Chapitre 11

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Deux jours étaient passés depuis que j’avais visité Glenharm et rencontré la famille d’Emma. Deux jours pendant lesquels je commençais à réfléchir à des idées de bourse d’études, que je pourrais mettre en place une fois couronnée Impératrice, mais aussi à comment entrer en contact avec la reine Stephania Alec, Reine du Reinaume de Carandis, le royaume le plus éloigner de l’Empire, mais aussi une terre de glace, aux lacs et à la mer gelée.

De son côté, ma mère avait commencé à organiser mon couronnement. Elle avait envoyé des invitations à quelques personnes influente et riche de l’Empire, les ministres, mais aussi les personnes importantes du palais, les chefs de service et surtout Emma qui serait en premier plan. Elle travaillait en étroite collaboration avec les cuisines, les jardiniers et même la lingerie, pour transformer la Grande Salle en une salle magnifique, à mon image et surtout pour me permettre de bien commencer mon règne.

Ce matin-là, alors que je réécrivais pour la centième fois une lettre à destination de la reine Stephania, ma mère toqua à la porte de mon bureau. Elle vint m’annoncer qu’elle avait programmé mon couronnement pour la semaine suivante. Puis qu’elle partirait quelques jours plus tard, ne voulant pas interférer avec le début de mon règne et surtout pour que le peuple ne voit pas en sa présence un moyen de manipuler, selon ses dires, mes décisions.

— Où allez-vous partir, mère ?

— J’ai de la famille dans une petite île proche de l’Empire, mais qui ne fait pas partie de sa juridiction. L’île est indépendante, politiquement neutre et surtout, mes parents y habitent. Ça fait longtemps que je ne l’ai pas vu. Depuis ta naissance, en réalité.

— S’ils habitent là-bas, c’est que vous êtes nés sur cette île ? Vous n’étiez pas une citoyenne de l’Empire quand vous avez rencontré mon père ?

— Oui, je suis née là-bas, à Kelnya. Quand j’ai rencontré ton père, il n’était encore que prince. J’étais venu à Glenharm en échange scolaire international. J’étais étudiante en sciences sociales. Ironique, oui, quand on sait tous le mal que j’ai fait à cet Empire.

— Vous avez fait ce que vous pouviez. Vous n’étiez pas destinée à devenir Impératrice. Vous l’êtes devenue par mariage.

— C’est vrai. Tu es bien plus objective que moi.

— Est-ce que… vous reviendrez un jour ? Ou vous comptez rester là-bas ?

— Si tu veux que je revienne, je reviendrais. Mais si tu le souhaites, aussi, je t’accueillerais là-bas. Tes grands-parents seront ravis de faire ta connaissance.

— Pourquoi vous ne m’avez jamais parlé d’eux ? Pourquoi ils ne sont jamais venus nous rendre visite ?

— C’était trop dangereux et aussi parce que le voyage jusque-là est compliqué. Il y a des avions, qui facilitent le transport à longue distance. Mais même ça, alors que c’est idéal pour l’échange de marchandise, j’ai laissé tomber. Les avions qui existent sont en parfait état et apte à décoller, j’ai regardé la semaine dernière. Mais les aéroports ne sont plus en mesure de les accueillir.

— Plus j’en apprends, plus je comprends que ça va être long de tout reconstruire.

— Et je suis certaine que tu y arriveras, ma chérie. J’ai confiance en toi. D’ailleurs, j’ai un cadeau pour toi.

Elle fit quelque pas à l’extérieur du bureau pour récupérer une boite emballée. Je compris que « prénom » attendait là depuis le début. Elle déposa délicatement la boite devant moi, sur une pile de papier et m’invita à l’ouvrir, en précisant que c’était fragile. Je déchirais le papier cadeau méthodiquement puis découvrit la boite d’un téléphone portable, tactile, dont la coque à l’arrière était blanche et gravée du blason de notre famille, deux mains entrelacées et entourées par une branche de rosier épineux.

— Emma te l’a déjà paramétré. Elle y a enregistré son numéro, le mien et celui d’Océane. Comme ça le jour où tu auras besoin d’un conseil, ou même simplement pour discuter, tu n’auras qu’à m’envoyer un message.

— Merci beaucoup mère.

— Tu vas devenir Impératrice, il est temps pour toi d’avoir ton propre téléphone. Si je ne t’en ai jamais offert jusque-là, c’était parce que j’avais peur de ce qu’il pourrait arriver si quelqu’un découvrait ton numéro. Prends soin de ne pas le donner à n’importe qui. Ou alors, prend toi deux téléphones, un que tu gardes comme personnel, dont tu donnes le numéro qu’à des personnes de confiance et un professionnel, que tu pourras donner aux chefs de service du palais, aux ministres, par exemple. C’est à toi de t’organiser comme tu le souhaites.

— Je ferais attention, je vous le promets.

