Chapitre 7 : promenade entre dames - partie une

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Judith noue un ruban pour maintenir ma tresse et la fait passer sur mon épaule afin qu’elle retombe le long de mon abdomen. Je la gratifie d’un sourire, alors qu’elle s’éloigne de moi pour permettre à la baronne d’admirer le résultat, et constate avec plaisir qu’elle me le rend timidement, tandis que ma nouvelle professeure s’extasie :

  • Ah ! Que tu es charmante, ainsi, ma fille ! J’ai vu juste : les tenues simples te sont plus adéquates. Elles réhaussent ta beauté naturelle. Il faut cependant faire la distinction entre t’habiller simplement et te vêtir comme une fille du peuple. . . me prévient-elle. Voilà ce que je te propose : et si nous allions faire quelques emplettes ? Tu pourras ainsi choisir les prochaines robes que tu porteras, qu’en dis-tu ? Tu prendras certainement plus de plaisir à les mettre si tu les as toi-mêmes choisies. J’en profiterai pour te faire découvrir notre belle capitale et ses plaisirs. Il nous faudrait bien entendu une escorte, si tu acceptes, ajoute-t-elle en lançant un regard entendu aux domestiques nous entourant, car il serait impensable que deux dames de notre rang sortent seules. . .

Bien que j’appréhende de découvrir de nouvelles horreurs en visitant cette ville, je me dis que sa proposition est intéressante en bien des aspects : en plus de me permettre de respirer loin de Forlwey et d’échapper quelques instants à sa cruauté, mieux connaître la ville me sera d’une grande utilité au moment de rejoindre Jorenn pour fuir avec lui. C’est donc avec un sourire honnête que je lui réponds :

  • Avec grand plaisir.

Le sien s’élargit et elle passe son bras sous le mien pour me conduire en dehors de mes appartements, tout en déclarant :

  • Je savais bien que ton époux exagérait en te dépeignant comme une personne insupportable. Tu es tout à fait charmante. Il suffit de savoir se montrer aimable envers toi, mais tu as dû remarquer que ce n’était pas la spécialité de ce cher Forlwey. . . En revanche, si tu suis mes conseils, je peux te garantir que tu n’auras plus rien à craindre de lui. Il sera même si agréablement surpris qu’il te traiteras d’une bien meilleure façon, sans même s’en rendre compte lui-même, tu peux croire en mon expérience. . .
  • Je ne veux pas faire semblant, rétorqué-je. Je n’ai jamais menti de toute façon, alors je ne saurais pas le faire, il s’en rendrait tout de suite compte et n’en serait certainement que plus irrité. S’il veut que je me montre plus aimable à son égard, il n’a qu’à cesser de prendre plaisir à me maltraiter. Je sais que ce mariage lui déplaît autant qu’à moi, mais ce n’est pas une raison pour rejeter toute sa frustration sur moi. Je ne suis pas responsable de ce malheureux événement. Tout ce que je lui demande, au final, c’est de cesser de me faire du mal, rien de plus. . .
  • Tu devrais lui confier ce que tu viens de me dire, me conseille la vampire avec une voix compatissante, accompagnée d’un sourire attendri. Je pense que ce qui vous manque le plus, c’est la communication. C’est pourtant la base de tout couple, et toute relation, plus généralement.

Je lui adresse un sourire reconnaissant, quoique quelque peu mal assuré. Si seulement ça pouvait être aussi simple, mais je doute que ce petit discours suffise à raisonner le Comte Sanglant. . . Je crains même de lui livrer mon ressenti, de peur qu’il ne s’en serve pour me blesser encore plus. Voilà pourquoi je tente de me protéger du mieux que je peux avec ce qu’il appelle mon attitude rebelle. Qu’ai-je d’autre pour me défendre, moi qui répugne à la violence et n’ai aucune expérience en combat ?

Nous nous engageons dans l’escalier central au moment où je formule cette pensée dans ma tête. La baronne de Véresbaba ne dit plus rien, comprenant que j’ai besoin d’un petit moment de calme pour remettre mes idées en place et se contentant donc de me guider dans cette tour que je connais encore mal. Nous descendons tranquillement les marches, bras dessus-dessous et même presque blotties l’une contre l’autre, mais cette proximité, loin de me mettre mal à l’aise, me rassure et me réconforte. Élisabelle est certes l’amie du comte d’Abyssombre, mais elle n’est pas pour autant mon ennemie. Elle fait au contraire partie des rares personnes à m’aider avec bienveillance et je lui en suis reconnaissante, mais ce constat ne fait que renforcer mon étonnement quant à son étrange amitié avec le Comte Sanglant. . .

