Chapitre 3 : Clara

17 minutes de lecture

Clara avait 16 ans.

Nous avions le même âge.

Elle faisait partie de ces gens qui vivaient vraiment leur vie.

Elle semblait toujours vivre comme si chaque moment passé à se reposer était un moment perdu. Si elle était dans un roman, elle aurait pu en être l’héroïne.

Cette fille pouvait arriver à n’importe quelle soirée et repartir avec plusieurs nouveaux amis.

Personne n’aurait pu imaginer que nous soyons en couple un jour.

Moi le premier, je n’aurais jamais pris ce pari.

De nos personnalités à nos modes de vie, jusqu’à nos passe-temps, rien n’aurait dû nous relier.

Nous nous étions rencontrés au lycée.

C’était un après-midi à peu près comme les autres.

J’étais adossé contre le mur du couloir devant la salle de physique. Le couloir était assez sombre. Un luminaire sur trois fonctionnait. Enfin plutôt un et demi. Celui à ma gauche clignotait avec un bourdonnement bien désagréable.

Autour de moi, plusieurs élèves étaient sur leurs téléphones.

Un peu plus loin, le groupe des « élèves cool » parlait fort et riait comme s’ils passaient le meilleur moment de leur vie.

J’ai regardé mon téléphone. Il était 14 h 12. Le professeur était rarement en retard.

Théoriquement, après quinze minutes d’absence, le cours était annulé.

C’était une règle qui n’existait pas vraiment, tout le monde le savait. Mais j’espérais la voir s’appliquer.

Les quinze minutes approchant, Paul et Thomas, deux gars de ma classe, traversaient le couloir pour inviter chaque élève à descendre en ville.

Quand ils viendraient me demander, je leur sortirais une excuse toute prête.

Je n’avais rien de prévu en réalité, mais je me voyais mal venir avec eux. Je ne serais clairement pas à ma place.

Je passais les applications sur mon téléphone comme si je cherchais quelque chose. Thomas était au bout du couloir à parler avec le groupe de filles de ma classe, Paul, lui, était juste à côté de moi à tenter de convaincre Amélie de descendre en ville. Amélie n’était pourtant pas du genre à aller dans un café ou traîner dans le parc. Elle était plutôt timide et cherchait à vouloir passer le temps, les yeux plongés dans un livre. Je ne lui avais jamais vraiment parlé, mais c’est ce que j’imaginais.

Je ne m’étais pas trompé, Amélie avait poliment refusé en prétextant du retard sur ses devoirs.

Ma seule réaction a été de lever la tête vers le plafond.

Paul arrivait dans ma direction. Je m’étais redressé du mur sur lequel j’étais affalé.

Paul ne s’était pas arrêté. Sans même un regard, il est passé à Lucie.

Sympa. Au moins plus besoin d’excuses.

Les quinze minutes passées, le groupe de Thomas et de Paul était parti. Les autres se sont dissipés aussi.

Pour ma part, j’avais déjà défini ce que je ferais des 45 dernières minutes.

J’avais prévu de sortir fumer une cigarette, puis de retirer une canette bien fraîche du seul distributeur du lycée. Et quoi de mieux que de faire ça en musique.

J’ai choisi l’album The Dark Side of the Moon de Pink Floyd. J’ai probablement écouté ces morceaux mille fois. Chaque riff de guitare me prenait aux tripes. Quand j’étais petit, je rêvais d’apprendre à jouer comme David Gilmour.

C’est probablement ce groupe qui m’a donné envie de me mettre à la guitare.

Pour atteindre la sortie du lycée, je devais passer par le couloir principal.

Il ressemblait à un tunnel qui s’étendait à l’infini.

Les portes des classes étaient disposées en quinconce le long des murs.

Une rangée de plafonniers éclairait le couloir.

Certains étaient grillés, ce qui pouvait lui donner une ambiance digne d’un décor de Stephen King.

Des élèves s’étaient regroupés dans le couloir, certains seuls sur leurs téléphones pendant que d’autres se déplaçaient en meute.

Ou en troupeau, ça dépend du point de vue.

Il y avait forcément un couple en train de s’embrasser dans un coin du couloir. Peut-être que les gens aimaient montrer à tous à quel point ils s’aimaient. Je n’arrivais pas à comprendre.

