Les dossiers d'enquête.

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I. Déposition de John Bracknell

Township de Saint James, District de Charleston, SC.

Date : 28 juin 1923, 15 heures 45

Monsieur John Bracknell, beau-père de Benjamin F, est recu en qualité de plaignant et de témoin dans l’affaire Benjamin F. Il déclare sous serment :

Je suis arrivé le matin même á Charleston, avec le train en provenance de Petersburg, après avoir été averti par des lettres de ma fille, Margareth F., que mon gendre, Benjamin F. était en danger.

Je suis arrivé par la route au lieu-dit Chastaing Plantation vers midi. Je me suis aussitôt rendu vers la maison de maître. Après une brève visite des lieux, je suis entré dans une chambre de la demeure, partiellement rénovée et meublée d’un lit et d’un secrétaire de travail.

Je n’y ai pas trouvé mon gendre, mais ses outils de travail, un carnet de notes personnelles, des plans, des dessins, le tout éparpillé sur le parquet.

Après avoir fouillé, sans résultat, d’autres pièces de la demeure, je me suis rendu sur la terrasse nord. De là, j’ai aperçu une nuée d’oiseaux s’abattant autour d’un arbre dans un champs à en contre-bas sur les flancs d’un ruisseau (Chastaing Creek). En m’approchant, j’ai vu mon gendre pendu par les pieds, une lourde chaine passée autour du cou.

J’ai trouvé dans une poche de mon gendre, une lettre écrite de sa main, dans laquelle il s’accuse du meurtre d’une jeune femme prénommée Evangeline, petite-fille d’un certain Archibald.

Je confirme avoir remis aux autorités cette lettre, ainsi que d’autres adressée par Benjamin F à Margareth, ma fille.

Signé

- P. Walter, Shériff municipal

- John Bracknell, plaignant et témoin

II. Rapport d’incident

Township de Saint James, District de Charleston, SC.

Date : 28 juin 1923, 20 heures 15

Le pendu était arpenteur-géomètre et travaillait pour le compte d’un certain Samuelson, dans le cadre de l’achat du domaine dit Chastaing Plantation.

Nous nous sommes rendus sur les lieux avec Mr Bracknell, afin de reconstituer son parcours et vérifier les faits.

Nous avons pu établir que :

Le corps de M. Benjamin F. a été retrouvé pendu à la « Table des sorcières », un vieux chêne près de Chastaing Creek. La chaîne utilisée pesait près de 12 livres. Les maillons étaient fortement rouillés.
Aucun support n’a été retrouvé à proximité de l’arbre.
De nombreuses empreintes de pas de tailles diverses se superposent, mais ne sont pas exploitables.

Dans la chambre, de nombreux objet et documents étaient éparpillés sur le parquet, ainsi que des plans et des dessins accrochés sur les murs : esquisses cadastrales, plans de différents bâtiments, que nous comprenons être ceux de Chastaing Plantation, ainsi que d’autres dessins aux significations incompréhensibles.

De même, certaines pages du carnet présentent un caractère incohérent et incompréhensible. Plus précisément, certaines pages sont entièrement remplies de mots et de phrases sans aucune relation entre elles, tels que : « le chat est noir » ; « je suis l’Agneau » ; « Réveiller le Grand Ancien ».

Pour l’instant, aucune autre dépouille n’a été retrouvée sur la propriété.

Un crime ne peut pas être exclu à l’heure de la découverte du corps.

P.Walter

Pièces matérielles versées au dossier :

- Lettres de Benjamin F. à Margaret F.

- Carnet personnel de Benjamin F.

- Lettre d’aveu de crime

- Dessins, plans et autres documents jugés utiles

- Une poupée de chiffon, dont la tête est brisée

- La montre à gousset de Benjamin F.

- La déposition de Mr. Bracknell

III. Rapport du coroner

Bureau du Coroner, District de Charleston S.C.

Date : 29 juin 1923, 11 heures 30

La victime a été examinée après découverte sur la propriété dite Chastaing Plantation.

La mort est estimée survenue dans la nuit du vingt-sept au vingt-huit juin, entre vingt-trois heures et quatre heures du matin.

Le corps était suspendu á une chaine, la tête vers le bas. Des ecchymoses ont été constatées à l’arrière du crâne. Ces lésions sont antérieures de quelques jours aux dates du décès. Aucune conclusion formelle ne peut en être tirée.

Aucun autre signe de violence externe. Aucune fracture, ni traces de coups n’ont pu être constaté.

Présence de terre sous les ongles, sans que cela ne permette d’établir un élément déterminant.

La mort a été causée par asphyxie et est compatible avec une pendaison.

Aucune preuve médico-légale ne permet de réfuter le suicide.

Butch Mitchell, le coroner.

IV. Rapport d’enquête de voisinage

Township de Saint James, District de Charleston, SC.

Date : 1 juillet 1923

Une enquête au sujet des personnes citées par la victime dans ses carnets et les lettres du dossier a été diligentée.

Les personnes suivantes citées par les carnets et les lettres de Benjamin F. n’ont pu être identifiées :

- Aucun Docteur D’Erlette n’est enregistré à l’Ordre des médecins de l’Etat de South Caroline.

- Aucun Révérent D’Arcy n’est connu au sein de l’Eglise Baptiste de Saint James.

- Les personnes nommées Archibald et Evangeline dont les noms de familles ne sont pas nommés ni expressément connu du voisinage.

La famille Dubose-Wenworth est également mentionnée, d’excellente descendance et de bonne réputation. Son chef se prénomme toutefois Charles et non pas Henry.

Charles Dubose-Wenworth prétend ne pas connaitre personnellement Benjamin F. ni vouloir se mêler des affaires des autres.

Les voisins de Chastaing Plantation sont majoritairement noirs, de basse conditions et connus pour leur pratique de cultes vaudous. Malgré des arrestations et des interrogatoires sous la contrainte, Aucun témoignage cohérent n’a pu être recueilli, en raison de l’agitation et de la réticence des interrogés.

Certains déclarent l’avoir vu errer dans les terres allentours en se parlant à lui-même. D’autres ont évoqué sans plus d’explication les « haints » de Chastaing. Nombreux sont ceux qui ont simplement refusés de parler.

P.Walter

V. Rapport final

Township de Saint James, District de Charleston, SC.

Date : 3 juillet 1923

Rapport final concernant le décès de Benjamin F., arpenteur-géomètre, survenu à Chastaing Plantation dans la nuit du 27 au 28 juin 1923.

Compte-tenu des pièces versées au dossier, compte-tenu de l’absence de preuve établissant un crime de sang (notamment en raison de l’absence de dépouille correspondant à la prétendue « Evangeline ») ;

Compte-tenu du manque de témoins fiables, et compte-tenu du caractère erratique, relevant plus de l’affabulation que de la vérité, des notes manuscrites de Benjamin F. ;

Et après consultation du procureur du tribunal de Charleston SC, nous classifions l’enquête et concluons à la mort par suicide de Benjamin F.

Pour valoir ce que de droit.

P.Walter

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