un tonerre d'applaudissements accueille notre prestation légendaire. S'ensuit alors une série de tests sur les murs provisoires. Notre jury a été particulièrement impressioné par le SNAP. La nitroglycérine fonctionne à merveille ! Enfin bon, j'ai réussis mon coup, les militaires ont l'air conquis. Aria, elle, doit déjà partir avec les gradés. J'ai l'impression qu'ils la préparent déjà au commandement... Merde, ça veut dire qu'on ne va plus se voir aussi souvent ? Je sens mes mains tremblées à cette simple pensée. Mon regard se tourne vers la terre, mélange de gadoue blanchie, puis, soudain, une emprunte sur ma joue. Des... lèvres ?! Son visage ?! Hein ?! Je rougis comme une tomate en me tenant la joue de ma main droite, comme si j'avais été frappé.

-On se fait une balade, ce soir ?

-Mais-

-Tut tut, que tu le veuilles ou non on le fait. C'était pas une question monsieur !

Puis elle repartit, non sans m'avoir éblouit de son sourire angélique et de son fameux clin d'oeil. À côté de cela, moi, je reste hagard, sans bouger, ma main toujours contre ma joue. On aurait dit une véritable statue de mabre blanc, comme à Château Cassandre. Non mais sérieusement... Elle a un grain cette fille... Une main me tire de ma rêverie en se posant sur mon épaule. Mon premier réflexe est évidemment de me retourner et de combattre cet agresseur inopportun ! Et ben... Non, qui l'eu cru ? J'ai juste sursauté de trouille et puis c'est tout. En plus, c'était juste Alenka, la honte. Elle vient de revenir après avoir rangé tout son attirail.

-On va au café ? L'heure tourne...

-Ça roule ! Faudrait éviter qu'Andrejko et Adolf nous fassent un drame.

-Dragislav les remettra à leur place, il n'avait pas l'air de bon poil ce matin...

-Ça ne me rassure pas tellement plus... Tu peux me rappeler qui y sera s'il te plaît Alenka ?

-Bien sûr ! Il y aura évidemment Cvetan. Sinon, il y aura quelques officiers comme Gvidon, Iztok, Ljubenko, Mirko et le médecin Zvonko.

-On ne sera que onze ?

-Bah oui, je t'ai dit que ce serait en petit comité, pas besoin de faire dans le faste.

-Dieu merci, j'en ai marre des grandes assemblées.

-Faut que tu t'habitues si tu veux acquérir la carrure d'un vrai chef !

-Je le sais bien, mais je n'aime pas vraiment ça, tu le sais. Et ce soir j'ai une excuse, j'aimerai parler un peu de ce que m'a dit Simon et de mon projet.

-Tu voulais pas n'en parler qu'à moi ?

-On n'est que onze, ça devrait le faire !

**

Nous voilà alors dans le "Cafée Du Marais", sous le halot de la lumière chaleureuse des chandelles. L'électricité n'est pas encore installée partout, mais ce n'est qu'une question de temps ! Je suis assis à côté de Cvetan à ma gauche, le second d'Alenka et de celle-ci à ma droite. En face de moi, Iztok m'affiche un grand sourire. L'intégration n'a pas été très compliquée, il faut le dire. Malgré leur réputation de choc, ce sont tous des crèmes à quelques rares exceptions. Même Andrejko et Adolf, malgré leur côté lourds le sont. Et pour Dragislav... malgré ses airs bourrus et sont côté "meilleur soldat du bataillon", c'est pareillement un chic type. Il m'a offert une glace ! Il est trop cool ! Mais l'heure n'est pas aux friandises...

 Lorsque les boissons chaudes arrivent enfin et que chacun commence à s'en délecter, je me mets à déclarer, du ton le plus sérieux que je le peux :

-Mes camarades, mes amis, j'ai à vous parler...

Tous les regards se tournent vers moi, mes mains se mettent à trembler. Non ! Va jusqu'au bout ! Je m'agrippe à la table et je reprends, plus assuré :

-Vous ignorez tous des raisons de mon entrevue avec Simon ce matin. Il se trouve que j'ai un objectif très personnel à vous faire part...En fait, même deux... Je comprendrai sincèrement si vous refusiez de m'aider, car c'est un caprice purement individualiste de ma part...