Je jouais avec la pierre de mon briquet en commençant à planifier ma soirée de ce soir.

Je marchais tranquillement lorsque quelqu’un m’a attrapé la jambe. Une fraction de seconde plus tard, j’étais par terre.

La musique avait disparu en même temps que mes écouteurs.

Mon sac, lui, a glissé plus loin le long du couloir, renversant son contenu.

En prenant appui sur mes mains, je me suis retourné, un peu agacé.

Derrière moi, une fille était allongée, le ventre au sol.

Ses cheveux blonds recouvraient presque entièrement son visage.

Après avoir essayé deux fois de les souffler, elle avait abandonné en replaçant ses cheveux derrière ses oreilles.

Elle m’a regardé.

— Heureusement que je me suis rattrapée sur toi ! dit-elle de manière enjouée.

Elle avait le sourire amusé, comme si la situation était un bon moment dans sa journée.

Avec un petit bruit d’effort, elle s’était remise sur pied.

Sa tenue vestimentaire était plutôt classique : un jean slim bleu avec un T-shirt noir en dentelle au niveau du col.

Sa veste, par contre, était affreuse. Elle ressemblait à un poncho mélangeant plusieurs couleurs ternes.

Ses cheveux devaient être coiffés en queue de cheval au début de la journée. Désormais, elle avait surtout des mèches folles un peu partout.

Comme si c’était le sien, elle a ramassé mon cahier.

Au lieu de me le rendre, elle commençait à le lire.

— Tu chantes ?

Elle regardait dans ma direction. Si je n’étais pas par terre, j’aurais probablement regardé derrière mon épaule.

Ce cahier qu’elle feuilletait, c’était là-dessus que je notais toutes les phrases qui me passaient par la tête.

Je m’en inspirerais ensuite afin de créer une mélodie pour guitare.

— Non. C’est juste des mots comme ça. C’est pour m’aider…

— Ah donc tu joues, répliqua-t-elle sans me laisser finir.

Elle a deviné si facilement.

— Batterie ou guitare ?

Après avoir ramassé mes affaires aux quatre coins du couloir, je lui ai repris mon cahier.

En posant mes doigts sur les coins de mon cahier, je ressentais une tension sur le livre. Elle ne comptait clairement pas le lâcher.

Son regard parlait pour elle :

« Pas avant que tu m’aies répondu. »

J’avais cette impression que si je forçais, elle n’en démordrait pas, alors le plus simple était encore de lui répondre.

— De la guitare.

En décollant les doigts de mon livre, elle a manqué de le faire tomber.

À nouveau, son sourire amusé avait repris sa place sur ses lèvres.

Une fraction de seconde plus tard, il est devenu narquois.

— Trop bien, et tu sais jouer Wonderwall d’Oasis ?

Par réflexe, j’ai soupiré et baissé mon regard sur le sol.

— Je déconne, ajouta-t-elle.

Je n’ai pas pu me retenir de pouffer de rire.

J’étais tombé dans le panneau.

Cette fille était un chat et moi sa souris.

Elle semblait lire en moi comme dans un livre ouvert.

Je n’avais pas tranché sur le fait de savoir si ça me plaisait ou non quand elle s’est retournée en pivotant brusquement sur ses talons, puis s’est éloignée sans un mot.

Dans son mouvement, ses cheveux ont projeté une délicate odeur florale qui me laissait cloué sur place.

Je la regardai s’éloigner, un peu dans l’incompréhension.

Quelques pas plus loin, elle tourna la tête vers moi.

— La prochaine fois, fais attention où tu marches, Dave Grohl.

Elle a disparu derrière la foule d’élèves. Elle avait jugé que l’événement était terminé.

Quelqu’un m’a mis un coup d’épaule, me ramenant à la réalité.

Je n’avais pas bougé d’un poil, j’étais resté sur place, attendant quelque chose.

Autour de moi, les gens qui riaient de notre chute étaient déjà partis.

J’ai replacé mon sac sur mon épaule, je suis finalement allé fumer cette clope.


***

Le matin suivant, à la pause de 10 h 30, je m’étais assis sur ce banc en bois qui était toujours pris par un groupe ou un autre. Pour une fois, j’étais le premier arrivé.

