43 - Le repos des chasseurs - Partie 1

13 minutes de lecture

Phase de jour-dormant

Quelques heures avant le départ pour les Griveldes

Allongée sous la fourrure, les yeux ouverts sur l’obscurité, Anka se tournait et se retournait sans parvenir à trouver le sommeil.

La hutte était emplie des bruits qui montaient depuis le couchage de son père, de l’autre côté du tapis. Il ronflait, pleurait et parlait en dormant. Ses joues accueillaient les larmes qui s’échappaient de ses paupières fermées.

Depuis qu’Anka avait accepté de partir en chasse du Vengeur des Griveldes, rien n’avait pu consoler Itaq. Ni les paroles maladroites de sa fille pour le réconforter, ni les bols d’eau-de-vie qu’il avait bus pour se donner du courage, ni la torpeur enivrée qui avait fini par l’étreindre.

Par moments, elle avait tenté d’apaiser le sommeil de son père en murmurant :

« Papa, calme-toi… »

Il dormait trop profondément pour que sa voix l’atteignît.

Anka resta longtemps allongée, immobile, à écouter cette respiration saccadée qui remplissait la hutte et qui, à chaque sanglot, l’éloignait un peu plus de tout espoir de s’endormir.

Elle essaya une dernière fois :

« Ne pleure pas, papa. »

Quelques secondes passèrent. Itaq gémit, grogna, frissonna comme s’il avait de la fièvre.

Peine perdue. Anka repoussa la couverture et s’assit au bord de son couchage. Ses pieds nus se posèrent sur le tapis froid. Elle s’habilla sans un bruit, puis sortit de la hutte en passant ses bras dans un pull de laine.

Une bise soufflait sur le campement, mais le fond de l’air demeurait doux.

Les rayons du soleil, bas sur l’horizon, rasaient le sommet de la colline et étiraient de longues ombres sur le sol piétiné. Le camp sommeillait à moitié : quelques silhouettes passaient encore entre les huttes. Anka croisa des guerriers en veille, de petits groupes de nomades discutant à voix basse, des parents nourriciers errant dans le campement en berçant contre eux de jeunes enfants chagrinés, des chiens occupés à se disputer un os.

L'agitation causée par l'arrivée des Rochelins s'était dissipée. De leur bivouac, sur une rive du torrent, s’élevait une colonne de fumée qu'Anka apercevait depuis le campement. Ils n'avaient causé aucun incident, mais c'était sous bonne garde qu'ils s'y reposaient et patientaient jusqu'à leur voyage de retour, qui devait débuter au prochain jour-éveil.

Il fallait absolument qu’elle dormît, ne serait-ce que quelques heures, avant de partir avec eux pour les Griveldes. Elle prit la direction de la hutte des chasseurs de son clan. À chaque fin de cycle, ceux qui n’avaient pas de hutte familiale s'y retrouvaient pour dormir ; il y aurait sûrement une place libre pour elle.

En chemin, elle entendit les pleurs d’une petite fille. Elle reconnut Ula, la fille de Nuqa. La dernière décision du conseil des clans fut de lever le confinement des éleveurs ; les familles avaient été réunies, ce qui avait provoqué des clameurs de joie et des larmes de bonheur. Les pleurs d’Ula, pourtant, n’avaient rien de joyeux. Elle s’était peut-être disputée avec son frère, Ukpiq.

Anka enregistra l’information sans y réfléchir davantage. Elle poursuivit sa marche, laissant derrière elle les sanglots de l’enfant et ceux, plus lointains, de son père.

Elle approchait du seuil la hutte des chasseurs quand une voix l’interpella :

« Eh, Siqi ! »

Anka tourna la tête vers un groupe de chasseurs de l’Ouest, rassemblés en cercle sur des tapis, à deux huttes de là. Ils avaient érigé un paravent en peau pour se protéger de la bise. Qovir, assis en tailleur, posa sa tasse par terre et se leva en prenant appui sur un genou. Il fit signe à son groupe de ne pas l’attendre, puis s’avança vers elle. Ses compagnons le suivirent du regard, le visage fermé.