C’est au moment où je repense à lui que je le remarque, au centre du hall, prêt à cogner du poing le vicomte de Clairecoral, qui place son bras entre eux pour se protéger, tout en s’apprêtant à riposter de l’autre main. Face à ce spectacle de violence inattendu et, craignant qu’ils ne s’entretuent sous mes yeux, je lâche une exclamation étranglée, à peine plus audible qu’un murmure, mais qui suffit pourtant à les figer. Ils restent aussi immobiles que les rochers entourant les cascades de Gaïa pendant de longues secondes. Rodrygal est le premier à bouger, glissant lentement son regard dans ma direction. Celui-ci s’illumine aussitôt qu’il croise le mien et il baisse les bras en reculant d’un pas. Ce n’est qu’alors que son adversaire se décrispe enfin pour se tourner vers nous. Il se met à me détailler de la tête aux pieds et l’intensité que je lis dans son regard me surprend autant qu’elle me met mal à l’aise, sans doute parce que jamais encore on ne m’avait observée d’une telle façon. Inévitablement, nos regards finissent par se croiser, mais je puise dans tout mon courage et mes forces pour soutenir le sien, bien décidée à ne pas me laisser intimider. Je m’attendais à ce qu’il se montre tout aussi têtu, nous engageant ainsi dans une bataille silencieuse que seuls la baronne ou Laïus auraient pu arrêter, mais à ma plus grande surprise, il ne tarde pas à baisser les yeux. Je ressens d’ici son embarras et je dois reconnaître qu’il est contagieux : plus personne n’ose bouger ou prononcer la moindre parole. Seul le vicomte semble étranger à cette ambiance, se contentant de me fixer avec des yeux brillants d’adoration, ne faisant que redoubler mon malaise.

Heureusement qu’Élisabelle ne tarde pas à voler à mon secours, mettant fin à l’embarras général en s’exclamant :

  • Oh ! Rodrygal, mon cher ! Quelle bonne surprise ! Forlwey, je ne savais pas que tu attendais de la visite. . .

En disant ces mots, elle descend l’escalier d’un pas élégant, mais rapide, m’entrainant avec elle en bas des marches.

  • Mes hommages, Élisabelle, la salue ce dernier en s’inclinant courtoisement. J’étais venu adresser mes. . . félicitations à la princesse Aïna pour son mariage.

Cette simple phrase suffit à faire se froncer mes sourcils d’irritation. J’ai bien clamé haut et fort devant toute la noblesse vampire que je ne voulais pas de ce mariage. Venir me présenter des félicitations pour cet événement est donc parfaitement déplacé ! Ne se rendant pas compte de son impair, le brun poursuit :

  • Je voulais être le premier, mais Forlwey vient de m’annoncer que tu m’avais hélas devancé ce matin.
  • La vieille dame que je suis a ses petites habitudes, mon cher Rodrygal, répond-elle avec un sourire quelque peu moqueur. À mon âge, il faut se contenter des petites victoires que la vie nous laisse.

Leur conversation cesse là, le vicomte de Clairecorail s’étant remis à me fixer avec la même expression embarrassante. . . La baronne de Véresbaba me vient à nouveau en aide :

  • Eh bien, Aïna. Je crois que tu as déjà rencontré le vicomte Rodrygal de Clairecoral. . . Quoique dans des circonstances moins agréables.
  • Circonstances que je regrette profondément, s’empresse d’ajouter ce dernier. Princesse, mes hommages, m’adresse-t-il avec un timide sourire. Vous êtes ravissante, comme toujours !

Il plonge ensuite dans une révérence encore plus profonde que celles que nous adressent les domestiques de la maison, à mon grand étonnement. J’entends le comte d’Abyssombre grogner avec mépris, mais ne prends pas la peine de me tourner vers lui. J’ai compris depuis des jours que ces deux-là ne s’apprécient pas du tout. . .

Je me contente donc d’attendre la suite des événements en fixant le vampire avec une froideur et un mépris non dissimulés. J’ai bien conscience que leur étiquette voudrait que je lui réponde par une révérence, mais je me refuse à faire semblant de respecter un homme aussi cruel et dénué de scrupules que lui. Le sourire de ce dernier se fige et il reprend d’une voix embarrassée et bien moins assurée :

  • Je vous ai apporté un présent. Montre-lui, Nestor.

