Chapitre 56 - Dîner vignoble
- Oui ...
- Tu ne sembles pas convaincu Kazu-chan.
- Je préfèrela ville, tout est facilement accessible. La campagne est belle, oui, mais elle n'est pas optimale à mon sens.
- Oui c'est sur.
Nous arrivions enfin sur place. Les vignes en espalier imitaient un aménagement du sud de la France. La maison des propriétaires nous faisait face, surplombait les pieds. Typiquement japonaise, le contraste n'en était que plus beau encore. Nous n'eûmes pas à sonner, deux personnes vinrent nous accueillir en passant par l'arrière de la la maisonnée.
- Vous êtes ?
- Bonjour, Rose Nokuro, nous avions rendez-vous.
- Qui ? Le patron nous ...
- N-Nokuro ? Nous n'avons rien à vous dire ! A-allez vous en !
Il prit la main de son collègue et courut à travers champ. Je n'eu même pas le temps de rétorquer quoi que ce soit qu'ils avaientt détaler comme des lapin. J'avais oublié que malgré quelque un de nos amis qui avait l'habitude de notre nom, pour des simple civil celui-ci inspirait la crainte.
- La prochaine fois je donnerais ton nom dis-je a Kazuma en soupirant.
- Ca ira mieux quand tu portera le miens. Pour un temps, du moins.
Je penchai légèrement la tête, un léger sourire étira mes lèvres. - Pour un temps... Tu serais surpris de voir à quel point certains “temps” peuvent durer.
- Ça peut venir un peu plus rapidement que tu le penses. On est quand même l'une des plus grande famille du pays.
- Je peux vous aider ?
Une très jolie jeune femme apparut derrière nous.
- Oui, nous cherchons Mr Hashimoto, nous avions rendez-vous avec lui dis-je en souriant.
- Ah c'est vous.
Elle m'adressa un signe de tête et se tourna vers Kazuma.
- L'homme que vous cherchez, c'est mon père. Mais c'est avec moi que vous allez faire la visite des vignes et de notre organisation.
Elle s'inclina pour le saluer, bien plus bas qu'elle ne l'avait fait pour moi. Au vu de ses gestes, j'en jugeait qu'elle c'était trompé sur qui j'étais et avait pris Kazuma pour mon supérieur.
- Je vois, je vous remercie et m'excuse d'avoir effrayé vos employés, je me présente Rose Nokuro. Je suis celle qui a contacté votre père.
Elle se releva, arqua ses sourcils avec tant de surprise qu'ils remontèrent très haut sur son front. - Vous...
Elle cligna plusieurs fois des yeux, incrédule. Puis elle sourit et sembla comprendre quelque chose.
- Ah, oui. Je comprends, excusez-moi. Je m'appelle Hashimoto Natsuki. Je vous propose de commencer par la visite extérieure. Si vous voulez bien me suivre.
Je savais très bien l'effet que ça faisait, ça ne m'étonnais même plus. J'avais pris l'habitude. Je me contentai de lui offrir un sourire en guise de réponse avant que nous ne nous mettions à la suivre, mais malgré mes explications, dès que Natsuki expliquait quelque chose de technique, relatif à l'organisation, aux récoltes, aux millésimes, ... c'était vers Kazuma qu'elle se tournait.
- Dites-moi Natsuki-san ... Depuis tout à l’heure, je vous vois expliquez tout votre travail à mon mari… alors que je pensais que mes explications sur qui je suis étaient déjà assez claires. C'est moi qui qui suis à la tête de mon clan et donc qui supervise cette demande. Aussi ce serait appréciable que ce soit plutôt moi qui est les informations que vous lui transmettez. Mon mari n'est là qu'en tant qu'associé.
Natsuki me lança un regard indescriptible. - Votre mari ?
- Il y a t-il un problème ? Demandais-je en croisant les bras.
- Aucun non. C'est bien à votre mari que je m'adresse pour toutes ses informations.
- Oui. C'est le coeur de mon interrogation. Pourquoi ?
- C'est lui qui s'en occupera par la suite, non ?
Natsuki réfléchit un instant.
- Oh ! C'est vous ! C'est vous qui vous occuperez de la partie viticole, et votre mari qui ... veuillez accepter mes excuses madame. Il me semblait plus juste de prévenir le chef de votre clan.
Mon expression bouche-bée trahissait mon état d'esprit. Je me demandais sincèrement si elle le faisait exprès ou non. Ce n’était simplement pas possible autrement.
- Non, vous n’avez manifestement pas compris, dis-je d’un ton ferme. C’est "moi", et moi seule, qui ai hérité du clan. J’en gère l’intégralité : son organisation, ses décisions, ses affaires, y compris la partie viticole. Mon mari n’a absolument rien à voir là-dedans. Je marquai une pause, la fixant droit dans les yeux.
- Il n’est ni mon porte-parole, ni mon supérieur, ni le « chef » que vous cherchez à prévenir. Le chef du clan, c’est moi.
