Chapitre 8

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Mardi 30 septembre

Miquel Pujol arrêta sa petite voiture devant le grand portail de bois à la peinture écaillée. Les vantaux étaient ouverts, mais il préféra la laisser à l’extérieur, n’étant pas invité. Il connaissait bien la maison, ayant régulièrement fréquenté le couple de pharmaciens quand ils y vivaient encore, cependant, il était beaucoup moins familier de leur fils, qui n'était revenu au pays que récemment.

Il y avait un véhicule stationné à proximité de la maison et un mince filet de fumée montait au dessus du toit. Pujol en conclut que le nouvel occupant devait être présent. Laurent Cazenave le reçut avec empressement.

— Monsieur Pujol ! Entrez donc, il ne fait pas chaud aujourd’hui. Qu’est-ce qui me vaut le plaisir de votre visite ?

— Eh bien, vos parents, je les ai d’abord connus comme clients de la pharmacie, puis, avec le temps, ils sont devenus des amis. Vous, en revanche, depuis que vous avez quitté Sorèze, nos occasions de se voir se sont faites rares. J’espère que vous ne m’en voudrez pas de venir vers vous comme ça… J’aurais aimé qu’on puisse discuter un peu, si vous avez un peu de temps.

— Oh ça, du temps, ce n’est pas ce qui me manque ! Je dois dire que depuis que j’ai terminé le plus gros des travaux, je commence à trouver certaines journées un peu longues, d’autant que les quelques propriétés aux alentours hébergent surtout des vacanciers, qui se font rares avec l’automne. Venez vous asseoir près du feu, voulez-vous un café, ou autre chose ?

— Un café, oui, merci, noir, sans sucre.

L’ancien policier s’éloigna vers la cuisine tout en continuant à parler assez fort.

— Officiellement, je n’habite pas sur la commune d’Arfons, je ne suis même pas dans le Tarn. Ici, nous sommes sur la commune de Saissac, mais le village est assez loin. Vous êtes toujours au conseil municipal ?

— Non, répondit Miquel, j’ai fait trois mandats comme adjoint puis maire, et j’ai préféré laisser la place à des plus jeunes aux dernières élections. Je ne viens pas vous voir en tant qu’élu. En fait, je vais être direct, vous avez sans doute lu dans La Dépêche…

— Non, je ne lis pas les journaux locaux, je devrais peut-être, mais je n’en ai jamais pris l’habitude.

— Alors vous ne savez pas qu’on a retrouvé un cadavre dans la forêt, au Plo del May ?

— Non, en effet, mais vous savez que j’ai quitté la police depuis quelques temps. Je ne vais pas…

— Ah non ! Ce n’est pas ça. En fait, laissez-moi expliquer. Avec mon camarade Guilhem Alric, l’ancien menuisier, on a trouvé ce type dans les bois. Il était curieusement habillé, enfin, pas comme de nos jours, vous voyez ?

— Pas vraiment, répondit Laurent, un peu dubitatif.

— Sa veste, sa chemise et sa cravate verte, j’ai fait remarquer à Guilhem que ça me faisait penser à Derrick, le policer allemand.

— Oui, ça je connais.

— Et quand on est repassés devant la stèle au Plo del May, j’ai pensé qu’il y avait peut-être un lien.

— Un lien ? s’étonna Cazenave.

— Une histoire de vengeance peut-être, à cause des combats qui ont eu lieu dans le secteur, avec le maquis.

— Mais c’était il y a plus de quatre-vingt ans, ceux qui ont vécu ces événements sont tous déjà morts.

— C’est vrai, vous avez raison. Vous savez, j’ai été instituteur ici, et avec mes élèves, je n’ai jamais manqué d’évoquer cette période, mais je ne suis pas un spécialiste. Par contre, je crois que votre père s’intéressait à l’histoire de la région.

— C’est vrai, concéda le policier. Mon père était très jeune à la fin de la guerre, je crois qu’il avait dix ou douze ans, mais cette période l’avait beaucoup marqué.

— Vous avez conservé ses archives ? demanda Pujol.

— Sauf si ma mère a fait le ménage après sa mort, moi je n’ai rien jeté.

— C’est peut-être beaucoup demander, mais vous croyez qu’on pourrait regarder ça ?

— Je ne vous promets rien, mais je vais voir ce que je trouve, et je vous le ferai savoir.

Quelques minutes plus tard, son visiteur reparti, Laurent Cazenave monta à l’étage. La pièce qui avait servi de bureau à son père était restée telle qu’au moment du décès de celui-ci, quelques années plus tôt. Ni la pharmacienne, ni son fils n’y avaient touché. Quand le commissaire poussa la porte, c’est l’odeur qui le surprit le plus. Une odeur de vieux papier et de poussière, cette même poussière qui dansait dans le rayon de lumière du jour déclinant. Cazenave connaissait la passion de son père pour l’histoire de la résistance locale, mais il n’imaginait pas la somme de documents amassés. La pièce était meublée sommairement, ressemblant plus à un galetas qu’à un bureau. Quelques étagères croulaient sous les livres et les piles de carnets et de classeurs. Une simple table de travail, proche de la fenêtre avec une chaise en paille, pas d’ordinateur ni aucun autre appareil moderne, juste un vieux poste de radio à lampes, vestige d’un temps révolu. Pierre Cazenave n’avait pas seulement collectionné les documents, il les avait répertoriés et résumés dans une série de cahiers d’écolier, soigneusement identifiés, avec des indications de lieu et de date sur la couverture. Sans surprise, l’essentiel se concentrait sur l’été 1944.

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