Il s’arrêta à deux pas d’elle. Il ne s'était pas rasé depuis quelques cycles ; ses joues pleines étaient parsemées de poils courts et drus. Face à lui, Anka eut l’impression saisissante de se tenir devant un ours hirsute, dressé sur ses pattes arrière.

« La nouvelle de ton départ a fait le tour des clans, gronda-t-il. Je n’arrive pas à croire que tu aies accepté. Tu es complètement folle ! »

Un frémissement passa dans son regard noir. Il écarquilla un instant les yeux, avala une goulée d’air, surpris par son propre emportement.

Anka croisa les bras et planta sur lui un regard circonspect, sans un mot, immobile. Elle n’avait aucune envie de répondre à sa colère par des mots.

« Ne me regarde pas comme ça. Oui, je suis contrarié. Oui, je le montre. Et alors ? Tout le monde n’est pas aussi stoïque que toi, Anka. »

Elle garda le silence.

Ce mutisme ne l’apaisa pas ; il s’irrita davantage.

« Tu vas rester là, à me laisser parler tout seul ? C’est moi qui vais passer pour un fou, maintenant ? C’est le monde à l’envers ! Tss. Toi et Nuqa… de bons idiots, voilà ce que vous êtes ! »

Anka plissa les yeux. Elle sortit de son silence.

« Qu’est‑ce que Nuqa vient faire là‑dedans ?

— Tu n’es pas au courant ?

— Au courant de quoi ?

— Il part avec toi. »

Anka décroisa les bras.

« Il… ? »

Qovir fit un pas de plus vers elle.

« Tu pars en laissant ton père tout seul, dit‑il, la voix forte, chargée de reproches. Et Nuqa… ah ! L’animal ! Il laisse sa compagne et ses enfants se débrouiller sans lui. »

Anka le dévisageait. Elle assimilait à peine ce qu’il venait de dire.

« Tu aurais dû dire non, Anka. J’y serais allé ! Je n’ai personne. Mes parents ne sont plus là, je n’ai pas d’enfant, pas de compagne non plus. Je n’en pense pas moins de Nuqa : il aurait dû laisser la place à un éleveur sans famille. »

Le cœur d’Anka s’emballa. Elle eut l’impression que sa langue enflait. Ses doigts se mirent à picoter.

« Ancêtres… Vous faites bien la paire, tous les deux. Si on m’avait dit que vous étiez jumeaux, je l’aurais cru sans discuter. Vous… Dis, tu m’écoutes ? »

Les Yeux-Soleil étaient rivés sur Qovir, sans vraiment le voir. Une rougeur nette avait envahi les traits figés d’Anka. Ses narines frémissaient au rythme heurté de sa respiration. Elle avait la sensation, désagréable, étourdissante, d’être à la fois à l’intérieur de son corps et juste à côté.

Confus, Qovir l’examina des pieds à la tête, d’un œil prompt, revenant au visage, lui fouillant les Yeux-Soleil de son regard, de plus en plus inquiet. La ride de colère, entre ses sourcils, s’effaçait peu à peu.

« Tu me fais quoi, là ? »

Anka ne cilla pas.

Elle commençait à manquer de souffle. L’air entrait et sortait par saccades. La pensée de Nuqa, de son départ pour les Griveldes, tournait en boucle dans sa tête, comme une roue infernale.

Qovir pâlit.

Il franchit la distance qui les séparait encore et posa ses mains sur les épaules d’Anka. Il la secoua.

« Anka. »

Aucune réaction.

Il la secoua plus fort. La tête d’Anka dodelina avant de se redresser. Le rouge qui lui avait envahi le visage gagnait désormais son cou.

Il raffermit sa prise et se pencha davantage, mettant leurs yeux au même niveau.

