Chapitre 6

4 minutes de lecture

Elle caressait mes phalanges du bout de ses doigts, la tête posée sur mon épaule.

Une douce odeur de fleur de cerisier aiguisait mes narines.

En quelques mois je ne pouvais plus dissocier cette odeur d’elle.

Nous étions dans le bus de retour.

Elle m’avait fait la surprise pour mon anniversaire de nous prendre deux billets de concert d’un groupe de rock local.

Nous ne connaissions pas le groupe et la salle de concert était un ancien hangar. Sur le coup je n’ai pas trop compris pourquoi ce choix.

Après être descendu du bus nous avons marché vingt bonnes minutes avant d’atteindre le hangar.

C’était ce grand bâtiment fait de brique rouge qui longeait les quais.

Il me rappelait cet entrepôt qui servait de distillerie dans le film Lawless

En entrant dans la salle de concert, la structure de la pièce a tout de suite attiré mon attention.

La scène n’était pas en face de nous comme habituellement, elle était en longueur entre le public. Un peu comme les scènes utilisées lors de défilés de mode.

J’ai compris quelques minutes plus tard pourquoi Clara avait choisi de venir ici.
Le groupe a débarqué sur scène et a embrasé la salle en quelques minutes.
Clara ne connaissait pas plus le groupe que moi pourtant elle sautait partout en chantant les paroles.
Je devais être un peu fade à côté d’elle mais je ne m’étais jamais autant amusé de ma vie.
Ce jour, j’ai passé plus de temps à regarder le bonheur de vivre sur son visage que le groupe lui-même.

Lorsque nous marchions pour rejoindre le bus Clara était encore sous l'euphorie du moment, elle ne s'arrêtait pas de parler, sourire, rire. C’est ce que j’aimais le plus chez elle.

C’est seulement une fois assise dans le bus qu’elle a fini par s'effondrer sur moi.

Une vingtaine de minutes plus tard je lui ai murmuré : “On est presque à Crétay, réveille toi”

— Je sais, je ne dormais pas.

— Alors tu attendais les yeux fermés ? dis-je pour la taquiner

En se redressant sur son siège elle avait libéré mon épaule engourdi.

J’étirai mon bras quand clara tourna la tête vers moi, le regard perdu dans ses pensées.

— Alex.

— C’est rare que tu m’appelle comme ça, qu’est-ce qu’il y a ?

J’ai posé la question de manière détendue mais elle commençait à me faire peur.

Peut-être qu’elle avait remarqué au concert que j’étais pas aussi fun qu’elle…

Merde.

— Je sais que tu n’as pas envie de voir mes amis mais…

J'essayais de l'interrompre pour m’expliquer.

— Non c’est faux, c’est juste…

— laisse-moi finir s’il-te-plait.

— Je sais que t’aimes pas rencontrer de nouvelle personnes. Mais j’ai l’impression de vivre deux vies. Une avec toi, que j'adore, mais aussi une avec mes amis.J’aimerai vivre une seule vie sans vous séparer. J’aimerai vraiment beaucoup que tu rencontres mes amis.

C’était important pour elle, les traits de son visage étaient vif et ses lèvres pincées.
Clara craignait ma réponse, je la voyais.
Elle n’avait pas vraiment tort d’affirmer que je n’avais pas envie de voir ses amis. Mais ce n’était pas pour les raisons qu’elle pensait. Enfin pas totalement.

En réalité, je n'allais pas m’entendre avec ses amis. Nous vivions dans deux mondes opposés. Clara était l’unique fil qui nous reliait.

Ils feraient l'effort de discuter toute la soirée avec moi, me posant des questions comme

“Alors alex, tu fais quoi comme sport”

Ou alors

“Tu es supporte qui à la LDC (Ligue Des Champion)

Je n’aimais pas le foot.

Puis quelques jours plus tard, Ses amis diraient des truc comme ça à Clara :

“Mon mec est… Très discret” ou bien “C’est marrant l’opposé de ton ex.”

— Alex !

j’ai ramené mon regard vers elle. Son visage pensif était devenu un mélange d’agacement et d'incompréhension.

— Réponds quelque chose.

Ce n’était pas naturel chez moi d’ouvrir la porte de mes émotions.
Raconter mes craintes, parler le cœur ouvert, c'était vraiment difficile pour moi.
Je devais tout de même essayer.
Pour cette fille.

Alors en prenant mon courage à deux mains je me suis lancée.

— Et… Je me suis raclé la gorge comme pour gagner quelques secondes. Et si ca se passait mal ?

Les épaules de Clara sont retombées. Cette simple phrase avait l’air de la soulager

— Fais moi confiance. Je te connais il n’y a aucune raison que ça se passe mal.

— D’accord, je te crois.

Nous sommes restés blottis sans rien dire les quelques minutes qui nous séparaient de la gare routière.

Trois semaines se sont passées depuis ma promesse dans le bus. Emma, la meilleure amie de Clara nous a invité à une soirée d’anniversaire. Nous devions arriver là bas vers 18H30.

Un petit fredonnement s'échappait de la salle de bain et flottait jusqu'à la chambre, couvrant à peine le bruit de l'eau. Nos affaires pour ce soir étaient éparpillées un peu partout dans la pièce. Après quelques aller-retour, deux tas inégaux se dressaient désormais sur le lit. Les affaires de Clara puis les miennes. Ce n'était qu'une soirée mais vu la taille de sa pile elle aurait pu emménager définitivement là bas. Afin de réussir à fermer mon sac je devais écraser de mon genoux nos affaires. Le cliquetis du zip annonçait qu’il pouvait rompre à tout moment. Par miracle il semblait tenir.
En sortant de la salle de bain, une serviette enroulait les cheveux de Clara. Une vague d’épuisement s’est abattue sur mes épaules lorsqu’elle déposa sa trousse de toilette à côté du sac.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Wewill76 ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0