- M-mais....mais vous êtes ....vous êtes une femme ...
- Oui en effet c'est plutôt progressiste n'est-ce pas ?
- Vous êtes oyabun ?
- Oui.
- Mais vous êtes jeunes, plus que moi, je dirais.
- En effet.
- Et vous ne portez pas de tatouages. Je vois ceux de votre mari par dessus le col de sa chemise. Et c'est un homme et Il ..., elle se reprit, se tourna vers Kazuma, je vous demande pardon de parler de vous à la troisième personne. Mais le fait est que vous êtes plus vieux, et que vous avez l'air plus...
- Plus ? Souriais-je en l'incitant à poursuivre.
- Plus "yakuza".
- Vous savez les temps changent tout comme les mentalités. Il y avait eu des impératrice femmes en chine.
- En Chine, oui. Nous sommes au Japon.
- Et nous avons remporté une guerre contre un empire bien plus puissant que nous, sur le papier. Les temps changent, il n’y a rien d'anormal a ce que de nos jour, une femme dirige un clan de yakuza. Cela prouve que le Japon répétais-je.
- Je vous accorde que la confusion est possible, Natsuki-san. Ne vous en faîtes pas, Madame à l'habitude. Je regardais Kazuma qui avait enfin daigné prononcer une parole.
- Oui, je ..., oui.
Natsuki tentait de garder un sourire professionnelle, toutefois, par la suite, elle changea d'attitude, se montrant bien moins révérencieuse qu'elle ne l'était avec Kazuma. Elle nous proposa de rentrer dans la maisonnée pour la logistique. Mais je devais reconnaître que cette tendance social m'agaçait : celle de ne pas reconnaître ma valeur de femme d'affaire en raison d'un seul trait "femme".
Et ce comportement m'était d'autant plus agaçant quand c'était une femme qui me le rappelais.
C'était un peu éméchée que je retournais en voiture, à la fin de ce premier rendez-vous.
- Je veux même pas imaginer ce que ça va être quand ont va rencontrer son père ...
- Je crois qu'on ne le rencontrera pas, ou peu, du moins.
- Ah oui ?
- Il m'a semblé voir une facture d'un hôpital et une bombonne d'oxygène en balayant la maison du regard.
- Ah bah je vois pourquoi elle est aussi aigrie. Elle est tellement occupé avec "papa" qu'elle a du se sentir frustré de voir un couple marié débarqué devant elle. D'ailleurs j'ai bien vu l'air stupéfait qu'elle a eu quand je lui ai dit qu'on était marié. Et ce ton faux-cul qu’elle t’a sorti, tout mielleux ? Parce que moi, j’ai eu droit à son mépris en mode "tu n’existes pas" et je vais pas supporter ça longtemps.
- Ah tu penses que c'est ça ? Il ne m'a pas semblé qu'elle changeait de ton. Enfin, d'un chef à un autre : si. Mais ce n'est pas la première fois que tu es confrontée à ce genre de problème.
- Oui, ce genre de méprise, j’y suis habituée, mais devoir tout redire trois fois, à un moment, ça devient volontaire. J’ai vraiment eu l’impression qu’elle faisait exprès de ne rien entendre. D’ordinaire, ce sont surtout des hommes qui ont ce genre de mentalité dépassée, alors constater qu’une femme peut avoir exactement la même façon de penser, c’est affligeant. Comme quoi, l’idiotie n’a pas de camp.
- Je veux bien le croire...
J'observais le paysage défilé par la fenêtre et il me sembla que nous ne prenions pas la route de l'hôtel. J'interrogeais Kazuma. Il me dit qu'il était bientôt l'heure de dîner et qu'il avait réservé une salle privée dans un grand restaurant en bord de côte. Il avait voulu me faire une surprise en m'offrant ce dîner romantique. Je me laissai aller contre le dossier du siège, un sourire doux aux lèvres, les yeux perdus vers l’horizon qui défilait. Puis je me tournai vers lui, un peu émue.Je marquai une pause, comme pour savourer l’idée, avant d’ajouter avec une pointe de curiosité :
- C'est exactement le genre de surprise qui me fait oublier le reste. Merci Kazu-chan. C'est quel genre de cuisine au fait ?
- J'ai cru me souvenir que tu aimais bien la cuisine française, et puis...on reste dans le thème. Le vin, la France, ...
- Tu ne pouvais pas mieux choisir. C'est parfait dis-je en souriant.
- J'ai choisi un restaurant chic, j'espère que la réputation des français n'a pas passé la frontière.
- Tu ne pense pas qu'ils faudrais que j'aille me changer ? Ma tenue n'est adapté pour ce type d'établissement et puis j'avais envie de faire honneur a mon mari dis-je en regardant la tenue que j'avais mis pour notre rendez-vous.
- Tu serai plus à l'aise avec une autre tenue ? Je n'y avais pas pensé, je vais faire demi tour pour l'hôtel.
