Un premier contact
En mai 2017, je franchis pour la première fois la double porte du quatrième étage d’un immeuble sans charme de la rue P. Je viens passer un entretien pour un poste de chef de projet dans cette agence qui comptait alors une vingtaine de collaborateurs.
Quatre mois auparavant, une certaine Cristina m’avait laissé un message sur le répondeur de mon téléphone professionnel.
« Bonjour monsieur V, je vous contacte pour savoir si vous pourriez être intéressé par une opportunité à Nice ? Notre agence cherche un chef de projet expérimenté, et notre directeur a eu votre contact par une relation commune. Pouvez-vous me rappeler au 04… ? »
Une relation commune ? On me recommandait ?
Ma curiosité était piquée. Je suis tout de suite allé parcourir leur site Internet, sobre comme il faut, élégant, des références variées, une patte qui m’a plu. J’ai trouvé les textes bien tournés, les photos des collaborateurs travaillées. Tout transpirait l’attention aux détails, une certaine rigueur et un amour des angles droits.
À la réflexion, qu’est-ce que je risquais ? J’ai rappelé pendant ma pause déjeuner.
Pour voir.
À cette époque, je vivais à Paris où j’avais débarqué quatorze ans auparavant, à tout juste dix-huit ans. Six ans d’études, pas toujours faciles mais sans redoublement. Un diplôme et un meilleur ami en poche, j’avais enchaîné les CDD, trois mois ici, six mois là, de l’expérience, une précarité certaine mais jamais au chômage. Premier CDI décroché juste avant trente ans, au printemps 2015, dans une agence parisienne assez renommée. Je goûtais la stabilité. Mes parents étaient rassurés.
Mon poké végé avalé, j’ai rappelé depuis une salle de réunion. Cristina, l’assistante de direction, m’en a dit plus. L’agence tournait bien, on se développait, on créait des postes et donc on cherchait un profil jeune mais confirmé, agile mais structuré. Si j’étais disponible et intéressé, on pouvait organiser un premier échange téléphonique avec le directeur.
Le vendredi suivant, à quatorze heures, j’ai parlé pour la première fois à Herman.
Parler de coup de foudre professionnel serait exagéré. Quoique. Il s’est passé quelque chose pendant cette conversation : échange fluide, très direct, en tout cas suffisamment pour que je glisse humour et ironie, il a rebondi, parfait alignement des points de vue, il s’était renseigné sur moi, ça a évité une présentation lénifiante.
Et aussi : même école. Ça compte, même à vingt-deux ans d’intervalle.
Une demi-heure après avoir raccroché, mon téléphone a vibré : 04…. Déjà !
Cristina m’a confirmé l’intérêt « marqué » d’Herman pour mon profil et a proposé plusieurs dates de rendez-vous en face à face, à Nice.
« C’est indispensable pour sentir les gens ». C’est noté, je me parfumerai.
Et juste avant de raccrocher, « Monsieur V, vous avez bien en tête qu’il faudra venir vous installer sur la côte ? »
Effectivement.
Moi à Nice ? La trentaine passée, je glissais inexorablement vers l’archétype parisien du bobo à vélo : le deux pièces parquet-moulures-cheminée avait remplacé la chambre de bonne, toujours célibataire, quelques tatouages, joli garçon raisonnablement fêtard.
Certes, Nice est la ville d’origine de ma famille maternelle, j’y avais encore des attaches, beaucoup de souvenirs entre les galets et les palmiers. Mais y vivre ? Le Sud n’est pas Paris, et Nice n’est pas le Sud.
Et Paris ?

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