Chapitre 12 : L'Albatros
Je fais équipe avec Aria. Nous nous mettons en position. Je fais face à Aria, mon honneur à défendre. Elle m'a mis à terre lors de notre échappé vers le CIOR, je suis bien décidé à la battre. M'enfin, mon seul duel avec quelqu'un de mon gabarit, c'était face à Hans... Elle a beaucoup plus d'expérience que moi, je devrai rester en retrait... Quoi que ? C'est exactement ce qu'elle va penser, elle n'est pas bête ! Je vais initier le combat au coup de sifflet, et l'attaquer directement. Enfin, peut-être pas trop violemment quand même... Elle semble lire dans mes pensées quand elle déclare fièrement :
-Surtout, te retiens pas, je serai déçu de mettre à terre un manchot qui n'utilise pas sa main.
Je ne réponds pas à sa provocation, je serre les dents et me prépare. Ce sera un coup de poing. Un direct au visage, tous les coups sont permis d'après les règles, sauf casser des membres. Il faut incapaciter l'adversaire et même si je l'adore, je compte bien montrer que j'ai ma place ici.
" Fweeeet ! "
C'est parti, le sifflet !! Je m'élance, mon poing chargé. Il va a une vitesse impressionante, et je-
-HAAAAAA !
"Krash"
Quoi ? Des étoiles autour de moi ? Où suis je ? Hein, le monde est à l'envers ? Nan, je... suis au sol ! Comment c'est possible. Aria me redresse et avec un clin d'oeil :
-Je t'avais dit que t'allais morfler. Je te présente Seoi Nage, c'est du Judo.
-C'est de la triche, t'utilises des techniques de la mort.
-Surtout des années d'entraînement. Les mages te demanderont-ils pardon d'avoir triché ?
-...
Elle prend un air espiègle :
-Je pensais que t'allais mieux gérer en tout cas... Au final, t'es pas doué, et bien malhabile. Un vrai Albatros !
-C'est pas comme si je me battais souvent, pfff. Par contre, c'est quoi cette expression ?
Elle lève les mains au ciel pour marquer sa méconnaissance :
-Borf, j'en sais rien, juste je la connais, ça doit dater d'avant le "Grand Reset".
-Enfin bref, comment t'as fait pour me battre aussi facilement ?
-Ton coup était trop prévisible, ça se voyait comme le nez au milieu de la figure que tu frapperais là. En fait, il y a beaucoup de choses qui n'allait pas. Déjà, ton centre de gravité, ton travail de jambes, sinon tu ne feras pas un beau coup. Ha et surtout, tu frappes à 100% sans te contrôler, je pense que c'est pour ça que tu fais tant d'erreurs, apprends à doser.
-Je comprends, aide moi à progresser !
Je me relève péniblement, époussetant la poussière sur mon pantalon de treillis. Mon épaule me lance, souvenir cuisant de la projection d'Aria. J'aperçois autour de nous, les autres binômes en train d'en découdre. J'aperçois une fille avec une queue de cheval haute brune qui se bat contre trois adversaires en même temps. Hein ?!
-C'est qui elle, Aria ? Elle est impressionnante.
-C'est Manon, avec moi et Maximilien c'est la meilleure en terme de technique.
-T'as ce niveau là ?!
-Bien sûr, pour qui diable tu me prends ? Mais attends de voir ! Là, elle affronte Samory, Alan et Cyan. Niveau cerveau, c'est des cracks, ceci dit en combat...
Elle pointe du doigt un gars et une fille qui attendent sur le côté :
-En revanche, eux, c'est pas la même histoire. Séparé ils sont largement prenables, ensemble c'est des tueurs nés.
-C'est qui ?
-La grande au cheveux roux c'est Lune Dumouriez, et le gars plus petit au cheveux châtain c'est Valmy Kellermann. Bon ! Ils en ont pour un petit moment avec leur duel, prêt pour un deuxième round ?
Je me relève et reprend ma garde. M'essuyant le coin des lèvres, taché de sang.
- Quand tu veux, ma vieille !
Aria s'amuse de mon entrain :
- Okay, mon petit Ptitsa ! Mais cette fois, essaie de ne pas charger comme un bœuf. Un oiseau, ça plane, ça esquive.
Elle se remet en position. Cette fois, je le sens, c'est la bonne !
Je feinte à gauche, cette fois sans mettre toute ma force. Elle réagit, son bras se lève pour parer, mais elle semble soudain prise d'un vertige. Elle ferme les yeux une fraction de seconde, une main montant instinctivement à sa tempe.
Je m'arrête brutalement dans mon assaut, je ne veux pas de cette victoire.
Elle vacille et s'appuie lourdement sur moi.
- He, he, he, Aria ? Ça va ?
-Je crois que les haricots étaient pas frais, la vache.
-T'as succombé à mon charme ?
-Ho ta gueule, Lu' !
Elle attrape ma main pour se stabiliser. Sa paume est moite, et je sens son pouls battre la chamade contre ma peau.
