Chapitre 3
Pour atteindre la sortie du lycée, je devais passer par le couloir principal.
Il ressemblait à un tunnel qui s’étendait à l’infini.
Les portes des classes étaient disposées en quinconce le long des murs.
Une rangée de plafonniers éclairait le couloir.
Certains étaient grillés, ce qui pouvait lui donner une ambiance digne d’un décor de Stephen King.
Des élèves s’étaient regroupés dans le couloir, certains seuls sur leurs téléphones pendant que d’autres se déplaçaient en meute.
Ou en troupeau, ça dépend du point de vue.
Il y avait forcément un couple en train de s’embrasser dans un coin du couloir. Peut-être que les gens aimaient montrer à tous à quel point ils s’aimaient. Je n’arrivais pas à comprendre.
Je jouais avec la pierre de mon briquet en commençant à planifier ma soirée de ce soir.
Je marchais tranquillement lorsque quelqu’un m’a attrapé la jambe. Une fraction de seconde plus tard, j’étais par terre.
La musique avait disparu en même temps que mes écouteurs.
Mon sac, lui, a glissé plus loin le long du couloir, renversant son contenu.
En prenant appui sur mes mains, je me suis retourné, un peu agacé.
Derrière moi, une fille était allongée, le ventre au sol.
Ses cheveux blonds recouvraient presque entièrement son visage.
Après avoir essayé deux fois de les souffler, elle avait abandonné en replaçant ses cheveux derrière ses oreilles.
Elle m’a regardé.
— Heureusement que je me suis rattrapée sur toi ! dit-elle de manière enjouée.
Elle avait le sourire amusé, comme si la situation était un bon moment dans sa journée.
Avec un petit bruit d’effort, elle s’était remise sur pied.
Sa tenue vestimentaire était plutôt classique : un jean slim bleu avec un T-shirt noir en dentelle au niveau du col.
Sa veste, par contre, était affreuse. Elle ressemblait à un poncho mélangeant plusieurs couleurs ternes.
Ses cheveux devaient être coiffés en queue de cheval au début de la journée. Désormais, elle avait surtout des mèches folles un peu partout.
Comme si c’était le sien, elle a ramassé mon cahier.
Au lieu de me le rendre, elle commençait à le lire.
— Tu chantes ?
Elle regardait dans ma direction. Si je n’étais pas par terre, j’aurais probablement regardé derrière mon épaule.
Ce cahier qu’elle feuilletait, c’était là-dessus que je notais toutes les phrases qui me passaient par la tête.
Je m’en inspirerais ensuite afin de créer une mélodie pour guitare.
— Non. C’est juste des mots comme ça. C’est pour m’aider…
— Ah donc tu joues, répliqua-t-elle sans me laisser finir.
Elle a deviné si facilement.
— Batterie ou guitare ?
Après avoir ramassé mes affaires aux quatre coins du couloir, je lui ai repris mon cahier.
En posant mes doigts sur les coins de mon cahier, je ressentais une tension sur le livre. Elle ne comptait clairement pas le lâcher.
Son regard parlait pour elle :
« Pas avant que tu m’aies répondu. »
J’avais cette impression que si je forçais, elle n’en démordrait pas, alors le plus simple était encore de lui répondre.
— De la guitare.
En décollant les doigts de mon livre, elle a manqué de le faire tomber.
À nouveau, son sourire amusé avait repris sa place sur ses lèvres.
Une fraction de seconde plus tard, il est devenu narquois.
— Trop bien, et tu sais jouer Wonderwall d’Oasis ?
Par réflexe, j’ai soupiré et baissé mon regard sur le sol.
— Je déconne, ajouta-t-elle.
Je n’ai pas pu me retenir de pouffer de rire.
J’étais tombé dans le panneau.
Cette fille était un chat et moi sa souris.
Elle semblait lire en moi comme dans un livre ouvert.
Je n’avais pas tranché sur le fait de savoir si ça me plaisait ou non quand elle s’est retournée en pivotant brusquement sur ses talons, puis s’est éloignée sans un mot.
Dans son mouvement, ses cheveux ont projeté une délicate odeur florale qui me laissait cloué sur place.
Je la regardai s’éloigner, un peu dans l’incompréhension.
Quelques pas plus loin, elle tourna la tête vers moi.
— La prochaine fois, fais attention où tu marches, Dave Grohl.
Elle a disparu derrière la foule d’élèves. Elle avait jugé que l’événement était terminé.
Quelqu’un m’a mis un coup d’épaule, me ramenant à la réalité.
Je n’avais pas bougé d’un poil, j’étais resté sur place, attendant quelque chose.
Autour de moi, les gens qui riaient de notre chute étaient déjà partis.
J’ai replacé mon sac sur mon épaule, je suis finalement allé fumer cette clope.

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