Il faisait très froid ce matin-là, c’est sûrement pour ça que je n’ai pas remarqué que le bois était mouillé.

Mon pantalon était désormais trempé, j’en avais la certitude.

Ce n’est pas pour autant que j’allais laisser ma place.

Après réflexion, le banc était probablement libre à cause de ça, finalement.

Dans tous les cas, c’était fait, j’allais fumer rapidement ma clope et trouver un radiateur de libre dans le couloir pour réchauffer mon cul gelé.

Je tenais ma cigarette entre le pouce et l’index, un peu comme dans les films de cow-boys. Je ne cherchais pas à me donner un style, mais seulement à réchauffer mes doigts grâce au bout de la cigarette.

Les gens sortaient du portail par groupes et restaient assez proches de la grille. Groupe après groupe, ça faisait un embouteillage à l’entrée.

L’entrée du lycée était pourtant grande. Une cour séparait le portail d’entrée du portail extérieur. Il y avait largement la place pour que tout le monde puisse respirer. Peut-être que ces idiots pensaient qu’en se regroupant ils allaient se réchauffer.

Mon banc, lui, était un peu excentré de l’entrée et me permettait de voir cette scène ridicule.

Au milieu du troupeau, je l’ai reconnue.

Cette fille blonde. Aujourd’hui, elle avait remplacé son espèce de poncho par une doudoune noire avec une moumoute synthétique autour. Venait-elle souvent devant ? Je ne me souvenais pas de l’avoir déjà vue avant les événements d’hier.

Je ne pouvais pas savoir de quoi ils parlaient, mais dès qu’elle ouvrait la bouche, les regards de tout son groupe se posaient sur elle.

Ma cigarette se consumait un peu plus à chaque bouffée. Je continuais à la regarder. Il y avait quelque chose de presque attirant chez elle, mais je n’arrivais pas à mettre la main dessus.

Un gars à côté d’elle tirait sur une cigarette électronique énorme. Le truc avait la taille d’un pavé. À chaque bouffée, il recrachait un nuage digne d’un train à vapeur.

Il n’était pas le seul. Dans le troupeau, des colonnes de fumée montaient un peu partout.

L’un d’eux a soufflé un mur de brume entre elle et moi. Pendant quelques secondes, je ne la voyais plus.

J’ai sorti mon téléphone pour regarder l’heure. Il me restait huit minutes avant le prochain cours. Donc trois pour terminer ma cigarette et je chercherais un radiateur le temps restant.

Lorsque j’ai relevé les yeux vers le troupeau, elle était à mi-chemin entre lui et moi.

J’ai ressenti un petit pincement au cœur, sûrement à cause de la surprise.

Lorsque nos regards se sont croisés, je me suis directement demandé pourquoi elle viendrait par ici… Quand je me suis posé cette question, la seule réponse qui m’est venue à l’esprit était qu’elle voulait sûrement le banc pour elle et ses amis. Pour les quelques minutes restantes, je lui laisserais.

— La place est libre ? me demanda-t-elle en désignant le banc.

— Oui, j’allais partir dans tous les cas.

Je tirai une dernière taffe sur la cigarette avant de la jeter. Elle n’était pas finie, mais pas grave.

Elle avait les mains dans les poches et le nez un peu rouge à cause du froid.

— Tu sais que tu fais triste sur ton banc tout seul.

J’ai ressenti une part de pitié dans sa voix. Ça m’a fait mal. Je savais l’image que je donnais aux gens. C’était facile de comprendre les regards de travers, ou même de se faire ignorer, car ma présence les gênait d’une quelconque manière. Mais ces mots ont été tranchants à ce moment.

Elle s’est assise à côté de moi sur le banc, un peu de côté pour me regarder.

— Ça ne me dérange pas, rétorquai-je en restant stoïque.

J’allais jeter ma cigarette d’une pichenette lorsqu’elle posa sa main sur mon poignet.

— Je m’appelle Clara, au fait, je n… Elle s’est interrompue au milieu de sa phrase.

Clara s’est levée d’un coup du banc, comme si quelque chose l’avait piquée.

— Il est mouillé, le banc ! J’ai les fesses mouillées maintenant, super ! lança-t-elle, agacée, en frottant son jean de la paume de ses mains.

J’ai éclaté de rire.

— Pardon, je ne me moque pas de toi, promis.