-Petit malaise ? Manque de sucre ?
-Franchement, je vois que ça, c'est la première fois que je fais ça, je deviens vieille ?
-Mamie ne peut plus se coucher tard et peu dormir alors ? Bah alors ?
-Ho mais toi je vais te-
- Reprenez ! aboie Bernard à l'autre bout du terrain. Le 1er novembre, les mages ne vous attendront pas pour soigner vos migraines !
Aria reprend son air et son ton habituels, ce n'était qu'une petite faiblesse à cause de la nuit :
-Borf, tu sais, il dit ça, mais l'entraînement de Château Cassandre c'est du gâteau. Ils ne risqueraient pas nos vies pour un enjeu si minime. Malgré ses airs bourrus, Bernard est profondément gentil, comme Arthur en fait. Simplement, ils veulent nous pousser vers la meilleure version de nous même, alors on ne bavasse pas, Ptitsa !
-Pourquoi ce surnom d'ailleurs ?
-Lors de notre arrivée, on en reçoit tous un de leur part, mais franchement c'est anecdotique on s'en sert très peu.
-C'était quoi le tien ?
-Chernilna Ptitsa.
Mes lèvres se pincent d'un côté, mon air dubitatif laisse tout transparaître mieux que mille mots. C'est un mélange entre incrédulite, jugement et mépris. Aria le voit très bien et réplique :
-Ouais, ils le créent en fonction de nos noms de familles, ils ont zéro inspi'.
-De toutes les chutes que j'aurais pu imaginer, celle-ci est sans aucun doute la plus rincée. D'ailleurs, c'est quoi leur problème avec le russe, je veux dire entre ça et leur cri, là avec POBEDA. Ils ont un grain ?
-Je pense qu'ils aiment simplement cette culture là, tu sais ils sont assez simples dans leur fonctionnement ces deux là.
-Mouais, faut que j'apprenne à les connaître je crois...
-HOOO !!! Là-bas, Valmy et Lune vont affronter Manon, regarde !
Les trois adversaires de Marion sont à terre, complètement démolis par cette seule et unique adversaire. Tout le monde s'agglutine en cercle autour de Manon et de ses deux futurs adversaires.
" Fweeeet ! "
Le coup de sifflet retentit et marque le début du combat. Lune s'avance et attaque directement Manon, qui esquive et tente de retourner la rousse à l'aide d'une technique qui m'est inconnue. Valmy s'approche en un éclair et bloque le bras de Manon l'empêchant de retourner Lune. Cependant, l'experte se dégage vite de l'étrainte qui la cernait. S'ensuit une danse qui aurait été sans aucun doute mortel s'ils avaient des armes blanches en leur possessions. Valmy et Lune ne semblent faire plus qu'un, leur coordination est remarquable. Les faiblesses de l'un, sont comblées par les forces de l'autre. Manon n'est pas en reste et riposte farouchement. Ceci étant dit, ça n'en reste pas moins qu'un deux contre un. L'experte fait un pas de côté. Immédiatement, Lune la charge, la déséquilibre tandis que Valmy passe derrière elle pour la saisir par la gorge et l'immobiliser. Tout le monde applaudit et Aria, sans même me regarder déclare :
-Tu vois ? Je te l'avais dit. Tous les deux ils sont imbattables.
-J'ai pas envie de me les taper, ces deux là...
-De toute façon, n'importe qui ici t'éclates pour l'instant. On va devoir bien t'entraîner pendant les deux semaines avant l'opération d'entraînement.
- Ça me fait du mal de l'admettre, mais t'as raison.
-Bon, on va essayer d'améliorer ça. Tu vas combattre des mages, mais certains ont des capacités au corps à corps donc l'entraînement est essentiel. Cependant, les armes à distance le sont beaucoup plus. T'as déjà tiré ?
-Avec un arc, oui.
-C'est mieux que rien. De toute façon, on a pas assez de fusils pour en donner à tout le monde, lors de l'opération c'est probable que je sois la seule avec une arme.
-Pourquoi toi ?
-Les instructeurs nous laissent nous débrouiller, c'est une mission assez tranquille. Cependant, il donne toujours une arme au cas où au plus qualifié du groupe, et c'est moi qui ait le plus d'années de service ici.
-OK, mais c'est quoi le principal truc à savoir.
Elle réfléchit :
-Déjà, pour survivre, savoir observer. Ha et contrairement à ce qu'on fait ici, en combat réel, il n'y a pas d'honneur qui tienne. Tu fais comme ce que t'as fait à Vogelberg, t'attaques comme un gros traître. Tout est bon à prendre.
-Pas besoin de me l'expliquer ça.
- Tu veux que je te montre comment on fait la prise que je t'ai fait ? Après tu pourras t'entraîner avec Anne je pense. Elle est très forte en combat à distance, c'est même la meilleure, mais en rapproché...