— Je le sais, je te fais confiance. Emma t’a fait un petit mémo récapitulatif, que tu trouveras dans la boite. Elle t’y explique comment te servir du téléphone, tout ce que tu peux faire avec et tu y trouveras ton numéro de téléphone, pour pouvoir le partager.

— J’irais la remercier.

— Je t’ai dit tout ce que j’avais à dire. Je te laisse travailler maintenant, sauf si tu as besoin d’aide ?

— J’ai du mal à écrire ma lettre pour la Reine Stephania de Carandis, mais je veux la faire seule. Je veux qu’elle soit sincère.

— C’est une très bonne idée. Stephania Alec n’a que vingt ans et l’Empire n’a jamais eu de lien diplomatique avec Carandis, encore moins avec leur Reine actuelle. Elle pourrait t’être de bon conseil, même si elle essaie encore de stabiliser son pouvoir. Elle n’est sur le trône que depuis moins d’un an.

— Lui parler comme à une potentielle amie et non comme une reine, compris-je derrière les paroles de ma mère. Ça pourrait fonctionne mieux que prévu. Merci beaucoup, mère.

— Avec plaisir ma chérie.

Ma mère fit le tour du bureau pour venir m’embrasser sur le front puis sortit du bureau en prenant soin de fermer la porte en douceur. Téléphone dans la main, je récupérais le petit carnet qu’Emma avait glissé dedans, en reconnaissait son écriture et suivit, étape par étape toute ses indications, en commençant par allumer le téléphone. Une fois celui-ci allumé, je souriais en découvrant le fond d’écran qu’elle avait choisi. C’était moi, dans ma robe de bal lors du bal de fin d’études, souriant, mon diadème de princesse posé sur ma tête et étincelant. La photo était magnifique et surtout, je ne m’étais jamais vu comme ça, avec cette lueur dans les yeux, ce sentiment de calme, comme si tout était parfait autour de moi, comme si plus rien ne pouvait m’arriver. Cette photo avait capturé un instant de pur bonheur, et représentait tout de la femme que je voulais devenir. Elle était un objectif idéal à atteindre, un objectif plus que réalisable.

En continuant de suivre ses instructions, je découvris les applications des messages textuels, d’appel, une application type bloc-notes, qui, je sentais, allais m’être très utile. Dans l’application des contacts, j’avais en effet déjà Emma, Océane et ma mère, chacune avec une photo. La photo sur le profil d’Océane était magnifique et je me surpris à sourire en la regardant. Je décidais ensuite de lui envoyer mon premier message et mis quelques minutes à réfléchir à ce que j’allais lui écrire avant de faire mon choix.

« Me voilà enfin connectée au monde. Ta soirée en famille s’est bien passée ? »

Après avoir envoyé mon message, je rangeais la boite dans une partie accessible de mon bureau, pour retrouver le calepin d’aide si besoin, et posais mon téléphone à proximité, pour répondre rapidement quand Océane me répondrait. Je me reconcentrais à nouveau sur ma lettre à destination de Stephania Alec et cette fois-ci, l’inspiration venait plus librement, ma plume plus naturelle.

« À destination de la Reine de Carandis, Stephania Alec,

Votre Majesté, cette lettre n’est pas une simple lettre diplomatique venue de l’Empire d’Eryenne. Si je vous écris aujourd’hui, c’est parce que je vais bientôt devenir l’Impératrice d’Eryenne et je dois avouer que parfois, ça me fait peur. Des amis proches m’ont conseillé de vous contacter, non pas en tant que Reine, pour commencer, mais comme jeune femme.

J’ai appris que n’étiez Reine que depuis peu, mais j’aimerais beaucoup apprendre de vous, que ce soit pour devenir l’Impératrice que mon peuple ait besoin que je sois, mais aussi pour être certaines de ne pas faire d’erreurs aux trop grandes conséquences, surtout après le règne chaotique de ma mère.

Je pensais qu’avant de parler diplomatie, commerce et négociation, nous pourrions commencer par faire connaissance, par discuter comme de simple jeune femme de dix-neuf et vingt ans, d’autant plus qu’au moment où je vous écris cette lettre, je ne suis pas encore sur le trône.

Je vous joins derrière cette lettre mon numéro de téléphone personnel, que je viens tout juste d’avoir, si vous préférez m’envoyer un message plutôt qu’une lettre.

J’espère avoir bien vite de vos nouvelles,

Princess Elena De Stinley, héritière du trône impériale d’Eryenne. »

La lettre enfin terminée, je la scellais et y apposais mon sceau officiel puis envoyais un message à Emma pour savoir vers qui je devais me référer pour envoyer une lettre officielle, au-delà des frontières de l’Empire. Elle me répondit moins d’une minute plus tard, me conseilla d’aller voir le garde des Sceaux, dont le bureau était au premier étage, dans l’aile administrative du château. Voulant emporter mon téléphone avec moi, je me rendis compte que mes robes n’avaient aucune poche. J’allais devoir remédier à ça avec la styliste du château. Pour le moment, je le gardais simplement à la main, lettre dans l’autre et rejoignis, en prenant mon temps, le bureau du garde des Sceaux, un homme que je n’avais jusque-là jamais rencontré.

