Mon mari adoré.
Petersburg, 25 Mai
Benjamin,
Mon mari adoré, mon si cher ami,
Que je suis heureuse de lire tes nouvelles, tant ton éloignement me pèse chaque jour un peu plus ! Je ne pouvais m’empêcher de m’inquiéter et imaginais déjà que ton zèle ne fut si intense, qu’il m’ait fait disparaître de tes pensées. Quant à tes histoires de sorcières ou de chat miaulant sous le manoir, je dois avouer n’y rien comprendre. En outre, le récit de tes rencontres hasardeuses m’a particulièrement troublée. Est-ce là le comportement attendu d’un gentleman envers son épouse adorée ? Mon amour, garde l’esprit concentré sur tes travaux, je me fie à ta prudence.
Docteur Harrison nous a encore rendu visite hier. Sois rassuré, il nous confirme que notre enfant à naître se porte à merveille. Il m’a seulement recommandé de profiter chaque jour d’une promenade dans le jardin, afin d’apaiser les légers troubles nés de ton absence et surtout des agitations qui accompagnent les préparatifs du mariage de ma chère sœur.
Je sais à quel point ta mission exige ton dévouement. Néanmoins, je ne souhaite rien d’autre que celle-ci fut déjà terminée et nous puissions nous retrouver au milieu des azalées et des cornouillers fleurissants, dont le doux parfum empli le jardin. Mon ventre sera bien rond quand tu rentreras.
Ne fait point déshonneur à Jane ni à notre futur beau-frère. Tu le sais mieux que moi, Frederick t’adore. Il s’enquiert souvent de toi depuis ton départ. Il m’a encore confié tout récemment combien tu lui ferais honneur en rejoignant son cabinet en tant qu’associé. Tu conviendras, qu’une telle opportunité ne saurait se refuser. Elle nous offrirait une vie bien plus douce qu’aujourd’hui et un avenir serein à notre enfant.
Porte-toi sainement et reviens rapidement.
Ta chère et dévouée épouse qui t’aime.
Margaret.

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