L’esclave s’approche aussitôt et plonge dans une révérence, qui lui permet de dissimuler la crainte brillant dans son regard, point commun de tous les domestiques du Royaume Submergé, hormis Laïus, qui sait bien la cacher tant que les événements ne prennent pas une tournure inattendue. Il ouvre délicatement le fermoir du coffré ouvragé avant de nous le présenter, révélant deux longs bracelets torsadés d’or pur, constellés de petites perles de saphir, diamant, topaze et rubis prenant la forme de petites étoiles et soleils étincelants. La baronne lâche une exclamation de ravissement. Pour ma part, la stupéfaction me garde muette, mais l’émerveillement transparait dans mon regard.

  • Je les ai commandés aux meilleurs orfèvres du Royaume Submergé, nous raconte Rodrygal avec fierté. Je voulais quelque chose d’aussi éblouissant que vous. . . mais je crains malheureusement qu’aucun bijou ne puisse égaler votre grâce naturelle.
  • C’est magnifique ! s’extasie la belle rousse.

Elle me lance ensuite un regard insistant et je comprends qu’elle veut que je complimente à mon tour le présent du vicomte. Je finis donc par admettre avec réserve :

  • C’est. . . beau.
  • Je vous en prie, essayez-les, me propose Rodrygal. Je suis certain qu’ils seront parfaitement assortis à votre collier. . .

Mon émerveillement laisse aussitôt place à un sentiment bouillonnant qui remonte du fond de mes entrailles pour étouffer ma poitrine et ma gorge. Un sentiment que j’ai découvert en arrivant ici. . . C’est donc sur un ton froid et sec que je réplique :

  • Pourquoi ? Vous voulez savoir si je suis digne d’être ajoutée à votre collection de trophées de chasse ?

Le vampire ne peut cacher sa stupéfaction. Il semble même blessé par ma réaction, ce qui me donne un léger pincement au coeur, qui ne suffit cependant pas à calmer mon ressentiment à son égard. Il devient ensuite rouge d’embarras quand Forlwey laisse échapper un ricanement ravi, se délectant visiblement de la situation et j’avoue me sentir coupable à l’idée que j’aide à alimenter son plaisir perfide.

  • Je vous assure, princesse, que vous vous méprenez sur mes intentions. . . proteste faiblement le vicomte de Clairecorail.
  • Je crois qu’Aïna se sent un peu étouffée, ce matin, intervient Élisabelle en posant une main réconfortante sur mon dos. Je pense que l’air frais lui fera du bien.

Je l’envisage avec un mélange de surprise et de gratitude, à la fois étonnée qu’elle ait su décrire aussi efficacement mon ressenti et reconnaissante qu’elle fasse tout son possible pour me venir en aide avec la même bienveillance patiente que depuis ce matin.

  • Où allez-vous ? s’enquiert le comte d’Abyssombre avec curiosité et méfiance.
  • Faire une promenade, bien sûr ! J’ai demandé à tes serviteurs de nous préparer une escorte. Nous allons essayer de trouver à Aïna de nouvelles tenues qui lui conviendront davantage, puis j’en profiterai également pour lui faire visiter la ville et l’initier aux plaisirs d’Adamas !

Suite à un court instant d’hésitation, il acquiesce en haussant les épaules :

  • Amusez-vous bien.
  • Bien ! Ma chère, tu devrais mettre les magnifiques bracelets que le vicomte de Clairecoral t’a offerts. . .

J’ouvre la bouche pour protester, mais en remarquant le regard noir que je lance au brun, elle s’empresse de poursuivre :

  • Ou peut-être plus tard, j’ai l’impression que tu ne te sens pas très bien. Laïus, veux-tu récupérer ces bijoux et les mettre avec les autres parures de la comtesse ? Nous les essayerons à notre retour, quand elle ira mieux !

Le majordome s’incline et se dirige d’un pas rapide et docile vers celui du vicomte, qui échange d’abord un regard avec son maître pour recevoir son accord, puis lui confie le coffret, pendant que la vampire déclare :

  • Eh bien, ce fut un plaisir, Rodrygal. Sur ce, nous allons vous laisser discuter entre hommes de vos affaires ! Forlwey, mon garçon, je crois que le petit salon et une tasse de thé seraient plus appropriés pour mener une discussion sérieuse. . .
  • Je. . . Je n’y manquerai pas, promet-il entre ses dents serrées.