On s'entraîne ainsi pendant une bonne heure. Elle m'apprend les bases de sa technique. Comment ne plus me faire avoir aussi facilement, et tout un tas de petites choses imperceptibles pour des non initiés comme le contrôle de son centre de gravité. J'ai le temps de m'entraîner à l'arc avant l'arrivée d'Anne. Là dessus, j'ai l'air d'être le meilleur ! Bon, les autres s'entraînent sur des armes à feu, et, en ce qui concerne ces engins de mort... Mon niveau est très relatif on va dire.
La journée se termine alors que je suis couvert d'ecchymoses. Je n'ai même pas envie de repenser au combat contre Anne. Elle a eu l'air si enragé qu'on l'ait choisis pour se battre contre le débutant qu'elle m'a complètement cassé la gueule. Cette folle de... Faut que j'arrête la vulgatité, je réserverai ça aux mages. Lorsque je sors de l'Académie, Frieda m'attend. Aria m'adresse un de ces fameux clins d'oeil :
-C'était ça la surprise, en fait !
Puis elle s'en va comme un fantôme. J'accours vers Frieda et l'enlace :
-Bah t'étais passé où ? On s'est pas vu depuis un jour, faut pas me faire ça.
-J'ai pu faire un petit tour de l'Anfracte comme ça, c'était sympa.
Elle regarde sur le côté, l'air de chercher à exprimer quelque chose sans y parvenir. Je prends la parole à sa place :
-Tu veux voir Ad', c'est ça ?
-Oui... Je t'attendais pour y aller.
-Bon allons-y tout de suite alors !
Alors qu'on se met en route, je demande :
-Comment ça va se passer pour toi ? Et pour Hans, il devient quoi ?
-Moi je commence un entraînement auxiliaire, mais je suis trop jeune pour entrer dans l'Académie alors qu'une opération d'entraînement se trame. Il préfère me faire commencer en douceur.
-Ouais, je comprends c'est mieux ainsi.
-Pour Hans... Je ne sais pas trop, il est cloîtré dans ses appartements. De ce que j'ai compris, Simon pense que mentalement il a des lacunes qui l'empêche de s'engager. Alors... Il faut qu'il s'entraîne de la tête. Il va commencer des sessions la semaine prochaine.
-Le pauvre, j'aimerais lui rendre visite.
-Peut-être pas maintenant, il a l'air de vouloir être seul.
On entre dans le grand complexe souterrain. Une fois arrivée devant la chambre d'Adelheid, après avoir demandé une autorisation, nous ne savons pas vraiment quoi faire.
- J'ouvre, Frieda ?
Elle hoche la tête. Je tourne doucement la poignée. La clenche me paraît si froide dans ma main. La sueur perle sur mon front à grosses gouttes. Je ne l'ai pas vu hôspitalisé... C'est une grande première et... Ho et puis zut, j'ouvre !
Adelheid gît sur son lit. Les yeux clos. On dirait qu'elle dort paisiblement, alors que sa poitrine se soulève à chacune de ses respirations. Je ne regarde pas Frieda, mais je sens que comme moi, ses larmes peuvent surgir à tout moment. Alors, on ne dit rien. On se protège. Je prends la main d'Adelheid, doucement, comme si elle n'était qu'une fleur de Kadupul. la reine de la nuit à la fragilité extrême, ne fleurissant qu'une seule nuit, avec la peur qu'elle fane le lendemain. Véritalble Nature morte au milieu des équipements hospitaliers.
-Viens, Frieda... Rentrons.
Elle hoche la tête, de manière très frénétique.
Une fois en dehors du complexe, je repense à Vogelberg, puis à maman. Madeleine était vraiment incroyable. Si elle était là, elle aurait su trouver quoi dire. Dès que Charles, le gars qui embêtait Adelheid à l'école, il n'est sans doute plus de ce monde d'ailleurs. Bref, il la faisait rentrer en pleurant, et maman savait appuyer là où il fallait. Il faut que je devienne ainsi. Il faut que je trouve un truc pour rendre heureuse Frieda. Voyons... Mais oui ! Bien sûr ! Je me tourne vers Frieda, petit sourire au lèvre :
-Dit, ça te dirait une petite fête ?
Elle me regarde comme si j'étais le dernier des abrutis :
-Pardon ?
-Avec tous ces éléments, on en a presque oublié la Sammhainnacht qu'on préparait quand on était à la maison. Ce que je te propose, c'est de le faire ici !
-On va pas faire ça que tous les deux, c'est une fête de famille...
-On décorera la chambre d'Adelheid, pour qu'elle puisse profiter avec nous ! Et, on peut inviter Hans, ça lui remontera le moral ! Ou même Aria ! T'as l'air de bien t'entendre avec elle, c'est pas grave si on change un peu la tradition !
Des étoiles apparaissent dans les yeux de ma petite soeur :
-Je vais pouvoir recréer mes couronnes de chrysantèmes !! T'es le meilleur !
Elle me saute dessus, comme un tigre sauvage aux pattes de velours. La vache, sur ce coup là, j'ai assuré ! T'adorais cette fête maman, on t'oubliera pas, c'est promis !

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