Chapitre 7
Mardi 30 septembre
L’adjudante Clarisse Dumaine prit le post-it que lui tendait Olivier Roumiac.
— Tu passes voir les grattous, ils ont récupéré une clé de voiture SIXT dans la poche de notre gars. Si ce qu’a dit l’hôtelier est correct, ce devrait être une Golf bleue. Interroge le loueur pour savoir où et quand ce véhicule a été pris en charge, et à qui il a été loué. L’individu s’est présenté à l’hôtel sous le nom de Klaus Bauer, mais le réceptionniste n’a pas contrôlé son identité. Ensuite, tu lances un avis de recherche dans la région pour la retrouver.
— Tu veux que je commence par où ? L’aéroport ? Si ce type est Allemand, il est peut-être arrivé en avion.
— Oui, pourquoi pas, interroge également les compagnies aériennes.
— Je pourrais également contacter nos collègues à Castres, la voiture est peut-être restée là. Il a quitté son hôtel il y a une semaine, s’il n’est pas parti en voiture, ils l’ont sans doute repérée.
— Vois aussi avec la police municipale. On fait un point en fin de journée, moi je vais faire un tour à Rangueil pour l’autopsie.
Le major se contenta d’un déjeuner léger, n’étant pas vraiment ravi d’une autopsie en début d’après-midi. Malureau lui avait donné rendez-vous à quatorze heures. Quand il se présenta à l’Institut Médico-Légal, le travail avait déjà commencé.
— On a pris un peu d’avance, déclara le légiste, mais vous n’avez rien manqué. Juste les constatations d’usage, mensurations, vous connaissez. Nous avons également pratiqué les clichés radiographiques, je viens juste de recevoir les images, on va pouvoir jeter un coup d’œil ensemble.
— Allons-y, valida Oliver tandis que le médecin affichait les images sur un grand écran.
Le gendarme laissa Malureau observer les images, zoomant sur certaines zones.
— Là, dit le médecin en entourant une zone sur l’écran. C’est elle, la balle manquante.
Roumiac regarda attentivement, au niveau d’une vertèbre, à la hauteur du cœur, un point sombre était nettement visible.
« Nous irons la chercher tout à l’heure. »
Le médecin continua son examen, sans autre commentaire avant de passer à une autre cliché, montrant un panoramique dentaire.
— C’est pas du beau travail, commenta Malureau, ça n’a sûrement pas été fait chez nous ! On dirait les techniques soviétiques des années soixante.
— On pense que notre client était Allemand.
— RDA, dans ce cas. Vu l’âge, ça peut coller. Ce type est né et à grandi avant la chute du Mur. Passons à l’examen du corps.
Le légiste commença par un examen visuel, enregistrant ses commentaires en continu. Après quelques minutes, il fit une pause pour partager ses constatations avec le major.
— Comme vous avez pu le voir, nous avons bien trois impacts à la hauteur du thorax, à quelques centimètres de distance. Une balle est rentrée sous la clavicule droite, une autre au niveau du cœur, sans doute le projectile fatal, la troisième balle est un peu plus bas, proche du sternum. Le tir n’a pas été fait à très courte distance, il n’y a pas de brûlure ni de traces de poudre visible.
— C’est également ce qu’ont dit les techniciens au vu des vêtements.
— Ce n’est sûrement pas l’affaire d’un tireur d’élite, le groupement est médiocre. Je ne suis pas expert en balistique, mais j’ai vu assez de morts par balle pour reconnaitre les exécutions dans le milieu. Le gars que vous recherchez n’est pas un pro, ou alors, ils étaient plusieurs.
— Pour le moment, nous n’avons aucune piste.
— Bon, je m’occuperai des viscères plus tard, je crois que ce qui vous intéresse, c’est ce petit morceau de plomb. Je vais vous sortir ça !
Il fallut un long moment avant que Malureau ne lâche l’objet dans une coupelle métallique. La balle s’était un peu écrasée au contact de l’os, mais restait assez bien conservée.
— Vos gars confirmeront, mais on dirait du 9mm, commenta le légiste.
— Vous me la confiez ? demanda Olivier.
— Le temps de réaliser quelques photos et de sceller le sachet. Vous devrez signer le formulaire, mon assistant sera témoin.
— Ne vous inquiétez pas, je connais la procédure.
Deux heures plus tard, le major Roumiac regardait le technicien s’affairer sur son microscope.
« C’est bien du 9mm, probablement du 9x19 Parabellum. Je vais entrer les images dans IBIS, on verra ce qu’il en sort. »
Quelques instants plus tard, l’écran afficha sa réponse. Il n’y avait pas de correspondance absolue, mais le logiciel suggérait que l’arme pouvait être un Luger P08. Il était précisé que la munition ne correspondait pas aux standards modernes.
— Une arme de la dernière guerre, proposa le technicien. Il y en a eu pas mal dans le coin, les Allemands en avaient tous et les maquisards en ont récupéré pas mal. Il doit y en avoir encore dans les fermes.
— Un Allemand tué par une arme allemande, il va falloir qu’on explore sérieusement cette voie, conclut Oliver.

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