Extrait n°5 du corpus
Extrait du Précis « Observation des peuples de la surface »
Faculté d’ethnologie appliquée, Université souterraine d’Amarinthe
édition destinée aux étudiants de première année
commentée par le professeur Taevi, Maître d'ethnologie comparée
An 487 de l’Âge de la Méthode, Temps des Comparaisons
« [...]
Les rencontres avec les peuples de surface demeurant relativement rares pour les Sombrelis, il est recommandé aux étudiants participant à des missions d’observation ou d’échange de savoirs dans les tunnels supérieurs de se familiariser avec leurs principales caractéristiques morphologiques.
Les descriptions suivantes doivent être considérées comme des indications générales et non comme des règles absolues. Comme l’ont rappelé vos professeurs - à juste titre -, les peuples de surface présentent une variabilité biologique plus importante que la plupart de nos espèces cavernicoles. Ils partagent néanmoins avec nous un trait morphologique notable : une symétrie corporelle. Celle-ci est certes moins exacte que la nôtre, mais leur symétrie verticale, que vous connaissez mieux sous l'appellation de plan sagittal, devrait rapidement vous mettre à l'aise ; ils ont un avant et un arrière, une droite et une gauche, une face dorsale et une face ventrale.
Leur tête abrite le cerveau et les principaux organes sensoriels : deux yeux, deux oreilles (rondes, ovales, pointues ou parfois réduites à un simple orifice), deux narines situées sous un nez cartilagineux et au-dessus d'une bouche similaire à la nôtre, ou directement sur la partie supérieure d'un bec (extrémité cornée et plus ou moins saillante composée de deux mandibules articulées l'une sur l'autre, servant de bouche). Leur corps comprend généralement deux membres supérieurs (bras ou ailes) et deux membres inférieurs (jambes ou pattes), reliés à un tronc contenant les organes vitaux et les viscères. Vous pouvez raisonnablement supposer que ces organes et appendices remplissent des fonctions comparables aux nôtres.
Tout ceci bien sûr ne concerne pas les Sylvans, comme vous pourrez le constater à la lecture de leur description ci-après.
Les Rochelins
Les Rochelins constituent un peuple de surface adapté aux environnements montagneux. Leur population dépasse les dix millions, ce qui en fait le peuple le plus nombreux du Continent.
Comme les Sombrelis, ils sont bipèdes et symétriquement dotés de deux bras attachés au corps au niveau des épaules. Leurs oreilles sont rondes et leur tête est généralement très poilue (aspect qui surprend souvent nos observateurs peu habitués à une pilosité aussi abondante) : une longue chevelure, le plus souvent nattée avec soin, et une pilosité faciale fournie : barbes, moustaches, boucs... tous ces mots vous seront plus familiers une fois que vous les aurez rencontrés. Leur taille moyenne oscille entre 1,40 et 1,60 mètre, inférieure à celle des Hóms, mais leur morphologie est sensiblement plus compacte. Leur ossature dense et leur musculature épaisse leur confèrent une force physique proportionnellement optimale pour leur stature réduite.
La texture de leur peau est souvent décrite comme particulièrement lisse, parfois comparable à celle d’une pierre polie. Chaque individu a une couleur de peau homogène ; toutefois, selon les sujets, les teintes observées varient considérablement, du gris pâle au brun sombre, en passant par des nuances ocre ou verdâtres. Ne soyez pas surpris par ce nuancier. Ils ne sont pas malades, juste formidablement divers.
Les Rochelins présentent également une grande diversité de corpulences, phénomène que certains chercheurs attribuent à leur riche patrimoine génétique.
Ils sont connus pour leur pudeur. Ils s'habillent des pieds jusqu'au cou avec des étoffes de couleurs neutres voire avec des pièces d'armure forgée. Vous ne verrez probablement jamais davantage que leurs mains et leur tête (à supposer qu'ils ne portent pas de gants ou de casque intégral).