« Regarde‑moi, dit‑il, pris d’un début d’angoisse qu’il peinait à contenir. Je ne sais pas où tu es partie, mais il faut revenir, maintenant. »

Ses mains quittèrent les épaules d’Anka. Il encadra son visage empourpré entre ses paumes larges et moites. Ses pouces trouvèrent place sur ses pommettes, appuyèrent doucement.

« Anka. C’est Qovir. Tu es là. Avec moi. »

Anka sentit la présence de ses mains, la pression de ses pouces sous ses yeux. La sensation était feutrée, comme s’il la touchait à travers plusieurs couches d’étoffes.

Il appuya plus fort, passa une main dans ses cheveux, la replaça sur sa joue.

« Calme-toi. Suis le son de ma voix. »

Essoufflée, elle cligna une fois des yeux, puis une autre. Le visage du chasseur apparut plus nettement devant elle.

« Inspire plus doucement. »

Elle inspira. Non parce qu’elle avait choisi de lui obéir, mais parce que son corps avait réagi au son de sa voix. L’air entra, ressortit aussitôt avec un halètement.

Qovir prit une grande inspiration, lente, profonde, qu’il lui laissa le temps de voir, puis souffla tout aussi lentement, sans la quitter des yeux. Il recommença plusieurs fois, l’incitant à l’imiter.

Sans qu’elle sût quand cela avait commencé, sa respiration suivit vaguement le même rythme que celle du chasseur. Pas tout à fait, avec un décalage certain, mais suffisamment pour que l’air entrât plus calmement dans ses poumons, y restât un peu plus longtemps, en sortît un peu moins vite.

Guidée par la respiration de Qovir, par ses mains sur sa peau, elle retrouva peu à peu la sensation de son propre corps, comme si elle se glissait à l’intérieur d’elle‑même, telle une main dans un gant. La rougeur reflua progressivement.

Qovir ne lui lâcha pas tout de suite la tête. Il la scrutait avec insistance, attentif à la régularité de son souffle, à l’aspect vitreux de ses yeux.

Un chasseur les héla depuis le cercle voisin :

« Eh ! Tout va bien ? Il lui arrive quoi ? »

La tête de Qovir pivota légèrement vers lui, mais son regard ne quitta pas Anka. Les chasseurs venaient de remarquer ce qu’il se passait. Ils observaient la scène sans comprendre pourquoi le Nirviq de l’Ouest frontalier tenait la tête de la Nirviq du clan‑hôte entre ses mains. On aurait pu croire, de loin, qu’il allait l’embrasser ; mais l’idée même qu’un nomade se permît un tel geste avec une Siqinijiq, en public de surcroît, était si saugrenue qu’elle n'effleura même pas leur esprit.

« Je ne sais pas, répondit Qovir. Elle a eu une sorte d'absence. Je crois qu’elle revient.

— Elle a besoin d’aide ? » demanda un autre.

« Je pense que ça ira.

— Je suis sûr que c’est de ta faute. Arrête de la déranger !

— … »

En y songeant, Qovir fut pris de remords. Peut-être était-ce lui qui, par ses paroles, avait plongé Anka dans un tel trouble.

L’un des chasseurs grogna :

« Eh, ne va pas nous la casser ! On a besoin d’elle ! »

Le groupe se mit à rire.

Qovir ravala un juron et leur tourna le dos. Il n’avait pas apprécié entendre parler d'Anka comme d’un objet, et encore moins les rires que cela avait provoqués. Une bouffée de colère lui monta à la gorge.

Il imagina, une seconde, rejoindre le cercle et leur passer un savon. Une seconde seulement. Il refusait de déclencher une dispute, alors que le campement était en repos et qu’Anka se remettait à peine de cette crise inquiétante.

Alors il choisit de les ignorer, comme on détourne les yeux d’une plaie sale, et resta tourné vers Anka.

Les chasseurs n’insistèrent pas et chacun remballa ses affaires. Ils rangèrent le paravent et s’en furent rejoindre leur propre hutte, en lisière du campement principal. Qovir ne leur dit pas au revoir.

Face à lui, la chasseuse respirait plus tranquillement.