— Pourquoi restes-tu là alors ? Tu dois être congelé toi aussi.

J’avais du mal à la prendre au sérieux. Elle espérait qu’en frottant fort ses mains sur son jean, ça le sécherait.

— Ce n’est pas en frottant comme ça que mon pantalon séchera, donc autant rester assis, non ?

Clara ne semblait pas du même avis apparemment puisqu’elle continua ensuite.

— Mince, exclama-t-elle. Je dois y aller, j’ai cours au bâtiment 4.

Comme hier, elle avait déjà tourné les talons et marchait vers la grille.

Je l’ai regardée s’éloigner de moi quand elle s’est arrêtée et a tourné la tête vers moi.

— C’est quoi ton nom ?

— Alex.

— Alex… murmura-t-elle. Alors à plus tard, Alex !

Lorsque Clara est partie, un petit rire m’a échappé quand j’ai vu la tache sur ses fesses.

J’ai regardé mon téléphone.

« Merde, je vais être en retard en cours aussi. »

En me levant, je me suis fait la remarque que j’avais sûrement la même tache sur le pantalon.

Les semaines qui ont suivi notre rencontre sur le banc ont filé à une vitesse folle. Clara sortait devant le lycée de temps en temps, au début. Lorsque nos regards se croisaient, elle venait discuter avec moi. Nous parlions de tout et de rien, les quelques minutes entre deux sonneries de cours. Avec le temps, ces rencontres hasardeuses ont laissé place à des rencontres quotidiennes. Nous ne nous cherchions plus parmi tous les élèves. Elle savait où me trouver. J’attendais toujours au même endroit. Je regardais chaque élève sortir par le portillon en attendant son arrivée. Cette pause clope du matin, qui était assez fade jusqu’à présent, est petit à petit devenue le moment que j’attendais le plus de la journée.

Un matin, à l’endroit habituel, Clara n’est finalement jamais venue. Malgré une petite déception, ce n’était pas grave. Sauf que le lendemain, elle n’était pas là non plus. Peut-être s’était-elle lassée de venir me voir ou tout simplement que j’appréciais plus nos rendez-vous qu’elle.

Alors, un peu par orgueil et un peu par peur, le jour suivant, c’est moi qui ne suis pas venu, ni les jours suivants d’ailleurs.

Un soir, devant le lycée, Clara scrutait chaque personne qui sortait par le portillon. Lorsque son regard a croisé le mien, elle est venue à ma rencontre.

Face à face, aucun mot ne sortait. Nous détournions notre regard vers nos pieds, cherchant une phrase pour engager la conversation. Comme rien ne sortait de ma bouche, Clara se lança.

— Alex… Je suis désolée, avoua-t-elle, toujours tête baissée. J’ai été malade toute la semaine. Je n’ai pas pu venir au lycée. Tu as dû m’attendre…

La raison de son absence était simple. Elle était malade. Un pic de culpabilité habitait ma poitrine.

— C’est moi, je suis désolé… J’ai cru que tu ne venais plus parce que tu avais autre chose à faire…

— Idiot… murmura-t-elle si doucement que je l’ai lu sur ses lèvres plutôt qu’entendu. Pourrais-tu me donner ton numéro ? poursuivit Clara.

La fille débordant d’assurance à notre rencontre avait disparu. Devant moi se trouvait une jeune fille timide, aux joues roses et au regard hésitant. Voir cette nouvelle facette de Clara n’était pas déplaisant.

C’est ainsi que nous avons échangé nos numéros de téléphone. Nos premiers messages étaient surtout pour avertir l’autre en cas d’imprévu.

Un soir, j’ai reçu un message de Clara.

Elle m’a proposé d’aller voir un film ensemble samedi soir.

J’ai relu au moins vingt fois le message avant d’oser lui répondre.

***


J’ai allumé une cigarette.

Des couples d’une vingtaine d’années entraient dans le cinéma pendant que des enfants couraient en poussant les portes de sortie. Ils étaient probablement encore immergés dans le film qu’ils venaient de voir. J’ai été étonné du nombre de personnes qui côtoyaient ce cinéma. Ce n’était clairement pas un cinéma appartenant à un grand groupe. Clara avait dit que c’était un cinéma d’auteur. Il était à Crétay, un peu éloigné du centre de la ville, dans un renfoncement entre deux avenues. Je suis passé de nombreuses fois dans le coin et pourtant, je ne l’avais jamais vu. Un long néon rouge entourait le nom du cinéma sur la façade. La devanture du cinéma me rappelait les théâtres des années 80. Il ne manquait plus que le tapis rouge à l’entrée.