Certains Rochelins naissent héliophtalmes ou mages. On en trouve trace dans les archives commerciales rochelines depuis plusieurs Âges.
Note marginale du professeur Taevi : Les marchands-archivistes Rochelins sont d'une précision sublime lorsqu'il s'agit de consigner les particularités génétiques susceptibles d'affecter le déroulement des pourparlers et la validité de leurs contrats.
Les Hóms
Moins nombreux que les Rochelins (environ quatre millions, bien que leur reproduction soit difficile à suivre du fait de la durée très courte de leur gestation - à peine neuf mois), les Hóms constituent néanmoins l’espèce la plus répandue sur la surface du Continent.
Leur morphologie générale est caractérisée par une stature droite et bipède, deux bras et deux jambes, une pilosité capillaire abondante et des oreilles ovales, dépourvues de pointe. Les sujets féminins (hómines) sont physiquement distincts des masculins (hóms) : leur torse est doté de deux mamelles produisant du lait pour nourrir leurs petits (à l’instar de nos espèces cavernicoles mammifères, comme les Altaupes, bien que celles-ci comptent huit de ces mamelles). Les Rochelins et les Tarquins femelles sont aussi dotées de deux protubérances lactantes sur le torse, mais souvent de dimensions moindres que celles des hómines.
La taille adulte varie généralement entre 1,60 et 1,90 mètre (bien que certains spécimens puissent être plus petits ou plus grands), ce qui est légèrement supérieur à la nôtre. Leur peau affiche une grande diversité de bruns, allant du brun sombre au brun très clair.
Les Hóms nomades du Nord (Nivuuq et Kajik) ont généralement une constitution robuste adaptée au climat froid ; ils sont plus petits que leurs cousins sédentaires. Comme les Rochelins, la couleur de leur peau est homogène, mais la variation de teintes est moindre : la peau est presque toujours d'une couleur cuivrée (similaire au pelage des Altaupes). Les cheveux sont quant à eux noirs ou brun foncé.
Les Hóms sédentaires des fiefs méridionaux présentent quant à eux une diversité physique plus marquée (grand, petit, mince, corpulent, peau claire ou foncée, cheveux texturés ou lisses et de couleurs variées, ...), probablement due aux nombreux mélanges de populations observés dans les régions agricoles.
Note marginale du professeur Taevi : Les Hóms sédentaires ont une diversité morphologique si importante que les étudiants novices ont parfois l’impression d’observer plusieurs espèces distinctes. Cette confusion disparaît généralement après quelques semaines de terrain, lorsqu’ils constatent que les Hóms eux-mêmes se montrent parfaitement capables de distinguer leurs semblables sans l’aide d’un traité d’anatomie comparée.
Les Hóms sont moins pudiques que les Rochelins mais sont tout de même le plus souvent vêtus intégralement, à l'exception de leurs mains et de leur visage. Ils portent des vêtements amples, adaptés au climat doux à chaud des fiefs agricoles. La tête est le support de couvre-chefs variés, tels que des foulards, pour se protéger du soleil. Leur peau est suffisamment résistante pour permettre de vivre confortablement à la surface, mais elle peut subir, surtout chez les spécimens à la peau claire, des brûlures causées par les rayons du soleil. Cela implique une exposition prolongée qui serait fatale pour n'importe quel Sombrelis.
Il convient de signaler que certains Hóms naissent héliophtalmes ou mages. Bien que ces individus soient relativement rares, presque autant que les Hóms blonds ou roux (pilosité jaune claire à cuivrée), leur présence est attestée dans la plupart de leurs populations.
Les Tarquins
Les Tarquins constituent une espèce en déclin.
Ils se distinguent aisément par leur grande taille (entre 1,90 et 2,15 mètres en moyenne) et leur musculature particulièrement développée.
