Lettre à un ami.
Boston, le 24 avril 1923
Cher Benjamin,
Cela fait bien des années déjà. Vous n’étiez pas encore ce jeune homme méritant, dont la réputation dépasse déjà les cercles les plus établis de Petersburg et que certains de mes amis ne cessent de me vanter ici à Boston !
J’ai beaucoup admiré votre père, dès le premier jour où il s’installa comme associé dans mon étude, pour sa droiture et son sens du devoir.
Votre père fut inconsolable lorsque le Seigneur rappela à lui votre mère, emportée par la phtisie. Vous n’étiez encore qu’un très jeune garçon, vous jouiez sous les tables et les chaises du cabinet, lorsque votre père vous y emmenait, le temps de préparer son retour dans ses terres natales. J’ai retrouvé au fond d’un tiroir ce daguerréotype. Ce garçonnet, posant fièrement avec votre père et mon humble personne en arrière-plan, n’est autre que vous, cher Benjamin.
Je ne revis mon ami, votre père, que bien plus tard, en d’autres circonstances hélas tragiques, afin de régler ses dettes et ses dernières volontés à votre égard. Vous étiez devenu un grand garçon. Nous nous engageâmes à vous trouver une situation saine et à parrainer vos études d’arpenteur-géomètre.
Comme je l’ai écrit plus haut, votre réputation et votre travail de terrain sont remarquables ; elles me seront de la plus haute utilité. Nous vous adressons, cher Benjamin, quelques documents d’une piètre utilité ainsi qu’une lettre de mission :
Notre client, une des toutes premières fortunes du Massachusetts, sénateur du Congrès américain et bienfaiteur des œuvres baptistes, souhaite acquérir, à l’ouest de Charleston, des terres connues sous le nom de Chastaing Plantation. Le prix de vente paraît en deçà de la valeur vénale des terrains de cette région, ce qui constitue une affaire fort avantageuse pour un mécène de cette envergure.
Cependant, l’usage veut que nous établissions l’acte de vente et produisions tous les documents permettant le transfert de propriété.
Votre concours nous sera des plus précieux, et nous saurons honorer généreusement votre diligence et la qualité de votre travail. Je vous en prie, n’attendez pas pour entreprendre cette mission.
Vous savez à quel point nous partagions avec feu votre père une profonde amitié ; nous tenons à vous assurer de notre confiance entière, et souhaitons voir en cette entreprise le point de départ d’une brillante carrière.
Recevez, Benjamin, l’expression de ma plus haute considération.
Votre serviteur et ami,
Attorney Gordon Samuelson.

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