Chapitre 11
Mercredi 1er octobre
La réponse ne s’était pas faite attendre. Le message attendait l’adjudante à son arrivée à la Section. Les services consulaires allemands confirmaient l’identité de Rudolf Kaiser et son domicile à Podsdam. Une fiche d’identité détaillée était jointe, comprenant le relevé d’empreintes digitales. La rubrique profession mentionnait journaliste indépendant. Elle s’empressa de comparer les images papillaires au relevé fait par le légiste. Sans être spécialiste, la concordance semblait acquise, mais elle préféra avoir une confirmation immédiate en allant soumettre les échantillons à ses collègues techniciens.
— Il n’y a aucun doute, confirma le TIJ après avoir scanné l’image. Ces deux relevés correspondent parfaitement.
— Au moins, nous savons à qui nous avons affaire.
De retour dans son bureau, Clarisse lança une recherche sur le web. Sur son écran, une pleine page de réponses s’afficha. Rudolf Kaiser devait être un nom fréquent en Allemagne. Elle affina la recherche en ajoutant le mot journaliste. La liste était encore longue, mais semblait plus pertinente. Après avoir exploré quelques liens, elle arriva sur une page qui lui parut intéressante. Elle utilisa l’option de traduction automatique pour se faire une meilleure idée. Le site contenait une biographie succincte de l’auteur qui se présentait comme journaliste historien, spécialisé dans les événements méconnus de la seconde guerre mondiale. Une petite photo confirmait l’identité de l’auteur et du cadavre de la Montagne Noire. L’adjudante parcourut le sommaire. La plupart des sujets faisaient état d’exactions commises par l’armée allemande, des unités SS en particulier. Clarisse reconnut quelques noms qui évoquaient quelque chose pour elle, comme Oradour ou Varsovie, ainsi que d’autres qui ne lui disaient rien, Frankolovo par exemple. Une mention particulière était faite aux Einsatzgruppen en Ukraine et en Biélorussie.
Les articles avaient en commun de citer les noms des officiers qui avaient dirigé ces opérations et de rechercher ce qu’ils étaient devenus après 1945. Il n’y avait pas d’entrée pouvant avoir un lien avec l’endroit où le corps avait été retrouvé, ni d’évocation de l’histoire de la région. Clarisse se dit que s’il était en train de travailler sur le sujet, il n’était pas étonnant que rien ne soit encore publié. Elle enregistra le lien cers la page et effectua quelques impressions à l’intention du major. En s’appuyant sur cette première découverte, elle arriva sur d’autres articles, signés par Kaiser ou le mentionnant comme contributeur. Elle trouva également la référence d’un ouvrage publié en Allemagne sur ce même sujet.
L’adjudante prit un peu de recul pour réfléchir à ce qu’elle venait de lire. Elle avait grandi en région parisienne, fille de fonctionnaires ultramarins, après avoir commencé sa carrière dans la Gendarmerie dans les Hauts de France, désespérant d’obtenir une affectation dans son ile d’origine, elle avait accepté le poste d’adjoint au chef de la Section de Recherche à Toulouse. Elle avait rejoint sa nouvelle affectation deux ans plus tôt, mais n’avait jamais eu l’opportunité de découvrir l’histoire de la région. Les lieux cités dans le rapport préliminaire ne lui disaient rien et elle ne voyait pas ce qui aurait pu attirer un journaliste allemand, spécialiste de l’histoire des SS, jusqu’à le faire tuer dans la montagne. Il lui fallait de l’aide pour mieux comprendre qui était vraiment Rudolf Kaiser et ce qui avait pu motiver sa venue, si ce n’était le tourisme, mais alors pourquoi aurait-il réservé son hôtel sous un nom d’emprunt.
Clarisse avait eu l’occasion de participer à des formations dans le cadre des relations entre forces de police européennes. Elle avait fait la connaissance d’un officier de la Bundeskriminalamt, basé à Berlin. Il ne lui fallut pas longtemps pour retrouver ses coordonnées et lui envoyer un courriel. En attendant sa réponse, il lui fallait se préoccuper de la Golf de location.
— Salut Léo, tu as du nouveau sur la voiture de notre individu ?
— Oui, j’allais justement t’en parler. On l’a retrouvée à Mazamet.
— Super, tu veux qu’on en parle à la cantine ? On va manger un morceau avant d’aller voir sur place.
Les deux gendarmes se retrouvèrent avec leur plateau et s’installèrent à une table un peu isolée.
— C’est la police municipale qui est intervenue le samedi 27, tôt le matin. C’est jour de marché et le stationnement est interdit ce jour là. Quand les premiers commerçants sont venus pour s’installer, la Golf était restée seule sur la place de la Mairie. Elle a été enlevée, mais Mazamet n’a pas de fourrière municipale. La voiture a été amenée à Castres. J’ai téléphoné, elle y est toujours.
— Ce n’est pas étonnant, son locataire ne risquait pas de s’en inquiéter, plaisanta Clarisse. J’espère que nous y trouverons quelques indices pour comprendre ce que cet Allemand faisait ici.

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