Chapitre 19 : Fahrenheit 4500
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Le mur part en fumée alors que du thermite fait fondre la pierre comme du métal en fusion. Lefebvre n’y est pas allé de main morte : le thermite a littéralement liquéfié la pierre, créant une brèche incandescente qui crache des étincelles blanches. Ce n'est plus un mur, c'est une scène apocalyptique, une véritable cascade de lave blanche qui dévore le sol dans un grésillement de friture infernal. L'air lui-même semble se distordre, créant des mirages de chaleur qui font danser les silhouettes des assaillants. En plus de ça, André nous envoie un de ses tirs préssurisé, comme une menace.
- Marie-Adélie, Charlotte ! Prenez Ernst et reculez au fond du couloir, ordonné-je. Servez-vous de lui comme bouclier si André tente une percée aérienne.
Je fais signe à Cléante et Angélique de se poster de chaque côté de la brèche que le thermite vient de former. L’odeur de l’ozone et du métal brûlé est insupportable.
André apparaît le premier, ses ailes vrombissant comme une turbine. Il est couvert de suie, les yeux injectés de sang.
- Rendez-nous Fischer ! hurle-t-il en levant ses paumes-valves.
-MAINTENANT ! je m'époumone.
Cléante et Angélique, coordonnés comme jamais, renversent une table massive en chêne pour sceller le passage, tandis que Léontine balance une bouteille de propane sur celle-ci. On l'a piqué dans la réserve adjacente à la cuisine. L'effet est immédiat, ça pète fort ! La fumée devient si épaisse qu'on ne voit plus à deux pas. Dans le chaos, on entend le cri de rage d'André, bloqué de l'autre côté par le rideau de flammes que nous venons de créer.
On les oblige à forcer le passage, et ça marche. Ils passent par la porte normale.
On n'attend pas qu'ils franchissent le seuil. C'est nous qui leur tombons dessus. Cléante et Angélique balancent une épaisse couverture de survie ignifugée récupérée dans notre équipement réglementaire directement sur Lefebvre alors qu'il s'apprête à projeter une nouvelle salve de thermite.
Le résultat est immédiat : le thermite, piégé contre le lanceur, se met à bouillonner sous le tissu et se retourne contre lui. Lefebvre hurle comme un damné alors que la chaleur se retourne contre lui. Il se bat avec la couverture comme s'il affrontait un fantôme de feu. Il s'excite par la terreur, et des gerbes de thermites volent partout dans la pièce. La chaleur devient infernale. La moindre respiration brûle nos poumons. Cléante se prend du thermite sur le torse, ses cris déchirent toute la salle. Sa chair fond là où elle a été touchée, et il s'évanouit de douleur.
On va y arriver, pour toi, Cléante ! Lefebvre arrive à se dégager quelque peu, et verse encore des déluges de thermite autour de lui. Il est stressé, et c'est à notre avantage. Il fait n'importe quoi ! Il produit du thermite, oui... Mais son corps ne résiste pas à la chaleur qu'il produit. Bon, on en est débarassé pour l'inst-
- Samory ! André, à gauche ! gueule Léontine.
Le coléoptère bondit, ses élytres vrombissant, prêt à me percuter. Mais on a retenu la leçon. Marie-Adélie lui balance un seau de mélasse poisseuse en plein visage. Il est aveuglé, mais il tend quand même ses paumes-valves pour nous arroser.
- Charlotte, la broche !
Charlotte surgit de derrière un débris et, avec la précision qu'on lui connaît, enfonce une broche à rôtir en fer forgé directement dans l'une des valves de sa main droite. Le conduit s'obstrue. On entend un bruit de canalisation qui sature, un gargouillement qui ne demande qu'à sortir. André s'écroule en tenant sa main, incapable de décharger son liquide sans risquer l'explosion de ses propres poches de réactifs.
On les tient. On va vraiment gagner ! C’est le moment où je vais pouvoir enfin m’écrouler et cracher mes poumons tranquillement.
Sauf que non.
Je le sens, quelque chose me le crit. J'ai à peine le temps de me retourner que je m'effondre contre le mur après un bruit sec. D'abord aucune douleur, puis je sens ma chair transpercé par la lame qui vient de me pourfendre. Les autres n'ont pas eu l'air de le remarquer, occupés comme ils sont face aux deux autres malades. Pourtant, quelques secondes plus tard, des lames volantes les poignardent tous. Elles sont accrochées par... des fils ?! Il y en avait un autre ? Et les lames reviennent à lui, suivis peu après de gémissements de douleurs... Je ne peux pas mourir maintenant... Si ? J'ai été un si mauvais chef que ça ? J'aurai dû pousser à la fuite au lieu d'entrer dans un combat dont on ne savait rien... Ma conscience... Je... vais vraiment....
***
-Salut les gars ! Pas trop en difficulté à ce que je vois, c'est génial ! Et notre bon vieux Ernst a l'air en pleine forme...
-Ferme-la Aurélien... T'aurais pas pu venir plus tôt ?!
-Je parlais à M.Chadwell. Comme Mme.Himmel, je ne fais pas parti du bataillon Thalberg, donner des infos confidentielles est plus sécurisé qu'avec vous.
- Arrête de bavasser et détache moi ! Qu'est-ce que tu fous aussi André, va aider Gérard !
