Field Book, notes personnelles (non datée)

Une minute de lecture

(Ecriture raturée et tremblante)

D’Erlette est venu m’administrer des remèdes. Pas un mot. S’il me parla, je n’en perçus le moindre.

Je me suis endormi.

Puis j’ai déliré.

Je l’ai vu, venir vers moi, portant son ventre, si gros. Démesuré. Mais ses yeux étaient noirs. Elle pleurait du sang. Elle me suppliait en me tendant ses deux mains qu’il m’était impossible de saisir. J’eus l’impression d’être aspiré au fond de ce lit, mon tombeau, de flotter, longtemps, jusqu’à ne plus percevoir que la lueur sordide des ténèbres. Puis la silhouette d’Evangeline.

Ce lit.
Ces draps moites.
Ce linceul étouffant.
Mon tombeau.

Le révérent et Archibald me tirèrent de mon coma délirant. Il me sembla que leur visage avait changé. Leurs regards étaient froids. Ils n’exprimèrent aucune émotion. Pourtant, leurs paroles étaient bienveillantes.

Ils m’expliquèrent qu’on m’avait trouvé sans connaissance, les mains et le visage ensanglantés dans la cave de Chastaing.

Qui est ce on ?

J’aurais certainement fait une mauvaise chute.

Ils savent.

D’Arcy, D’Erlette.

Archibald, Henry.

Ils savent.

Tous.

Ils savent que je sais.

Et je sais qu’ils ne me laisseront pas quitter la plantation.

Les médications que D’Erlette me fait avaler de force m’enfoncent dans une torpeur morbide. Elles m’empêchent de penser, de me lever, d’agir.

Il me faut user de toute ma volonté et des quelques forces restantes, ne serait-ce que pour écrire ces dernières lignes.

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