Chapitre 6
Mardi 30 septembre
Le Major Olivier Roumiac était toujours un des premiers arrivés au bureau, caserne Courrège. Sa fonction au sein de la Section de Recherche le dispensait le plus souvent du port de l’uniforme et son physique d’ancien deuxième ligne ne laissait pas indifférent. Son supérieur lui avait attribué la veille une nouvelle affaire, le cadavre d’un inconnu tué par balles, dans le sud du Tarn. Les documents préliminaires transmis par ses collègues de Labruguière ne donnaient guère de précisions. Olivier attendait donc avec impatience de lire les premiers rapports du légiste et des techniciens d’identité judiciaire, les grattous, comme se plaisaient à les appeler gentiment les collègues. Les documents espérés l’attendaient dans sa messagerie sécurisée. Le major commença par le mémo du légiste. Le médecin commençait par une longue liste de précautions oratoires, n’ayant pas encore procédé à l’autopsie ni aux analyses de routine.
Le service de médecine légale avait reçu le corps dans la nuit du vendredi au samedi et le docteur Malureau n’avait pu l’examiner que le samedi matin. Les premières constatations présentaient l’inconnu comme un homme caucasien, dont l’âge pouvait être estimé entre soixante et soixante-dix ans, de taille et de corpulence moyenne, un mètre soixante-quinze pour soixante-dix kilos. Il ne lui était pas possible de se prononcer avec précision sur la date de la mort, au mieux une fourchette entre quatre et huit jours. Le décès était très probablement dû aux blessures infligées par les projectiles reçus dans le thorax, l’un d’entre eux ayant vraisemblablement touché le cœur. Le médecin précisait un point intéressant. Les trois impacts frontaux n’étaient pas très groupés et seulement deux orifices de sortie étaient visibles dans le dos. Une balle était donc probablement restée à l’intérieur du corps, ce qui serait facilement vérifiable sur les radiographies lors de l’autopsie, programmée pour le mardi après midi. Le major était cordialement invité à y assister.
Roumiac referma le document et nota le rendez-vous macabre. Le compte-rendu des TIJ lui apporta des informations complémentaires. Il commença par l’inventaire des vêtements et objets trouvés sur le cadavre.
Sans surprise, aucun document d’identité n’avait été trouvé dans les poches, ni portefeuille, ni aucun papier administratif. En revanche, dans la poche du pantalon, on avait retrouvé la note froissée d’un hôtel de Castres, pour la période du 15 au 23 septembre. Il y avait également quelques pièces de monnaie ainsi que la clé d’une voiture de location de la société SIXT.
Les vêtements apportaient aussi quelques éléments. Le spécialiste mentionnait que la veste et le pantalon étaient de qualité médiocre, assez usagés, d’un style très démodé. Suivait la description des différentes pièces. Les étiquettes étaient encore présentes mais peu lisibles, correspondant à des marques inconnues du technicien. La chemise était, sans surprise, dégradée par les impacts et le sang, il n’y avait toutefois pas de trace de brûlure, signe que les coups de feu avaient été portés à une distance assez importante, supérieure à un mètre.
Concernant le lieu où le corps avait été retrouvé, il était précisé qu’aucun objet n’avait été retrouvé, pouvant appartenir à la victime ou à son ou ses assassins. Les projectiles en particulier n’avaient pas été localisés, ni balles, ni étuis. Le technicien précisait que les douilles pouvaient avoir été ramassées et les balles perdues dans la végétation. Les prélèvements de sol ne montraient pas de traces significatives du sang de la victime. La disposition du corps ne correspondait pas non plus à un décès sur place. Il semblait donc probable que le corps avait été déplacé post-mortem.
Le major consulta ses notes. L’autopsie lui en dirait plus un peu plus tard, mais il y avait déjà quelques pistes à creuser sans attendre. Il se connecta en premier sur internet pour en savoir un peu plus sur l’hôtel dans lequel la victime avait séjourné. L’établissement était situé en centre-ville, à proximité de l’Agout, la rivière traversant la ville. C’était un hôtel modeste, mais les photos montraient des chambres simples et propres. Roumiac composa le numéro. Une voix décrocha rapidement, lui demandant de patienter en ligne. Pendant quelques minutes, il entendit quelques bribes de conversation. Compte-tenu de l’heure, il comprit qu’il s’agissait de clients réglant leur note. La voix reprit le combiné. Le major se présenta rapidement et expliqua l’objet de son appel, sans mentionner le décès de la personne en question.
— En effet, les dates que vous mentionnez correspondent à deux clients chez nous, je précise que c’étaient deux voyageurs distincts.
— La personne qui m’intéresse portait peut-être une tenue remarquable, une chemise bleue à fleurs et une cravate de tricot verte, d’un style démodé, la soixantaine.
— Oui, je vois tout à fait de qui vous parlez. Il a effectué sa réservation via un site en ligne, sous le nom de Klaus Bauer. Il parlait plutôt bien le français, mais avec un accent germanique bien marqué.
— Savez-vous s’il a une voiture ?
— Oui, il a demandé à utiliser notre parking. J’ai noté sur le registre une Volkswagen Golf, bleu sombre.
— Je vous remercie, je ne vais pas abuser de votre temps, vous devez avoir du monde au comptoir, je passerai peut-être reparler avec vous prochainement.
Olivier raccrocha et nota les informations recueillies. Il était neuf heures, l’heure de la pause café et du premier briefing. Il avait maintenant quelques pistes sur lesquelles faire travailler son équipe.

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