La nuit commençait à tomber.

Il a fait chaud aujourd’hui, l’air était encore lourd. Un orage allait probablement éclater cette nuit.

En éteignant ma cigarette dans un grand pot rempli de sable à l’entrée, j’ai regardé mon paquet. J’en avais déjà fumé deux depuis mon arrivée. J’ai soufflé dans le creux de ma main afin de sentir mon haleine. Sans surprise, j’empestais le tabac. Mais lorsque j’ai acheté mon paquet de clopes au tabac, j’ai aussi pensé à prendre un paquet de chewing-gums à la menthe forte. J’avais la certitude qu’aucune odeur de tabac ne subsisterait. J’en avais les yeux humides.

Mon regard traversait la rue d’un bout à l’autre en attendant Clara. Elle m’avait prévenu qu’elle arriverait légèrement en retard.

Quelques jours avant, Clara m’avait parlé d’un film qui repassait au cinéma. Il parlait d’un homme qui abandonne sa vie et sa famille pour vivre un road trip à travers le continent. C’était un classique selon elle. Comment elle l’a vendu, je ne pouvais qu’avoir envie de le voir aussi.

En y repensant, peut-être souhaitait-elle que je l’invite à voir ce film à ce moment ?

Je dois avouer que je n’ai jamais été très doué pour comprendre les sous-entendus.

En relevant la tête de mes chaussures, Clara arrivait.

Elle portait une robe légèrement verte à fleurs blanches avec des chaussures ouvertes. Ses yeux verts étaient mis en avant avec le maquillage qu’elle avait mis aujourd’hui. De jolies boucles d’oreilles pendantes ornaient ses lobes.

« Tu es magnifique… » murmurais-je à moi-même. Mais mes mots ont dépassé ma pensée, car ses yeux se sont agrandis et un grand sourire s’est installé sur son visage.

— Merci, répondit-elle timidement en m’esquivant du regard.

En lui faisant la bise, une somptueuse odeur de fleur de cerisier émoustillait mon nez. À croire que ce parfum a été créé sur mesure pour elle.

Nous sommes restés deux secondes à nous regarder dans les yeux sans rien dire.

— On y va ? ai-je proposé avant que cela ne devienne gênant.

On marchait côte à côte dans le hall lorsque la main de Clara effleura la mienne. Puis ses doigts se sont entrecroisés aux miens. Mon cœur a vacillé une demi-seconde, mais aucun de nous n’a tourné le regard. Nous avons traversé le couloir menant à la salle de projection dans le silence, main dans la main.

Je me suis assis sur le siège du cinéma. À ma gauche, Clara a fait de même. Dans les petits cinémas, il semblait y avoir moins de pub, car la pièce était déjà plongée dans le noir. Le film allait commencer. L’écran était plutôt petit, mais la pièce l’était aussi, donc paradoxalement il m’a semblé plus grand depuis notre place. Il n’y avait que nous et un couple deux rangées devant.

Nous nous partagions l’accoudoir à ma gauche, nos avant-bras se touchaient. Ce n’était pas grand-chose, mais impossible de rester concentré sur le film, la chaleur de sa peau suffisait à faire tambouriner mon cœur dans ma poitrine.

Le pire a été vers le milieu du film. Le couple en face de nous avait commencé à s’embrasser. En temps normal, cette scène m’aurait plutôt agacé, mais là, maintenant, elle était dévastatrice pour mon cœur.

Des images défilaient dans ma tête. Des images de Clara et moi qui imitions le couple en face.

Je pouvais sentir sa joue sur la paume de ma main.

Mon pouce qui lui caressait les lèvres.

La chaleur de mes lèvres embrassant les siennes.

Le goût de son baiser mélangeant l’odeur florale de son parfum et du popcorn sucré du cinéma.

J’ai fermé les yeux.

Après une longue expiration, j’ai réussi à repousser ces images dans mon esprit.