Satisfaite de sa réponse, la baronne reprend mon bras pour m’entrainer vers les grandes portes, qui s’ouvrent immédiatement sur notre passage et se referment aussitôt que nous nous retrouvons dehors.

Là nous attendent quatre hommes armés, vêtus d'uniformes portant les armoiries du comte d'Abyssombre, sans doute destinés à assurer notre protection, ainsi que Judith, accompagnée de l'une de ses collègues. Ils plongent tous dans une profonde révérence, tandis que la baronne s'exclame, alors que nous les dépassons :

  • En route !

Les domestiques nous suivent et les gardes du corps nous encadrent. Élisabelle, quant à elle, poursuit :

  • Je vais te montrer les boutiques de haute couture les plus réputées de tout le Royaume Submergé. Nous trouverons certainement ton bonheur dans l'une d'elles, ma fille.
  • Merci. C'est bien aimable de votre part, lui dis-je avec un sourire.

Elle me le rend et nous continuons notre avancée dans les rues pavées, entourées de diverses bâtiments en verre et en métal rivalisant en hauteur. Je distingue au loin la plus haute des tours, située au centre de la ville : le palais doré de Némésis, dans lequel j'ai été enfermée des jours durant. . .

Les différentes constructions à côté desquelles nous passons sont reliées entre elles à plusieurs niveaux par des ponts d'acier, que traverse sans arrêt une foule de vampires aussi dense que celle qui nous entoure. Je remarque cependant que celle-ci s'écarte d'elle-même à notre passage, les piétons détournant leurs regards craintifs et rentrant leurs têtes dans leurs épaules, sans doute en reconnaissant les armoiries du Comte Sanglant sur les vêtements des serviteurs qui nous accompagnent. Mes sourcils s'affaissent malgré moi : je ne veux pas que ces malheureux me craignent. Je ne veux pas être associée à la terreur qu'inspire celui qui est pour eux tous mon époux, désormais. . .

  • Nous voilà arrivées, déclare bientôt la baronne de Véresbaba.

Je détourne mon regard des passants pour découvrir une grande tour à la structure métallique, surmontée de verre. Sur la plaque en acier surmontant la porte sont gravés un fil et une aiguille plantés dans la silhouette d'une élégante robe. La vampire m'entraîne aussitôt à l'intérieur, les serviteurs sur nos talons.

En nous remarquant, plusieurs femmes cessent leurs occupations pour s'incliner respectueusement en nous souhaitant solennellement la bienvenue. Élisabelle leur adresse à peine un signe de tête qu'elle m'entraîne déjà vers les divers vêtements proposés aux clientes.

  • Y a-t-il de telles boutiques sur l'île dont tu es originaire ? me demande-t-elle pour engager la conversation, alors que nous déambulons entre les différentes rangées d'articles, les observant attentivement.
  • Euh. . . À dire vrai, elles sont totalement inexistantes, là-bas.

Face au regard abasourdi qu'elle me lance, je lui explique :

  • Nous commercions avec les autres peuples, autrefois, mais depuis l'isolement de notre communauté, nous n'achetons, ni ne vendons plus rien, car le commerce entre fées n'est pas dans nos mœurs. Nous travaillons tous pour le bien commun. Chacun a un rôle, une tâche à accomplir pour s'assurer qu'aucun d'entre nous ne manque de rien. Nous pouvons ainsi tous compter les uns sur les autres pour survivre. Nous le devons, même.
  • Eh bien. . . Je n'avais encore jamais entendu parler d'une civilisation où le commerce et la monnaie sont inexistants, mais ici, c'est tout l'opposé, ma fille : tu ne peux rien obtenir sans argent, à moins d'avoir une autre compensation ou des contacts. . .

J'acquiesce, prenant en note sa remarque.