Aurelien le libère en prenant son temps. Une fois libérée, Ernst masse ses articulations engourdies et douloureuses, puis s'adresse de nouveau à Aurélien :
-Pourquoi tu es toujours si formel avec Bernard et Martha ? Je veux dire, t'es beaucoup plus proche de lui que nous...
-Justement, je respecte énormément M.Chadwell et Mme.Himmel. Je ne permetrai jamais de familiarité avec eux...
-Et avec nous ?
-Tu voudrais que je vous appelle Fischer, Lefebvre et Sorel ?
-Ajoute le monsieur quand même...
-Négatif, je te prendrai toujours pour un clown ! Impossible de te respecter !
-Rha tu m'énerves. Ta sale tronche me manquera pas à notre retour à PRITA...
-On me le dit souvent ! Au fait, tu sais comment va Thalberg ?
-Pas très bien... Il est accusé d'avoir sciemment fait s'échapper des Molins du village de Vogelberg.
-Bien sûr, ça va lui coûter gros...
André et Gérard s'approchent des deux hommes. Aurélien continue :
-Il faut absolument qu'il demande à Auguste de le sortir de là. Je suis quasiment sûr qu'il peut s'en sortir avec une punition symbolique.
André avec une teinte de préoccupation :
-C'est justement ça le problème, Auguste est dans une situation délicate. Alexandre est passif, et Wenzel Anton fait tout pour s'accaparer les pouvoirs et offrir le prochain poste de triarche à sa femme.
-Thalberg est t'il au courant de votre lien avec M.Chadwell ? Et le reste du bataillon ?
Cette fois-ci, c'est Gérard qui s'empresse de répondre, comme s'il avait peur d'être oublié par les autres :
- Négatif, on est les seuls libéraux du bataillon ! Au fait, Aurélien, tu ne les as pas tué j'espère ?! On cherche à pouvoir les interroger et s'en servir quand même !
-T'inquiètes, ils sont pas morts... Il y en a même une qui fait semblant d'être inconsciente !
-HEIN ?! s'exclament les trois accolytes à l'unisson.
Sur ce, Aurélien pointe de l'index Léontine, collée contre le sol. Elle souffre le martyre mais n'a pas perdu conscience. Il s'amuse :
-Vous voyez ? Ils vont très bien ! Jeune fille ! Tu peux arrêter de faire semblant.
Elle ouvre les yeux et tentent de s'exprimer, mais seul un gargouillis sanglant s'échappe de sa gorge... Aurélien lui fait un clin d'oeil :
-Ne t'inquiètes pas, ma spécialité n'est pas le combat. Je vais vous remettre sur pied en moins de deux !
Des fils s'échappent de ses manches, commençant par soigner ses trois compagnons. Leurs plaies se ferment immédiatement, leur peau comme neuve. Ensuite, il s'approche de Léontine, celle-ci tremble de panique. On dirait que son coeur va lâcher. Alors, il s'accroupit doucement auprès d'elle et s'adresse d'une voix calme et protectrice à cette dernière :
-N'ait pas peur, je ne vais rien te faire... Tu dois avoir treize-quatorze ans, quelque chose comme ça... Tu sais, je ne t'aurais jamais poignarder si tu n'étais pas une menace pour les andouilles là-bas...
-Hé !! s'écrit André
Aurélien n'en fait cure et reprend :
-Tu peux être fier tu sais. T'es une battante, et t'es sacrément courageuse. Maintenant, il va falloir que tu me fasses confiance, d'accord ?
Elle semble se calmer, puis regarde les fils qui volent autour d'Aurélien. Elle semble horrifier et retente de parler :
-Ar...Urgh...Tu...argh...Vas pas...Tri...Argh...
Puis après un effort surhumain :
-Tu ne vas pas trifouiller en moi avec...ça... gémit t'elle en désignant les fils.
Il sourit d'un air rassurant :
-N'ait crainte, mon sort n'est pas de manipuler les fils... Je ne vais te recoudre... J'imagine que je peux te le dire en résumé. Mon sort se base sur le fil d'Ariane, tu connais sans doute la légende ?
Elle s'apprête à essayer de répondre, il la coupe immédiatement :
-Non, non ne fait pas d'effort inutile ! Mon sort permet bien plus que de simple fils, je peux notamment remonter une chose à son état antérieur. Tu comprends ? Mais j'aimerais que tu te calmes pour que je puisse faire bien mon travail.
-C'est nécéssaire tout ce cinéma ?! s'exclame rageusement André
-Très nécessaire. Ceux qui sont inconscients, j'irai plus vite, ne t'inquiète pas. Peut-être qu'ils m'appelleront maître Ray qui sait ?!
Il remarque les corps de Cléante et Samory :
-Ourf, va falloir que je me dépêche de les sauver ces deux là...
-Arrête de jaser...
Il se tourne de nouveau vers Léontine :
-Bien sûr, bien sûr ! Je sécurise seulement ma patiente. C'est normal que je fasse attention, non ? Prête ?
Elle hoche timidement la tête, comme résignée.
-C'est parti !
Au moment où il s'apprête à la soigner, une voix retentit au loin :
-ARRÊTEZ DE VOUS BATTRE ! TOUS ! C'EST URGENT !

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