Chapitre Louise

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Cela fait maintenant cinq ans que je suis à l’internat. Mon père m’y a traîné de force à mes 12 ans en pleine année scolaire. Selon lui, c’était pour recevoir la meilleure éducation possible, selon moi, c’était pour que je ne sois plus dans ses pattes.

J’ai vécu cloîtré dans une chambre seule pendant toutes ces années. Nous ne pouvions communiquer qu’aux sœurs en les vouvoyant lors des cours. Mon seul refuge a été les chevaux. Le seul sport qui nous était autorisé, car jugé assez digne pour des filles dont les parents paient une fortune leur éducation.

Ce matin, j’ai reçu la lettre annuelle de mon père pour mon anniversaire. Généralement, il y a simplement écrit : « Une année de plus ». Je n’ai jamais su s’il me parlait de mon année de plus ou de celle qu’il vient de vivre sans ma mère. Il m’en a toujours voulu que ma mère soit morte en couches. Cela m’arrive de penser qu’elle aurait dû vivre à ma place.

Mais cette année, le texte est différent. Il m’annonce que demain, il viendra me chercher pour que nous passions les fêtes de fin d’année ensemble et que nous allions à un entretient pour m’inscrire en terminale dans un lycée privée en ville.

Je ne comprends pas son revirement, mais je suis pour l’instant franchement heureuse de quitter cet endroit austère.

Le lendemain, je suis devant l’institut avec mes maigres affaires personnelles. Je vois alors une voiture se garer devant moi. Une femme sort de la voiture et me demande si je suis bien Louise Bariglione.

- Oui, c’est bien moi, lui répondis-je.

- Parfait, je suis Cristelle, votre nouvelle gouvernante.

Parfait, me voilà avec une dame qui supervise chaque action que je fais, car mon père ne supporte pas que je fausse son image parfaite alors qu’au fond nous savons tous que c’est lui, le roi des enfoirés.

Je monte dans la voiture après ce que je suppose être une sorte de majordome ait mis mes affaires dans le coffre.

Après plusieurs heures de route, nous arrivons devant la maison que j’ai laissée derrière moi il y a cinq ans. De l’extérieur, elle n’a pas changé à un détail près, le nombre de personnes devant avec une arme.

A l’époque de mon départ, il n’y avait qu’un homme de main qui suivait mon père partout. Je suppose que ses affaires ont évolué dans le bon sens pour lui.

Je décide de ne pas perdre de temps et de directement monter dans mon ancienne chambre. En pénétrant dans la demeure, je constate qu’elle n’a pas changé du tout. Chaque objet est toujours à la même place. Je monte les majestueux escaliers dans lesquels je tentais d’écouter les réunions de mon père.

Je parviens alors à ma chambre et constate qu’à contrario du reste de la maison, celle-ci a bien changé. Il n’y a plus rien, comme si je n’avais jamais dû revenir. Il n’y a plus qu’un lit, un fauteuil et une penderie vide. La pièce est encore plus froide que celle que j’ai quitté ce matin.

Je me dirige donc vers la pièce qui a toujours été mon refuge dans cette maison, la cuisine. J’y passais des heures avec mon ancienne gouvernante. Nous parlions pendant des heures pendant qu’elle me cuisinait tout de sorte de gourmandise.

Aujourd’hui, même si elle n’a pas changé, je ne perçois plus la chaleur qu’elle m’apportait auparavant.

J’entends alors mon père dans le salon. Je m’y dirige donc pour avoir des informations.

- Bonjour père, dis-je.

- Bonjour, j’espère que tu as bien travaillé les cours que tu as reçus. Je ne souhaite pas devoir trouver une autre école qui t’accepte, me répond-il froidement. Tu peux disposer.

Je me réfugie alors dans ma chambre. Je ne peux déjà plus retenir mes larmes alors que je ne suis pas là depuis plus d’une journée. Je n’ai jamais eu de figure maternelle et mon père préférerait que je n’existe pas. Je me sens si seule.

Je cherche alors Bilou ma peluche en forme d’ours qui me tient compagnie depuis toujours. C’était un achat de ma mère avant ma naissance. J’ai l’impression que quelqu’un m’a déjà aimé quand je le prends dans mes bras.

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