J’ai regardé Clara. Elle ne regardait pas le film, mais le couple. Dès qu’elle a remarqué mon regard, ses yeux se sont plongés dans les miens. Ils étaient magnifiques de près.

Le film avait complètement disparu, Clara n’a jamais été aussi près de moi.

Nous étions inlassablement attirés l’un par l’autre comme des aimants. Elle décrocha son regard pour le poser sur mes lèvres. Mon cœur brûlait d’envie et de peur. Un frisson m’a parcouru tout le corps.

À mon tour, j’ai posé mes yeux sur ses lèvres entrouvertes.

Tous les muscles de mon corps commençaient à se pétrifier.

Je désirais ses lèvres au plus profond de moi.

Mais je n’ai pas réussi à me lancer.

Au lieu de l’embrasser, j’ai détourné le regard.

J’ai rompu ce moment.

J’ai raté ma chance.

Pourquoi avoir réagi comme ça… Je voulais me frapper.

Une main m’a saisi le menton, m’amenant à tourner de force ma tête vers Clara. Elle était à moitié debout, un genou sur le siège. Sa main caressait l’angle de ma mâchoire. Elle était clairement agacée, ses yeux brûlaient.

S’appuyant sur son genou, elle s’est jetée sur moi, littéralement.

Lorsque j’ai ouvert les yeux, j’ai senti la chaleur du corps de Clara pressée sur le mien. Je sentais ses jambes s’enrouler fermement autour des miennes alors qu’elle s’était assise sur moi, son regard plongeant avec audace dans le mien. J’ai ancré mes mains sur ses hanches tandis que les siennes reposaient déjà sur mes épaules. En relevant le visage vers elle, j’ai senti son souffle caresser mon visage. Nos lèvres se sont jointes avec une douceur hésitante, puis tout a basculé pour laisser place à la passion.

Ce baiser n’était plus une simple caresse, mais s’est embrasé comme un incendie. Je sentais l’impatience de son corps contre le mien tandis que nos langues se sont cherchées, se sont frôlées, puis se sont emmêlées avec une faim dévorante. Chaque mouvement de sa bouche contre la mienne était une décharge d’énergie à travers tout mon corps. Mes doigts sur ses hanches pressaient son corps contre le mien. Le monde entier avait disparu, nous laissant essoufflés et tremblants entre deux baisers.

Le générique du film défilait sur l’écran. Les lumières du cinéma s’étaient déjà allumées. Même le couple devant nous était déjà parti, pourtant on a continué à regarder le générique quelques minutes.

Toujours sans un mot, on s’est levés. Je n’ai jamais été aussi déconnecté du monde qu’à ce moment.

Dans le couloir menant à la sortie, Clara et moi marchions dans l’écho des personnes qui discutaient. Aucun de nous deux ne semblait vouloir parler. Dehors, il faisait sombre, le soleil avait fini par disparaître et, avec lui, l’air lourd qu’il amenait. À la place, un souffle frais balayait les feuilles mortes à l’entrée. Nous avons fait quelques pas sur le côté pour nous éloigner des portes du cinéma. Près du mur, je me suis arrêté et nous nous sommes enfin regardés.

Dès que mon regard est tombé sur elle, un énième pic m’a pris au cœur. Nous nous regardions dans les yeux, mais c’étaient les images de notre baiser qui défilaient devant les miens. Je suspectais la même chose pour elle. Je ne ressentais aucune honte à ça, au contraire, nous avions franchi une ligne sans retour. La pression de tout à l’heure avait pratiquement disparu, alors cette fois-ci, je me suis penché et je l’ai embrassée. Elle passa ses bras autour de mon cou pour m’embrasser en retour. Au fond de moi, j’ai sincèrement pensé avoir vécu jusqu’ici pour ce moment précis.

### Mot pour le lecteur ###


Salut, j'ai écris ce chapitre en 3 fois.

Scène du lycée : Il y a une semaine

Scène du banc, il y a 4 jours

Scène du cinéma : Aujourd'hui


J'ai remarqué en me relisant que mon écriture a déjà changé. Je vois aussi pas mal de chose à réecrire plus tard sur les deux premières parties.

Dans tout les cas n'hésitez pas à me donner vos avis, je suis preneur pour m'améliorer.

A+

######

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Wewill76 ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0