« Reste avec moi », dit-il plus fermement, lorsqu’il sentit qu’elle reprenait pied.

Cette phrase‑là, Anka l’entendit plus clairement que les autres.

Sa peau avait repris sa couleur accoutumée. Elle enfonça la pointe de sa botte dans le sol, reconnut l’appui sous son pied. Ses Yeux-Soleil recouvrèrent leur mobilité. Elle regarda à gauche, à droite, puis à nouveau Qovir, dont les mains avaient accompagné les mouvements de sa tête. Elle le fixa. Sa figure n’était qu’à une vingtaine de centimètres de la sienne.

Il réalisa seulement alors à quel point ils étaient proches. Son cœur cogna contre ses côtes.

Ses doigts se desserrèrent. Il la relâcha et se redressa brusquement.

« Je suis désolé. »

Elle mit un bref moment à saisir qu’il lui présentait des excuses. Elle n’en comprit pas la raison.

« Ce n’est rien », répondit‑elle de sa voix monocorde.

Elle tourna la tête vers les pleurs d’enfant, un peu plus loin. Elle reconnut de nouveau Ula, et elle comprit, cette fois, la raison de son chagrin.

« Les Rochelins n’ont pas demandé d’éleveur, dit-elle d’une voix blanche. Pourquoi Nuqa vient‑il ? »

Qovir passa une main sur sa barbe naissante. Il chercha ses mots avant de répondre. L’image d’Anka, figée devant lui, l’avait éprouvé. Il n’était pas certain de s’en être encore remis.

« Le conseil voulait qu’un éleveur parte avec toi pour vérifier sur place la fiabilité du remède, et peut‑être pour apprendre à le refaire nous‑mêmes afin de ne plus dépendre des Rochelins à l’avenir. Quand Nuqa a appris que tu partais avec eux, il a invoqué le Choix pour demander à t’accompagner. Les Porte-Voix n'ont émis aucune objection. Le conseil non plus... »

Nuqa avait les minuties des meilleurs éleveurs, le souci du plus petit détail. Toujours volontaire pour soigner les rennes blessés ou malades, leur anatomie, externe comme interne, n’avait plus de secret pour lui. Il savait même, d’instinct, quelles herbes leur donner ou quel onguent appliquer pour les soulager. Il était logique que quelqu’un comme lui fût plébiscité pour une telle mission.

La nausée, pourtant, lui monta à la gorge. Anka déglutit. La salive s’accumulait dans sa bouche.

Nuqa n’était pas un aventurier. Les Quma’roq lui faisaient peur. Le voyage pour le Sud pourrait le dépasser. Il pourrait y laisser la vie.

« Tout à l’heure, qu’est‑ce qui t’est arrivé ? »

La question de Qovir la prit au dépourvu.

Elle répéta :

« Ce n’est rien.

— Ce n’était pas rien. Tu ne répondais plus, tu respirais comme si l’air te manquait, et tes yeux… On aurait dit que tu n’étais plus là. »

Elle regarda dans le vide, passant en revue, dans son esprit, les derniers événements. Ses souvenirs des dernières minutes étaient flous.

« Ça t’était déjà arrivé ? » demanda-t-il.

Cette fois encore, Anka mit un court instant à saisir ce dont il parlait.

« Oui, répondit‑elle. Il y a longtemps. »

Il dit :

« C’est d’apprendre que Nuqa sera du voyage qui t’a mise dans cet état. »

Ce n’était pas vraiment une question.

Les faits se rangeaient un à un dans la mémoire d’Anka : les mots de Qovir, le nom de Nuqa, la sensation de sortir de son corps.

« Peut‑être, finit‑elle par dire. Je ne sais pas.

— Tu ne l’en crois pas capable ?

— Non. »

Qovir s’exclama :

« Oh, d’accord. Waouh.

— …

— Et tu comptes lui dire ça quand ? »

Elle fronça les sourcils.

« Jamais.

— Sérieusement ?

— Oui.

— Si tu ne lui fais pas confiance, il faut le lui dire.

