Le masque brisé

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Les vents du Mont Céleste s’étaient calmés. La bataille contre les zombies était désormais derrière Piou, balayée par la tempête invoquée​

par Lysandre, le Gardien des Vents. Mais dans le cœur du jeune poussin, un vide étrange persistait.​

Caleum n’était jamais revenu du champ de bataille.​

Piou ne savait pas s’il était tombé… ou s’il avait choisi de disparaître.​

Mais ce soir-là, alors que Lysandre dormait, veillant à peine d’un œil sur leur campement de fortune dans les hauteurs enneigées, Piou entendit un bruissement dans la nuit. Une silhouette approchait, discrète… mais familière.​

— Félix ? chuchota Piou.​

Et en effet, de l’ombre surgit son fidèle compagnon, Félix le petit renard aux yeux dorés et à l’air malicieux. Celui qui l’avait accompagné depuis le début, qui l’avait aidé dans la Forêt Enchantée, dans la Cité de Volandar, et qui l’avait consolé après la perte de leur ancien village.​

— Piou ! Tu es vivant ! dit-il en se jetant dans ses​ plumes, les yeux brillants d’émotion.​

Piou le serra fort, soulagé.​
— J’ai cru t’avoir perdu… où étais-tu ?​
— Capturé… emprisonné dans les marais par les Ombres-Noires. J’ai réussi à m’échapper. J’ai… j’ai vu des choses, Piou. Horribles. Ils se préparent à frapper de nouveau. Mais j’ai aussi découvert un secret… un moyen de sauver tout le monde.​

Le cœur de Piou se serra.​
— Quel genre de secret ?​

Félix le regarda, hésitant, puis sortit de sous sa cape un fragment scintillant. Il semblait tiré de l’Œuf d’Or lui-même. Piou le reconnut immédiatement.​

— Où as-tu eu ça ?!​

Félix détourna les yeux.​

— Je… l’ai trouvé dans une des chambres secrètes de Volandar. Piou… il existe une seconde clé, une pièce manquante de l’Œuf. Elle peut te donner la puissance ultime. Celle de réécrire le destin. Mais pour l’activer… il faut une offrande.​

— Une offrande ? demanda Piou, inquiet.

— Oui. Un sacrifice. Celui d’un être proche. Quelqu’un que tu aimes.​

Piou recula.​

— Qu’est-ce que tu racontes, Félix ? On ne peut pas jouer avec la vie comme ça…​

Félix se redressa. Et dans ses yeux, quelque chose avait changé. Un éclat froid. Lointain.​

— Tu ne comprends pas, Piou. J’ai tout vu. Toutes les routes mènent à l’échec. À la fin du monde. Sauf une. Et cette une… c’est moi qui dois l’accomplir.​

— Attends… quoi ?​

Et alors, Félix brandit la lame de cristal noir, celle des Ombres-Noires. D’un geste rapide, il la pointa vers Piou.​

— Je suis désolé, Piou. Mais c’est toi… ou tous les autres. Tu es l’offrande parfaite.​

Piou recula, choqué.​

— Tu… tu me trahis ?​
— Je te sauve, Piou ! En te sacrifiant, tu sauveras tout le monde ! C’est ce que les Anciens veulent !​
— NON ! hurla Piou. Tu mens ! Ce n’est pas le vrai toi !​

Félix bondit.​

La bataille fut rapide. Piou, surpris, esquiva de justesse le premier coup. Il battit des ailes, fit jaillir une onde de lumière qui repoussa Félix, mais celui-ci revint à la charge, animé d’une détermination sombre.​

— Je ne veux pas te faire de mal… murmura Piou.​
— Alors meurs avec dignité ! cria Félix.​

Au dernier instant, Lysandre surgit, son épée de vent à la main. Il s’interposa entre les deux amis et désarma Félix d’un geste fluide.​

— Assez ! tonna le Gardien. Le mal t’a envoûté, renard. Tu ne vois plus clair.​

Mais Félix le regarda avec fureur, puis se retourna vers Piou, les larmes aux yeux.​

— Tu ne comprends pas… Je voulais juste te protéger. C’est ce que j’ai toujours voulu faire.​
— Alors pourquoi… souffla Piou, les larmes coulant à son tour, pourquoi me poignarder ?​

Félix lâcha son arme.​

— Parce qu’au fond… je n’ai jamais cru que tu réussirais.​
Puis il disparut dans les ombres.​

Piou s’effondra, tremblant. Son cœur brisé, son esprit bouleversé. Celui qu’il considérait comme son frère, son compagnon, l’avait trahi… pour une promesse de pouvoir.​

Lysandre s’agenouilla près de lui.​

— Tu es plus fort que tu ne le crois, Piou. Même la trahison ne pourra éteindre ta lumière. Mais désormais… tu dois avancer seul.​

Et au loin, dans les ténèbres, Félix marchait, le regard vide, une silhouette noire à ses côtés, murmurant à son oreille :​

“Bientôt, tu comprendras. Le sacrifice est inévitable…”

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