Chapitre 14

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Jeudi 2 octobre

L’adjudante Dumaine n’avait pas pour habitude de perdre du temps à l’heure du repas. Elle préférait concentrer ses heures de travail pour avoir un peu plus de temps à consacrer à ses loisirs en fin de journée, en particulier de longues courses le long du canal du Midi ou dans le parc sur l’ile du Ramier. Il lui fallut tout de même attendre que ses collègues de l’Identité Judiciaire aient terminé leur pause déjeuner pour aller leur parler de la valise fauve.

— Nous avons procédé à une recherche d’empreintes sur toutes les surfaces externes, déclara le sergent Modiano, nous n’avons rien trouvé d’autre que celles de l’homme retrouvé dans la montagne.

— On a son identité, répondit Clarisse, il s’appelle Rudolf Kaiser, un journaliste allemand.

— OK, nous l’appellerons Kaiser. La valise était fermée à clé, mais nous n’avons pas trouvé celle-ci dans ses vêtements, pas plus que les clés de chez lui, d’ailleurs.

— En effet, c’est un peu surprenant, ce n’est pas la seule chose qui manque, nous n’avons pas de téléphone portable non plus.

— L’ouverture n’a pas posé de problème, un gamin de dix ans aurait réussi avec un trombone. Sans surprise, des vêtements, déjà portés pour la plupart, quelques affaires de toilette, du genre bon marché, un bouquin en Allemand, Der geteilte Himmel, d’une certaine Christa Wolf, je n’ai jamais entendu ce nom, et je n’ai pas eu la curiosité de chercher. Il y avait aussi un ouvrage en français, sur la libération du Tarn et les FFI pendant la guerre. Je l’ai parcouru, il y a pas mal de pages marquées et annotées.

— C’est cohérent avec ce qu’on sait du personnage, il travaillait sur la seconde guerre mondiale. Je vais regarder ça de plus près, peut-être que je trouverai des noms qu’il aurait pu chercher à contacter. Tu n’as pas trouvé d’agenda ou de carnet d’adresses ?

— Non, mais dans le bouquin, il y avait un petit papier, peut-être un marque page, avec un numéro de téléphone, un numéro français.

— Tu as cherché à qui appartient ce numéro ?

— Non, pas encore, mais on peut le faire tout de suite. C’est un numéro qui commence par 05 63, c’est dans le Tarn. Tiens, voilà, c’est le numéro des Archives Départementales, à Albi.

— Je vais prendre contact. Maillet examine le GPS de la voiture, on verra s’il s’est rendu là-bas.

— Tiens, je te note l’adresse.

— Tu as vérifié s’il y avait un compartiment caché, un double-fond…

— Tu crois que c’était un espion ? plaisanta le TIJ.

— Non, mais il était sans doute un peu parano, répondit l’adjudante. Il voulait peut-être cacher certaines choses.

— On a passé la valise au scanner avant de l’ouvrir, on n’a rien remarqué d’anormal.

— Bon, c’est moi qui me fait un film. Je vais jeter un coup d’œil à ces documents. Je te remercie.

Clarisse retourna à son bureau avec les deux ouvrages, le roman avait l’air d’avoir déjà bien vécu. C’était une édition bon marché dont la couverture était abimée et les pages jaunies. Arrivée à son poste de travail, elle lança une recherche. Elle découvrit que Christa Wolf était une écrivaine qui avait connu un certain succès en RDA. Son œuvre la plus célèbre était Le Ciel partagé, le livre qu’elle avait entre les mains, racontant l’histoire d’une jeune femme déchirée entre son amour pour un homme passé à l’Ouest et sa loyauté envers le régime socialiste de l’Est. Elle parcourut rapidement les feuillets, sans rien découvrir de particulier. Elle nota qu’il lui faudrait en parler au traducteur, quand il se présenterait.

Le livre français était beaucoup plus récent. Ce n’était pas un écrit grand public, plutôt un travail universitaire. Il regroupait les travaux de plusieurs historiens autour des actions militaires dans le département au moment de la Libération. Plusieurs pages comportaient des annotations en allemand, uniquement dans la section consacrée aux groupes de résistance, et tout particulièrement au CFMN, le Corps Franc de la Montagne Noire. Clarisse se souvint de la suggestion du major de contacter le Musée de la Résistance. Elle décida toutefois de débuter par le numéro trouvé dans le bouquin. Après quelques secondes d’attente, elle eut un correspondant en ligne.

— En effet, dit la voix au bout du fil, nous avons reçu un appel il y a quelques jours d’une personne avec un fort accent allemand. Elle voulait consulter nos archives sur la seconde guerre mondiale, plus particulièrement sur les maquisards.

— Vous pourriez me dire à quand remonte cet appel ? demanda Clarisse.

— Je n’ai pas noté la date exacte, c’était un appel très banal, vous savez, mais je dirais trois ou quatre semaines. En fait, je venais de rentrer de vacances, donc je dirais au tout début septembre.

— Et qu’avez-vous proposé à cet homme ?

— Je lui ai dit qu’il pouvait venir consulter les documents sur place ou accéder à notre fonds numérisé directement en ligne. Il a dit qu’il aimerait pouvoir parler avec une personne connaissant bien cette période.

— Vous lui avez recommandé quelqu’un ?

— Oui, en fait, je ne savais pas trop, alors je l’ai aiguillé sur Monsieur Marchand, c’est lui qui s’occupe de la partie historique ici, et ensuite je n’en sais pas plus.

— Je pourrais parler à ce Monsieur Marchand ?

— Il n’est pas là cet après-midi, mais je crois qu’il sera présent demain.

— Parfait, vous pouvez prendre un message pour lui ? Dites-lui que l’adjudante Dumaine, de la Gendarmerie de Toulouse, passera le voir en fin de matinée. Je vous laisse mon numéro, qu’il n’hésite pas à me contacter en cas de problème.

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