-Crache le morceau ! lance Andrejko

Je souffle un bon coup, puis je me lance :

-Voilà, en fait, j'ai deux objectifs bien précis. L'un est de me venger. Je pensais pouvoir tourner la page une fois arrivée ici, mais je n'y arrive pas. Je déteste tous les mages, évidemment, mais ce... ce fils de catin qui a éliminé mes parents, je le veux mort. Et je sais que le CIOR sera tenté de ne pas le cibler si on fait une mission dans son périmètre, mais je souhaiterai que si on le voit, on lui saute à la gorge. J'ai bien conscience que ça mènera à la mort de certains de nos compagnons, mais je sens que c'est nécessaire. Pour notre bien, je n'ai pas réussis à éliminer Martha Himmel... Je souhaite au moins libérer mon esprit en éliminant ce chien de Thalberg qui a détruit ma famille, mes amis, tout. J'ai l'intime conviction que nos nouveaux équipements rendront tout cela possible. Voilà, c'est très égoïste de ma part, mais je vous le demande en tant qu'ami qui a confiance.

Je m'incline, ils me font signe de poursuivre, des sourires légers au visage :

-Et le deuxième... Mon père avant de mourir m'a légué ceci.

Je décroche la Gerboise Jaune de mon poignet et le brandit bien à la vue de tous.

-Cet objet s'appelle la Gerboise Jaune, et il mène à un endroit appelé l'Abysse. Simon ne veut allouer aucun moyen dans la recherche de ce lieu. Mais j'ai l'intime conviction qu'il faut y aller ! Mon père était paniqué quand on l'a perdu, il en avait des sueurs froides, il n'avait jamais réagit ainsi. Je suis sûr qu'il y a quelque chose de très gros dans l'Abysse et que la Gerboise Jaune n'est pas que le nom d'un bracelet mystérieux mais plutôt celui de quelque chose de clé pour battre notre ennemi, l'Empire. S'il vous plaît, celui là, plus que le premier. J'ai besoin de vous. J'ai besoin d'aide pour mes recherches sur ce lieu. J'ai besoin d'aide pour comprendre qu'est-ce que cet objet faisait entre les mains de mon père, et ce qu'il avait en tête. Je ne pourrais pas dormir tranquillement sur mes deux oreilles en sachant que je n'ai pas donné mon maximum pour voir cela se réaliser. Merci de m'avoir écouté...

Au départ, personne ne pipe mot. Puis Alenka s'exprime rieuse :

-Tu n'as encore jamais fait de missions avec nous, mais sois sans crainte, ton Thalberg, si on le trouve, on en fera du saucisson ! Pas vrai les gars !

Un grand vacarme d'approbation lui répondit.

-Hors de question de laisser le petit chef seul ! Par contre, il va falloir que tu t'entraînes dur ! Tu es loin d'être au niveau pour être chef chef.

-Comment ça ?

-On lui fera sa peau lorsque tu seras meilleur que moi, deal ?

Je me mis à sourire bêtement.

-Merci infiniment... Vous êtes géniaux...

Cvetan s'exprime alors, bien plus doucement :

-C'est normal, voyons. On peut toujours compter sur sa seconde famille...

Ses mots m'arrachèrent une larme au coin de mon oeil. Les slovènes et les serbes en un mois sont devenus bien plus que des amis. Ils sont des frères, des soeurs, des mères et des pères de substitution. Que ce soit pour moi ou leurs camarades. Un mal pour un bien que leur ancien traducteur soit décédé... Paix à son âme. Cvetan reprend :

-Cependant, que feras tu après ?

-Après ?

-Tu t'en vengé, et puis ? Cela te rendra t'il vraiment plus heureux ?

-... J'imagine ? C'est quoi cette question ?

-Ecoute, Ludwig, tant que tu n'auras pas répondu à cette question, je pense que nous ne devrions pas expréssément le traquer. Nous t'aiderons s'il est là, mais c'est tout. Je pense que c'est le plus raisonnable, tu n'as que 14 ans.

Alenka opine lentement la tête. Bon, j'imagine que c'est mieux que rien... Cvetan reprend de manière un peu plus énergique :

-Cependant, pour ton affaire d'Abysse, c'est une toute autre histoire. Le bataillon mesarski est toujours partant pour de nouvelles aventures. D'autant que niveaux contrées explorées... On n'a jamais eu l'occasion d'aller bien loin.

-Sérieux ?

Ils opinent tous du chef. Cette fois, c'est Alenka qui reprend :

-On ne te garantit pas de tout trouver, Ludwig. Mais on va t'aider.

-Même si Simon est contre ?

-Au diable Simon ! On t'a dit qu'on t'aidera et on le fera. On va faire tout ce qui est en notre pouvoir pour cela. Explique nous les détails dès maintenant. On la trouvera, ta gerboise et ton abysse. Ce sera long, périlleux, et t'as intérêt à beaucoup t'entraîner, mais on les trouvera.

-Merci infiniment !

Je bondis et la serre dans mes bras. Je vais prouver à Simon qu'il a tort ! Je vais découvrir ton grand mystère, papa !

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