— Entrez ! Votre Altesse, que puis-je pour vous ?

— Bonjour Monsieur. J’aimerais envoyer une lettre officielle à la reine Stephania de Carandis. Voici la lettre signée, et scellée.

— Avec plaisir, Votre Altesse, je m’occupe de tout. Lui avez-vous donné un moyen de vous recontacter et si oui, comment pouvait-elle le faire, c’est le plus important ?

— Oui, c’est fait.

— Parfait. La lettre sera envoyée en début d’après-midi par un coursier officiel. Attendez-vous une réponse immédiate ? Si oui, le coursier pourra revenir avec votre réponse.

— Non, c’est bon, si elle me répond ce sera par téléphone.

— Très bien. Vous devriez avoir une réponse au plus tard demain en fin d’après-midi, si elle vous répond dès réception de votre lettre.

— Je vous remercie, Monsieur. Passez une bonne journée.

— À vous aussi, Votre Altesse.

Il me salua d’un signe de tête quand je quittais son bureau. Après mon départ, je décidais de prendre une heure de pause. À l’extérieur, il faisait beau et chaud alors j’informais Emma par message que j’allais nager un peu. J’avais besoin de me délier les muscles. De retour dans ma chambre, j’enfilais un maillot de bain ainsi qu’une légère robe par-dessus. Dans mon sac de natation, je glissais ma serviette, mes lunettes de natation, une bouteille d’eau et un livre. Je prévoyais toujours un livre à chaque fois que j’allais nager, au cas où l’envie me prendrait de me poser au bord de l’étang, à l’ombre du grand chêne et de lire un peu. Là-bas, personne ne venait me déranger. Et si c’était urgent, ils passent par Emma, qui venait m’en informer au lieu de venir par eux-mêmes, troubler mon moment de solitude et de calme.

Sur place, après avoir installé ma serviette, je glissais les lunettes sur ma tête, entrait dans l’eau par étape, en prenant le temps de me mouiller la nuque. Même s’il faisait chaud et que l’étang était en plein soleil, l’eau restait toujours un peu fraiche. Pendant près d’une demi-heure, mais sans vraiment faire attention à ce temps qui passait, je fis plusieurs longueurs. Je ne pensais à rien, me concentrant uniquement sur ma respiration, sur les battements de mon cœur, sur les mouvements de ms bras et de ms jambes dans l’eau. En cet instant, il n’y avait plus que moi qui comptais et seulement moi. Tous mes soucis disparaissaient.

Plus ou moins une heure plus tard, après avoir nagé, lue et bronzée un petit peu, je rentrais au château, pris une rapide douche et me remis au travail. Sur mon téléphone, une notification s’afficha. Océan avait répondu à mon message plusieurs minutes auparavant sans que je ne m’en rende compte.

« Salut, bienvenue chez les adultes connectés. Tu aimes ton nouveau téléphone ? Ta mère nous a montré la gravure de la coque, je la trouve incroyable perso et non, ce n’est pas parce que c’est l’emblème de ta famille. Même s’il est magnifique. Mais je trouve qu’il te correspond bien. Bon, si tu m’as envoyé un message, c’est que tu as compris les explications d’Emma. J’aurais fait autrement, si c’était moi, mais elle a insisté. Je n’aurais jamais cru me battre contre elle pour t’expliquer comme utiliser un téléphone portable. La prochaine fois, tu pourras m’appeler si tu veux. Mais envoie-moi un message avant. Ma mère veut m’obliger à reprendre la fac et donc à réduire mon temps au château avec toi. »

Je lus son pavé en souriant, heureuse d’avoir eu une réponse de sa part, et lui répondis presque aussitôt.

— « Ta mère a totalement raison de t’obliger à reprendre les études, c’est important. Et puis, pour être honnête, depuis que tu es arrivée, je me sens plus légère, plus libre d’être moi-même, d’oser faire les choses. Et les cauchemars ont presque disparu, c’est un point très important. Alors oui, reprennent les études, viens moins souvent au château et encore moins pour t’occuper de moi. Qui sait, peut-être qu’un jour, tu auras une place encore plus importante que celle que tu as aujourd’hui. »

Une fois le message envoyé, je posais mon téléphone et rouvrais le dossier sur l’accès à la nourriture des Eryeniens. Des banques alimentaires allaient être mises en place, un peu partout dans l’Empire et surtout dans les zones où la demande était forte, le temps que je relève le niveau économique de l’Empire et de ses habitants. Ces banques alimentaires seraient donc temporaires, mais une première étape. Et ce serait ma première décision en tant qu’Impératrice, si tant est que le projet soit validé par le ministre de l’Agriculture, avec qui je comptais travailler en étroite collaboration sur ce projet et surtout approuvé par le Conseil des ministres, le lendemain de mon couronnement.

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