8 - Éloïse

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Retrouver notre quartier, les copains, cela nous fait du bien, c'est agréable, c’est notre vie. Mais après les aventures de cet été, il nous manque quelque chose, c’est devenu un peu fade. Je suis très contente de retrouver Charlotte et Sarah, de leur raconter tout ce que nous avons vécu, mais j’ai envie de vivre de nouveaux évènements aussi passionnants.

Trainer avec les copains, ou même dans notre square ne suffit plus. J’entraine souvent Tom et Fatine de l’autre côté de la Butte, au milieu des touristes, c’est vivant, c’est coloré et régulièrement nous assistons à des incidents, des arnaques, des disputes. Cela nous amuse. On se faufile dans les groupes. Fatine se met derrière un ou une touriste et l’imite en exagérant. Nous sommes morts de rire, avant de nous faufiler en courant.

Je me rends compte que nous devons avoir quelque chose de spécial, vu que nous sommes souvent pris en photo. Je n’aime pas ça, car, comme maman me l’a expliqué, c’est notre image, les gens n’ont pas le droit de se l’approprier. De plus, nous sommes des enfants, c’est pire. Quand je vois quelqu’un vouloir nous prendre, je fais le singe, me grattant sous les bras, avec plein de grimaces pour lui faire comprendre que nous ne sommes pas des animaux au zoo. Tom et Fatine comprennent et bientôt, nous sommes tous les trois à faire des pitreries. Ça ne marche pas beaucoup, car cela attire encore plus les touristes. Alors nous nous carapatons en leur faisant des gestes, disons grossiers (si jamais papa ou maman lisent ça, je vais me faire engueuler grave !).

En passant place du Tertre, je suis attirée par des dessins. Ces images de gamins, datant d’il y a longtemps, nous les connaissons, comme toutes ces peintures du Sacré-Cœur. Cette fois, je crois reconnaitre Thomas sur un de ces dessins.

Aussitôt, l’idée est dans ma tête. Je décroche le dessin, sous l’œil noir du renoi qui les vend. Je prends mes deux compères et on file regarder sur internet. Je sens Tom un peu inquiet de mon excitation.

En fait, ce n’est pas tellement pour regarder internet que pour retourner à la maison, et réaliser mon idée. Je dis à Tom et Fatine de m’attendre. Je file dans la chambre des parents, sachant ce que je cherche. Je reviens et leur dis que nous allons nous déguiser en poulbots et faire payer les photos. Je propose à Tom de commencer. Il n’a pas l’air content, mais il enfile les vêtements. Nous retournons sur la Butte, le long d’un mur, en plein sur le passage des touristes. Tom fait la gueule, ce qui le rend trop craquant et encore plus ressemblant, avec un short noir trop grand, la chemise trop large qui dépasse de partout et l’espèce de casquette qui laisse échapper ses cheveux sombres. Trop beau, mon Thomas ! Je dis à Fatine de se débrouiller pour faire payer les touristes qui sortiront leur appareil photo. Je m’y mets de mon côté et très vite, ça mitraille et nous arrivons à récolter quelques pièces. Mais je vois Tom faire de plus en plus la tronche, la tête baissée. Il ne va pas bien. Je m’approche, lui dis à l’oreille que ça marche du tonnerre, parce qu’il est vraiment le plus mignon. Je lui colle un énorme baiser sur la joue, pour me faire pardonner, et pour mon plaisir. Il est vraiment trop en colère contre moi. Il a raison, je fonce de trop et je ne fais pas assez attention à lui. Je m’en veux de lui avoir fait subir tout ça. Il me regarde et je devine ce qu’il veut. Je n’ai pas à me forcer pour un second baiser ! Quand mes lèvres se posent sur sa joue toute douce, mon esprit se souvient de celle de Vincent, de ce que j’avais ressenti. Je me dis que j’ai hâte que la joue de Tom soit celle d'un homme qui pique. Cela traverse vite ma tête pendant que je lui pose mon baiser. Mais soit j’ai été trop longue, soit plus de choses sont passées dans ce baiser. Quand je me recule, je suis stupéfaite par son changement. Il rayonne, il brille de mille feux. C’est moi qui l’ai allumé comme ça ? Je me promets de recommencer souvent, tellement il resplendit !

Fatine me glisse que le coup du baiser, c’est génial, ça a rapporté gros. Nous continuons quelques minutes et d’un petit signe, nous nous enfuyons vers notre quartier général. Nous ne sommes pas restés longtemps, mais nous avons récolté quatorze euros et quarante-huit centimes.

Nous échangeons longuement pour améliorer, la prochaine fois, nos techniques de vente (j’ai lu ces mots un peu auparavant).

Tom est content. Au passage, pour se faire du bien, on se prend une glace chez Mamoud, puisque nous sommes riches !

En rentrant, je remets soigneusement à leur place les affaires des parents.

Le samedi suivant, je dis à Thomas et Fatine que nous allons aller acheter un vrai déguisement à Montreuil. Je leur avais dit de mettre le jogging le plus moche et le plus sale qu’ils pouvaient trouver, pour faire misérables et pouvoir marchander ! Pour la saleté, c’est dur, avec la manie des parents de laver sans arrêt nos vêtements.

***

L’an passé, un jour, j’avais remis sans le vouloir un t-shirt de sport de la veille. Il avait une odeur bizarre, pas de lessive, mais que j’avais trouvée agréable. J’ai réalisé que c’était mon odeur, que c’était la première fois que je me sentais et que j’aimais bien mon odeur. Je décidais de le garder. Quand j’ai rejoint Thomas, j’ai vu ses narines se gonfler. Instinctivement, il s’approcha de moi pour sentir. Il ne réagit pas. Son nez avait juste détecté un nouveau parfum. Il est comme ça, Thomas, on ne sait jamais ce qu’il pense, ce qu’il ressent. Il faut toujours deviner. Je suis sûre que, sur ce coup-là, il ne le savait pas lui-même. Mais comme il n’avait fait aucune grimace, j’en conclus que cela ne devait pas lui être désagréable. Même cinéma avec Sarah, qui, elle, me demanda carrément si je ne changeais jamais de vêtements. Je lui expliquais que je découvrais mes odeurs, et que j’aimais ça. Elle haussa les épaules.

Le lendemain, j’avais gardé le même t-shirt. Thomas a refait son numéro du nez, toujours sans s’en rendre compte. Sarah, qui avait, elle aussi, le même t-shirt que la veille (elle m’amuse !), me fit remarquer que, oui, c’était agréable de sentir son odeur, mais que sentir celle des autres, c’était moins cool. Elle a ajouté, gentiment, que c’était vrai, j’avais une bonne odeur, mais pas quand elle était rance ! J’aime bien lorsqu’elle est directe avec moi, c’est la seule qui ose le faire. C’est aussi la seule que je ne renvoie pas dans ses buts, car même si elle parle brutalement, je sais qu’elle est mon amie.

J’ai changé de vêtement, mais ensuite je jouais avec ma chemise de nuit. Je le planquais pour éviter qu’il soit lavé. Je ne dérangeais plus personne et le soir, j’aimais retrouver et me glisser dans mon odeur. Pendant cette période, une fois, Thomas est entré dans ma chambre et ma chemise de nuit trainait sur la chaise, avec au moins deux bonnes semaines d’utilisation. Sans rien dire, il l’a prise pour la poser ailleurs. En la prenant, il l’a portée à son nez, sans s’en apercevoir, avant de la poser. J’étais rouge de honte et de joie, mais il n’avait rien vu.

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