  • Tiens, regarde donc cette robe ! s'exclame-t-elle soudainement en me la désignant du doigt. N'est-elle pas charmante ?
  • Je me sentirais étouffer dans ce corset. . . avoué-je avec une moue timide.
  • Hum. . . Alors celle-là ?
  • Euh. . .
  • N'aie pas peur de paraître trop exigeante en me donnant ton avis, dit-elle d'une voix rassurante en prenant ma main dans la sienne, sans lâcher mon bras. Nous sommes là pour choisir des vêtements qui soient à ton goût.
  • Je trouve la jupe un peu trop encombrante. . .
  • Décris-moi les robes que tu avais l'habitude de porter. Cela nous aidera peut-être à trouver quelque chose de plus adapté.
  • Elles sont faites de sorte à nous laisser toute notre liberté de mouvement. Les jupes tombent librement le long de nos jambes et le tissu n'est jamais excessivement serré.
  • Trouver des robes sans paniers ou crinolines ne devrait pas être un souci, mais les jupons et les sous-jupes sont indispensables ! En plus de créer un effet parfaitement élégant en donnant de l'épaisseur, elles préservent ton intimité et ta pudeur. Tu es sûre que personne ne peut deviner ce qui trouve en-dessous à cause d'une jupe au tissu trop léger ou quelque peu transparent. . .

Elle glisse ces derniers mots à mon oreille, sur le ton de confidence, alors que nous montons l'escalier en verre. Je me contente de hocher la tête en rougissant, ce qui la fait sourire.

Le sol du premier étage étant également en verre, le rez-de-chaussée nous est parfaitement visible à travers la surface transparente. Nous poursuivons notre recherche de vêtements confortables pendant de longues minutes, au bout desquelles je m’arrête face à une longue robe couleur émeraude. Si la jupe, brodée de tiges dorées et de fleurs roses, bouffe quelque peu au niveau des hanches en raison des couches de tissu qu’elle cache, je devine qu’elle laisse malgré tout aux jambes une grande liberté de mouvement, qui ne promet pas d’être encombrée par des paniers ou une crinoline. Un ruban rose, noué sur le côté, serre la taille. Le buste, représentant la continuité du motif de la jupe, côtoie des manches épousant la forme des bras. Celles-ci sont dénuées de tout ornement, si ce n’est le discret froufrou de dentelle blanche qui les clôt.

  • Celle-ci me semble plus plaisante à porter que les autres, indiqué-je à la baronne de Véresbaba.
  • Il est vrai qu’elle est plus simple, mais tout à fait charmante ! approuve la rousse.

Elle lâche mon bras et s’en approche pour en examiner les détails et vérifier la qualité du tissu, puis acquiesce avec un sourire satisfait :

  • C’est un excellent choix ! Allons ordonner aux employées de prendre tes mesures pour t’en préparer une. Elles nous la livreront, ainsi que tous nos autres achats, une fois qu’elles auront fini.

Nous leur commandons la robe et en profitons pour leur demander de nous en montrer des similaires. Nous sortons de la boutique en leur laissant plusieurs autres vêtements, de couleurs et ornements diverses, à produire. Nous traversons ensuite une passerelle pour nous rendre dans une boutique spécialisée de la vente de différents accessoires : rubans pour les cheveux, gants, sacs en tissu ou en fourrure. . . Certains me seraient même impossibles à nommer. Élisabelle prend grand plaisir à m’apprendre les mots que je ne connais pas. Nous achetons des rubans de toutes les couleurs, quelques paires de gants pour l’hiver, car je ne vois pas l’intérêt d’en porter au cours d’autres saisons, et des sacs aux motifs me rappelant la nature et les animaux que j’affectionne tant, mais quand la baronne me conduit vers la cordonnerie, en m’expliquant qu’il s’agit du lieu où sont fabriquées et vendues les chaussures, je ne peux retenir une grimace. Je commence déjà à souffrir à force de marcher avec ces chaussures si inconfortables ! Je pense même que je serais tombée depuis longtemps si la vampire ne me soutenait pas constamment en me tenant par le bras. Elle me dit alors avec un sourire compatissant :

  • Personne ne naît avec des chaussures aux pieds. On s’habitue tous, tu ne fais pas exception, ma fille, mais rassure-toi : nous demanderons au cordonnier de t’en fabriquer avec des tout petits talons, pour un meilleur équilibre et un plus grand confort. Tu n’es pas spécialement petite, de toute façon, bien au contraire, alors tu n’as pas besoin de hauts talons pour compenser. . .
  • Pourquoi pas des chaussures plates ? tenté-je.

Elle remue son index, tout en faisant claquer sa langue à plusieurs reprises :

  • C’est inenvisageable, Aïna ! Une femme qui porte des chaussures plates est une femme du peuple.

C’est donc avec un soupir résigné que j’entre avec elle dans la cordonnerie, nos six serviteurs toujours sur nos talons. . .

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