Ces caractéristiques physiques, associées à leur endurance et à leur puissance musculaire, expliquent probablement pourquoi certaines civilisations de surface ont tenté de les utiliser comme combattants au cours des derniers siècles.
Leur nez est court et légèrement retroussé ; leurs yeux, conjonctive incluse, sont presque toujours noirs. Cette similarité avec nos yeux blancs est probablement la première chose que vous remarquerez, une fois passé votre choc à la vue de leur masse corporelle titanesque. Ils ont une autre similarité avec nous : leurs oreilles pointues à l'extrémité supérieure ; les nôtres sont plus petites, mais la ressemblance est significative.
Leur mâchoire inférieure est plus avancée que celle des Hóms et des Rochelins, et deux canines prononcées dépassent sur la lèvre supérieure chez les sujets adultes. Leur dentition leur permet de se nourrir d'une grande varité d'aliments, et même de viande crue.
La couleur de leur peau n'est pas homogène : une teinte principale (souvent ocre ou noire) sur laquelle apparaissent des variations chromatiques appelées pantonites (le plus souvent d'un brun foncé ou tirant sur le rouge). Ces pantonites forment des motifs parfois très surprenants autour des yeux, sur le torse et sur les membres. Ces motifs constituent un facteur de beauté particulièrement apprécié par les individus observés.
Leur insensibilité à la lumière du soleil a probablement contribué à leurs mœurs vestimentaires actuelles : ils sont souvent observés les jambes et les épaules nues.
Aucun héliophtalme ou mage n'a jamais été observé parmi ce peuple.
Les étudiants doivent impérativement retenir que les Tarquins possèdent une particularité cognitive : ils sont incapables de mentir ou de détecter les mensonges, quels qu'ils soient. Par exemple, si vous leur annoncez que vos oreilles sont arrondies, ils vous croiront et remettront en question leur définition même de ce qui est rond ou pas.
Note marginale du professeur Taevi : Veuillez ne pas tirer avantage de cette particularité cognitive lors de vos échanges, ce serait une faute académique passible d'une notation nulle.
Les Sylvans
Les Sylvans sont des êtres primordiaux dont la morphologie diffère radicalement de celle des espèces à sang chaud ou froid.
Leur apparence varie davantage que toutes les autres espèces dites intelligentes. Certains individus prennent la forme de structures végétales mobiles de petite taille, tandis que d’autres ressemblent à de grandes formations ligneuses capables de se déplacer lentement.
Leur corps est composé de tissus végétaux irrigués par une sève interne. Ces tissus présentent des similitudes avec certaines flores et champignons cavernicoles observés dans les zones riches en bioélectricité, bien que leur organisation soit beaucoup plus complexe.
Les Sylvans semblent capables de s’ancrer temporairement dans le sol ou de fusionner avec des organismes végétaux de surface pendant de longues périodes. Les mécanismes exacts de cette interaction restent mal compris par nos chercheurs, la plupart des observations ayant été rapportées par des observateurs surfaciens.
Ils sont capables de communication verbale, bien que plusieurs témoignages suggèrent qu’ils privilégient d’autres formes d’échange, possiblement liées aux vibrations de leurs ramages ou à des phénomènes encore mal identifiés.
Note marginale du professeur Taevi : Plusieurs collègues rochelins contestent encore ce point, bien que leurs propres expéditions forestières aient rarement dépassé les premières racines des Clairières sylvanes.
Ils ne portent aucun vêtement, mais ils ont été vus ornés d'oiseaux et d'insectes aux couleurs chamarrées, ce dont ils semblaient tirer un certain orgueil.
Comme tous les êtres primordiaux, ils ne comptent aucun héliophtalme ou mage connu.
Les étudiants sont invités à éviter de toucher les individus Sylvans sans leur consentement explicite. Plusieurs incidents regrettables ont été documentés à l'occasion des premières expéditions académiques sous les forêts peuplées par les Sylvans.