— Je lui fais confiance, mais il ne sait pas se défendre comme toi ou moi. Il faudra que je veille sur lui.

— Bon sang, Anka. Tu ne penses pas que tu auras assez à faire avec les Rochelins et le Vengeur ? Tu vas aussi le surveiller ? Est-ce que tu trouveras seulement le temps de dormir ?

— Je trouverai une solution.

— Ce n’est pas possible. Tu ne pourras pas tout faire. Il faut que tu lui parles ; il est encore temps pour lui de changer d’avis.

— Non.

— Non ?

— Non. Il a invoqué le Choix, Qovir. Je ne suis pas une Porte-Voix ; il ne m’appartient pas de l’en dissuader. »

Elle croisa les bras, inclina légèrement la tête sur le côté.

Qovir soupira. Il n’aimait pas le mur qu’elle venait d’ériger entre eux, scellé par une foi plus radicale que la sienne. Il savait qu’il ne viendrait jamais à bout de l’orthodoxie derrière laquelle elle se retranchait solidement.

« Et qu’est‑ce que tu fais là, en plein jour‑dormant ? » demanda‑t‑il, pour changer de sujet.

« Je viens dormir. »

Il la fixa, interloqué.

« Avec les chasseurs ? Mais… tu as une hutte familiale. »

Le regard d’Anka glissa vers l’horizon, d’où le soleil bas projetait une lumière pâle sur la toundra.

« Mon père a le sommeil agité. »

Ses yeux restèrent tournés vers la lumière. La clarté du Long jour scintillait dans le doré de ses iris.

« Il s’inquiète pour toi », devina-t-il.

Anka préféra ne pas répondre.

La litanie des pleurs de son père lui revint en tête, de la même façon qu’une ritournelle.

Le visage de Qovir s’adoucit.

« Il n'est pas le seul à être inquiet.

— Tu l'es aussi, je suppose.

— Oui. Ne pense pas que je te sous-estime. Tu fais partie des meilleurs chasseurs des clans. Mais, cette mission pour le Sud, c'est... dangereux. Je ne sais même pas de qui tu dois te méfier le plus entre les Rochelins et le Vengeur...

— Je ne baisserai pas ma garde. Si je ne reviens pas, ce ne sera pas parce qu'ils m'auront prise par surprise. »

La perspective qu'Anka ne revînt jamais était douloureuse. Il entrevit comme possible le malheur inimaginable de la perdre.

Il bredouilla :

« Je… Tu le sais peut-être déjà, mais j’ai été désigné pour mettre à mort le Quma qui rôde au sud‑est. D'autres Nirviq pourraient toutefois s'en occuper, si je devais m'absenter. M'absenter longtemps. Parce que, tu vois, Anka, euh... une idée me trotte dans la tête depuis ta décision, et je… »

Anka tourna de nouveau la tête vers lui, ses yeux perçants cherchant dans les siens la fin de cette phrase suspendue.

Qovir détourna les yeux. Le regard d’Anka le gênait ; il avait l’impression qu’elle pouvait lire en lui.

Ses traits, néanmoins, étaient toujours aussi doux lorsqu’il acheva sa phrase :

« Je pourrais invoquer le Choix, moi aussi. »

Anka pressentit ce qu’il voulait lui proposer.

Elle secoua simplement la tête.

« Non. »

Qovir reposa les yeux sur elle, surpris.

« Tu ne sais même pas ce que j’allais dire.

— Si. »

Elle fit un pas vers lui, leurs torses se frôlant presque. Elle leva le menton, le regarda par en dessous.

« Tu veux venir aussi, parce que tu veux être avec moi. »

Le souffle de Qovir se coupa. Il recula d’un pas comme pour la fuir. Ses doigts se mirent à trembler, imperceptiblement. Il ouvrit la bouche, la referma, puis réussit à articuler d’une voix rauque :

« Anka… »

Elle poursuivit d’un ton neutre :

« Le Choix que tu envisages d'invoquer ne concerne pas le Vengeur, ni les clans. Il me concerne, moi. »

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