11/1 - Éloïse

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Si nous connaissons bien notre réseau secret, nous savons qu’il existe aussi en dessous autant de cavités qu’au-dessus. Toutes celles qui montent, ou presque, nous les avions explorées, quand il y avait un escalier. Pour le dessous, nous avons repéré des trous, sans protection. Il y a bien un endroit avec plein de traces et nous sommes quasiment sûrs que c’est par là que le service des carrières descend pour vérifier les cavités en dessous. Mais ni pour celui-ci ni pour les autres, nous ne nous approchons du bord. C’est trop dangereux et nous n’avons absolument pas envie de descendre dedans. Une fois, Fatine a envoyé un caillou dans un de ces trous. Immédiatement, nous l’avons traité de tous les noms.

Nous les avons tous repérés et nous passons loin d’eux, comme si nous avions peur qu’un monstre surgisse pour nous avaler. Maintenant que nous connaissons le dédale, nous regardons les murs avec attention, en espérant trouver un passage secret. Nous nous amusons aussi à lire nombreuses les inscriptions, quand on arrive à les déchiffrer. Ou les dessins, les gravures, sans toujours comprendre ce qu’ils représentent. Je crois bien que beaucoup sont des dessins de sexes, des dessins pornographiques.

Nous avions décidé d’aller explorer une salle où les inscriptions sont nombreuses. J’avance devant en tirant le fil, Fatine derrière moi et Thomas en dernier. À un moment, je vois les lumières qui changent. Je m’arrête et quand je tourne mon regard, je vois que Thomas est parti en angle droit, en lâchant le fil, attiré par je ne sais quoi. Nous savions qu’il y avait un trou, pas très grand, au milieu de cette salle et Thomas avance droit dessus. Je fais alors l’erreur qu’il ne faut pas faire : je crie son nom. Il tourne la tête vers moi et disparait aussitôt dans le trou. Je lâche ma bobine et, le front baissé pour bien éclairer où je mets les pieds, je cours vers le trou. Nous n’entendons rien. Il devrait appeler. Très inquiète, je m’approche du trou dans lequel il n’y a pas de lumière. Il a dû tomber sur la tête et casser sa lampe. Quand j’entends sa voix, je baisse la tête pour l’éclairer, m’approche du bord pour mieux voir et je tombe à mon tour.

Je ne me fais pas mal, mais je suis tombée sur Tom, sur ses pieds. J’ai dû lui faire mal, car je l’ai entendu gémir. Alors que je le rassure, nous voyons tomber sur nous le casque et la lampe de Fatine.

Thomas est blessé et a mal, Fatine est dans le noir et va devoir retrouver la sortie. Je suis honteuse et malheureuse, car tout ceci est de ma faute. Je n’aurais pas voulu jouer les aventurières, jamais ils n’auraient eu cette idée. Fatine était content d’avoir pris la clé à sa mère, mais c’était pour me faire plaisir.

Pendant que Fatine part chercher des secours, je m’occupe de Tom. Non seulement il est blessé, mais en plus, il est malade, car il est tout chaud de fièvre. Je dois tout faire pour le réconforter et le faire tenir en attendant qu’on vienne nous sortir de là. Je me montre forte, alors que je n’ai qu’une envie : pleurer.

Je l’aide à se mettre dans une position dans laquelle il a moins mal, mais c’est difficile. Enfin, il est allongé. Il a froid. Je le couvre de ma veste et je m’allonge contre lui. Même quand nous faisons la sieste sous les noyers, nous ne nous touchions pas autant. Le sentir contre moi me fait du bien. J’ai envie de le serrer dans mes bras, mais j’ai trop peur de lui faire mal. Je suis tellement heureuse et tellement malheureuse.

Bientôt, j’entends sa respiration apaisée, il s’est endormi. Moi, je pense que nous sommes dans de sales draps. J’espère que Fatine va trouver le fil et pouvoir aller chercher du secours. Il l’aurait trouvé, il nous l’aurait crié. En rampant dans la bonne direction, il en avait pour cinq minutes au plus. Il ne se passe rien, je ne l’entends plus se trainer. Ça veut dire qu’il est perdu…

Tout tourne dans ma tête. Combien de temps pouvons-nous tenir ? Nous n’avons rien à manger ni à boire. On a entendu parler de quelqu’un qui a fait la grève de la faim plusieurs semaines. Mais il avait été emmené dans un hôpital.

Finalement, je m’endors moi aussi. Quand je me réveille, dans le noir absolu, le silence total et le froid, je ne sais plus où je suis, ni quelle heure il est. Je grelotte. Puis je me souviens. Je ne sais plus si c’est le froid ou la peur qui me fait trembler. Tom respire doucement. Je me blottis doucement contre lui. Il est chaud. Le sentir me fait du bien. Je me rendors. Cela se reproduit plusieurs fois. Une fois, alors que je n’arrive pas à me rendormir, je me mets à parler à Tom. Il dort, mais à un moment, je me demande s’il n’est pas réveillé. Je lui dis ce que je ressens pour lui, depuis toujours, et depuis que je sais ce qu’il est pour moi. Tom, c’est plus que ma moitié, c’est plus que l’aimer. J’ai besoin de lui, je suis lui et il est moi. Enfin, toutes ces choses auxquelles je pense depuis déjà longtemps, sans savoir si je peux ou si je dois lui dire. Lui parler, lui dire mon cœur me fait du bien. Cela me calme.

Petit à petit, je me détends, l’idée que nous allons peut-être mourir ici me traverse la tête. Je ne sais pas bien ce que cela veut dire ni si cela fait mal, mais mourir avec Tom me rassure.

J’ai perdu tout sens du temps, de l’espace. Je n’attends plus rien. Je n’ai plus de repères. Je ne veux pas bouger non plus, pour ne pas perdre Thomas ou lui faire du mal. J’ai soif.

Je ne sais plus combien de temps passe. Je sens ma tête ralentir.

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