Chapitre 1
Louise souriait, trop heureuse de retrouver ses collègues après deux longs mois de vacances. Elle se demandait si Charlotte avait réussi à conclure avec Romain, et si Sophiane avait pu aller jusqu’au bout de son voyage en Inde, car il s’était blessé gravement au dos juste avant son départ.
Tranquillement, elle avançait vers le portail menant à la cour du collège, croisant au passage quelques visages familiers et leur demandant des nouvelles. D'un pas sûr, elle se dirigeait vers le buffet installé dans le réfectoire, déjà visible d'ici, couvert de plateaux de viennoiseries. Son ventre gargouilla d’envie et elle écourta une conversation pour aller se servir. Alors qu’elle prenait un gobelet pour y servir du café, Charlotte la rejoignit les yeux pétillants de curiosité :
- Tu as vu le nouveau prof d’anglais ? lui dit-elle avec un sourire béat qui intrigua suffisamment Louise pour qu’elle se mette à observer la salle.
- Non, où ça ? répondit-elle discrètement en lui rendant son sourire malicieux.
- Il discute avec Damien, regarde à droite, ils se sont bien trouvés ces deux-là !
Le sourire de Louise se figea à l’instant où elle le vit. La surprise la traversa, vite remplacée par le dégoût.
- Alors, pas mal hein ? continua Charlotte
Incapable de répondre, Louise sentit la chaleur monter en elle, son ventre se contracta. Il était là. Grand et musclé, les cheveux blonds attachés distraitement en queue de cheval, le regard fixé dans le sien. Son putain de regard qu’elle ne pourrait jamais oublier.
- Tu ne trouves pas ? insista Charlotte
Louise détourna les yeux pour contenir la colère qui montait doucement en elle.
- Mouais, on verra. Qui d’autres vient d’arriver ? demanda-t-elle à son amie pour changer de discussion.
- Oh, attention, ils s’avancent vers nous !
Charlotte ressemblait à une lycéenne, trop excitée par la situation. Louise fronça les sourcils, les mains moites, elle se resservit du café cherchant un plan pour l’éviter, mais elle n’eut pas le temps de trouver une solution. Il était là, devant elle. Ses poings se serrèrent alors qu’elle fit un pas de côté. Il fronça les sourcils, visiblement surpris par sa réaction. Puis, un sourire étira ses lèvres.
- Charlotte, Louise, je vous présente… commença Damien avec un grand sourire.
Louise ouvrit la bouche. Rien ne sortit. Puis, elle lâcha malgré elle :
- Je sais très bien qui il est.
Se tournant vers lui, elle ajouta sèchement :
- Qu’est-ce que tu fais là ?
- Moi aussi, je suis ravie de te revoir ma belle, dit-il d’une voix profonde et moqueuse.
Le son de sa voix fit naître des picotements dans la nuque de Louise. Sensation qu’elle refoula au plus profond d'elle-même. Damien leva les sourcils et comprit rapidement qu’il était de trop. Il s’éloigna en emmenant Charlotte, bouche bée, avec lui. Louise s’avança un peu plus vers lui, avec lenteur, le cœur battant à tout rompre.
- Ne joue pas à ça avec moi, je t’ai posé une question, qu’est-ce-que-tu-fais-ici ?
Elle appuya difficilement sur chaque syllabe.
- J’avais envie de te voir, alors je me suis dit, tiens pourquoi pas ?
Son air était toujours aussi moqueur, il se redressa et fit tourner lentement le gobelet de café qu’il tenait entre les mains.
- Arrête-ça ! Je pensais avoir été claire la dernière fois… Je t’avais dit… Elle marqua une pause, puis prononça dans un souffle :
- C’est terminé.
Il sourit, comme si la voir dans cet état lui procurait le plus grand des plaisirs.
- Ça va être compliqué car nous travaillons au même endroit maintenant ! dit-il d’une nonchalance parfaite et bien trop de familiarité.
Louise nota qu'il la détaillait du regard, comme s’il la découvrait pour la première fois. Comme s’il cherchait à noter tous les détails qui avaient changé avec le temps. Ses joues plus creuses, ses lèvres fines, ses cheveux étaient désormais plus longs et ses yeux étaient envahis par une colère muette.
Des taches noires dansèrent devant les yeux de Louise. Son souffle s’alourdit :
- A quoi tu joues, bordel ! Dit-elle presque dans un murmure.
- Je ne joue pas Louise, j’avais besoin d’un job, j’ai trouvé celui-ci et c’est tout. Peu importe que ça te plaise ou non. Répondit-il sèchement, comme si Louise était une enfant de trois ans faisant un caprice. Ses doigts serrèrent un peu trop le gobelet qu’il tenait toujours en main.
Les joues de Louise s’enflammèrent de plus belle, furieuse par son ton condescendant, comme s’il avait le droit de se pointer, ici et maintenant, pour foutre son quotidien en l’air. Il retournait la situation à son avantage, comme toujours, la minimisant.
- Non Tristan, ça je ne l’accepterais pas !
Il ne l’avait pas quitté des yeux pendant tout ce temps, mais cette phrase brisa son masque l’espace d’une seconde, révélant son mécontentement. Louise se sentit comme un oiseau pris au piège dans les griffes d’un chat. Elle fit demi-tour, écrasant sans s’en rendre compte son gobelet vide entre ses mains, elle sortit dans la cour en le balançant dans la première poubelle qu’elle trouva. Des larmes roulèrent sur son visage alors qu’elle remontait la rue en direction du métro. Il était hors de question qu’elle reste une minute de plus dans la même pièce que lui. La journée ne faisait que commencer et c’était déjà mal parti. L’année elle-même ne présageait rien de bon.

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