- Oui ce serait mieux, merci
- Il trouva un rond point où faire demi-tour et nous ramena à l'hôtel.
Je me précipitai vers ma chambre et, en ouvrant ma valise, y trouvai une robe que j’avais emmenée pour ce genre d’occasion. Longue, noire, ornée de quelques touches dorées, en soie avec un petit volant de mousseline, elle arrivait juste au-dessus de mes chevilles. Je fis une toilette expresse, une mini douche rapide pour me rafraîchir, avant de me recoiffer à la hâte. Enfin, je chaussai mes bottines en cuir et enfilai la robe, prête en un temps record.
Kazuma s'était recoiffé dans la voiture et nous partîmes pour le restaurant. Ils nous fallut a peine un quart d'heure pour arriver au Chareir Rendez-vous. Je constatais que la façade se voulait imiter l'architecture versaillaise. C'était magnifique. En entrant, Kazuma se présenta au comptoir et un valet vint nous débarrasser de nos manteaux tandis qu'un serveur nous conduisait vers notre salle privée. Elle était à l'étage, couverte de baie vitrée et nous avions le choix de la table : un canapé en U avec table en bois laqué, ou une forme plus classique : une table ronde nappé de blanc et ornée d'un chandelier.
J'optais pour la table ronde nappé de blanc et ornée de ce chandelier. La vue qu'offrais cette baie vitrée était magnifique. Le soleil commençais seulement a se coucher qui se reflétais dans la mer qui se trouvais en contrebas orner de différent rocher creuser par celle-ci.
L'écume les frappaient avec violences, l'océan semblait se bagarrer avec le littoral mais le spectacle en était somptueux.
- Je ne me lasserai jamais de cette vue. C'est magnifique, tu ne trouves pas ?
- Je suis ravie que ça te plaise. C'est vrai que c'est agréable...quand tu n'entres pas en hypothermie.
Mon sourire se figea.
- Je t’ai dit que j’étais désolée… Je le sais, que c’était une bêtise. Je laissai mes yeux errer sur la carte, comme distraitement, pour esquiver ce petit rappel qui, sans être méchant, me rappelait a la gravité de ce qui s'était passé.
- Rose, je plaisantais ne t'en fais pas. Tout va bien...
Il posa une main réconfortante sur la mienne.
- Oui je sais que tu disais pas ça méchamment mais ... je me sens bête pour qu'il s'est passé.
- N'en parlons plus. C'était bête de lancer le sujet...Tiens, dis-moi ce que tu préfères entre le boeuf bourginignon ou le croque-monsieur à la truffe.
- Le bœuf bourginion, m'a l'air bien ça fait typiquement français. Et toi qu'est-ce qui te fait envie ?
- Eh bien l'un des deux justement. Donc je vais partir là dessus. En entrée, je suis intriguée par la terrine de campagne, tu sais si tu vas en prendre une ?
- J'ai vu qu'il proposait un toasts oeuf Bénédicte en entrée, je crois que je vais partir la dessus. Tu as vu qu'il y avait du magret de canard ? Il le serve avec des asperges et un peu de betterave. Je me laisserais bien tenter c'est pas souvent qu'on en mange.
- Ca a l'air bon. Avec ça tu veux une bouteille particulière ?
- Je regarde...Oh ! Ils servent du vindont je n'ai lu que du bien. Ca te tente une bouteille de Château Pétrus ?
- Si tu en as envie, je serai ravi de gouter.
- On va peut-être attendre avant de commander les desserts.
- Oui, surtout que si je m'en fie aux photos sur internet, les assiettes sont plutôt copieuses.
- Oui, tu as raison, profitons déjà des premières assiettes. Nous passâmes commande et attendîmes nos plats. Notre bouteille arriva. J'étais curieuse d'en gouter une et j'avais demandé certaines années précises. J'eus alors le plaisir d'observer une bouteille, d'un excellent cru et de gouter une excellente année. Pendant que nous mangions l'entrée, un groupe de trois musiciens entra dans notre petit salon. Au vu de leurs bagages, C'était un petit orchestre d'instrument à corde. Un violon, deux altos.
- Madame. Me saluèrent-ils en français.
Ils sortirent ensuite leurs instruments et commencèrent à jouer un petit concerto. Ce fut d'abord le violoniste qui commençais à jouer de notes très douce pour commencer puis suivit des deux altos qui l’accompagnèrent quelque notes après plus graves. Ont pouvais ressentir les vibrations des instruments comme si nous étions dans une cathédrale. Je portai mon verre à mes lèvres. Nous avions attendu qu'elle s'aére sous les conseils du caviste. Il révélais alors des notes fruité pas trop sucrée, ce qui s'alliait parfaitement avec les plat que nous avions commandé. Je me laissais légèrement allé contre le dossier de ma chaise, pour profiter de pleinement de cet instant.

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