Note marginale du professeur Taevi : Les Sylvans étant par ailleurs hautement susceptibles par nature, il est recommandé d'éviter toute forme de boutade en leur présence. Certaines expressions surfaciennes (par exemple « Salut vieille branche », cf. vos cours de langue continentale appliquée aux interactions surfaciennes) semblent provoquer chez les Sylvans une réaction que certains témoins ont décrit comme une véritable volée de bois vert.
Les Avaris
Les Avaris sont de grandes créatures volantes vivant dans les régions les plus reculées des monts des Griveldes.
Leur morphologie évoque celle de grands prédateurs aériens décrits dans les précis de zoologie surfacienne ; l’espèce qui s’en rapproche le plus d’un point de vue morphologique est celle des éperviers noirs (cf. vos cours de zoologie de la surface).
Leur corps est couvert d’innombrables structures légères attachées à la peau. Chacune de ces structures est composée d’un tube central rigide, à partir duquel se déploient de fines ramifications latérales disposées de part et d’autre selon une organisation remarquablement régulière. L’ensemble forme une surface souple et continue qui semble jouer un rôle essentiel dans leurs capacités de vol.
Les observateurs surfaciens désignent ces structures sous le nom de plumes. Chez les individus adultes observés, elles sont noires et bordées d’un liseré doré. Les juvéniles sont tachetés de gris.
Les ailes des Avaris sont particulièrement développées et constituent leurs membres antérieurs. Dressés sur leurs membres postérieurs rehaussés par de puissants ergots, les individus adultes dépassent aisément la taille d’un enfant sombrelis d’une cinquantaine d’années.
Leur intelligence semble élevée, bien que leur mode de communication repose principalement sur des phénomènes télépathiques encore mal compris. Il n’existe à ce jour que deux rencontres documentées entre cette espèce et la nôtre, et les rapports de terrain provenant de la surface demeurent rares : ces créatures sont difficiles à localiser et plus encore à observer suffisamment longtemps pour permettre des conclusions scientifiques satisfaisantes.
Les observations suggèrent qu’ils possèdent une sensibilité particulière aux phénomènes bioélectriques du Continent.
Ils n'ont jamais été vus avec des habits ; les plumes paraissent leur suffire.
Note marginale du professeur Taevi : Les Rochelins affirment depuis longtemps entretenir avec les Avaris des relations anciennes et régulières. Il appert toutefois de l'analyse comparée de leurs allégations que les descriptions qu’ils en donnent varient sensiblement d’un observateur à l’autre, et parfois d’une taverne à la suivante. Je préconise de considérer ces témoignages avec la prudence scientifique qui s’impose lorsqu’une source paraît plus familière des récits de voyage que de l’observation méthodique.
Remarque pratique :
Les étudiants sont invités à se souvenir qu’un principe fondamental de l’ethnologie demeure valable dans toutes les situations : un individu observé ne représente jamais à lui seul l’ensemble de son peuple.
Les généralisations excessives constituent la principale cause d’erreurs dans les études de surface. Il est déjà suffisamment complexe de filtrer les appréciations personnelles des surfaciens que nous mandatons pour les études de terrain, ces derniers ayant parfois la fâcheuse tendance à confondre observation scientifique et récit de taverne. Évitez donc à tout prix d’ajouter ce biais supplémentaire.
Les Sombrelis eux-mêmes ne sont pas toujours exempts de généralisations hâtives lorsqu’ils observent les peuples de surface pour la première fois.
Rappelez-vous : la science, rien que la science !
Les étudiants souhaitant approfondir ces questions sont invités à consulter les travaux du professeur Taevi, dont les analyses demeurent, malgré certaines réserves méthodologiques exprimées par nos collègues rochelins, parmi les plus rigoureuses disponibles à ce jour. Sont notamment disponibles dans son bureau des planches anatomiques à l'échelle 1/1 qui vous permettront de vous familiariser de façon encore plus directe avec leur morphologie. »

Annotations