Chapitre 16

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Vendredi 3 octobre

Miquel Pujol parcourut rapidement les carnets. Sur un de ceux-ci figurait une seule date, 20 juillet 1944. L’instituteur parcourut les notes puis chercha dans les gros cahiers les documents référencés par Louis Cazenave. Plusieurs copies de pages dactylographiées avaient été collées, des transcriptions de récits rapportés par différents acteurs de cette journée funeste.

Récit du Maréchal des Logis Lucien Castaing (dit Castor)

Le matin du 20 juillet, à l’aube, je suis parti avec deux camarades, Paul Duclos (qu’on appelait Bébert, je ne sais pas pourquoi) et Jacques VanMarle (surnommé La Frite, à cause de son accent belge). Nous avions pris un camion Opel Blitz, capturé lors d’une embuscade quelques jours plus tôt, pour aller chercher du ravitaillement dans le village de Dourgne, au pied de la montagne. Nous sommes passés dans une ferme, un peu à l’écart, où nous avons récupéré un demi-cochon et du lait, puis dans une autre où nous avons chargé des pommes de terre. Le ravitaillement était toujours un problème car il y avait quand même un paquet de gars à nourrir en haut. La Frite était à l’arrière, avec le chargement. Il avait avec lui son FM Bren. Bébert était à côté de moi, la mitraillette Sten sur les genoux. Heureusement, à cette heure matinale nous n’avons rencontré personne. C’est en remontant vers Montalric que nous avons entendu les avions. Je me suis engagé dans un petit chemin, sous les arbres et nous sommes descendus du camion. Ce n’est pas après nous qu’ils en avaient. Ils ont fait un premier passage puis ils sont revenus et là ça a commencé à tomber. Ils ont largué des bombes, de là où on était, on ne les voyait pas, bien sûr, mais on a bien entendu les explosions. Quand ils sont repartis, on a repris la route. Quand on est arrivés au col, près du Plo del May, on a vu la fumée. Des cabanes brûlaient. On a laissé le camion et on a fini à pied, l’arme à la main. Ce n’est pas là que les bombes étaient tombées, j’apprendrais plus tard que c’était sur La Galaube, mais le camp avait été mitraillé par les avions. Le groupe commençait tout juste à se réorganiser quand un éclaireur est arrivé en courant. Des boches arrivaient par la route de La Prune. René Gayral a pris un peloton et est parti en disant qu’il allait les retarder pour nous laisser le temps de nous replier. Je n’ai pas participé au combat de La Prune, nous sommes partis en camion, avec tout ce qu’on avait pu sauver, vers le pic de Nore.

Pujol parcourut les feuillets suivants, plusieurs pages relataient des faits similaires, recueillis tels quels auprès des hommes qui avaient vécu cette journée. Miquel s’arrêta sur un document dont le titre mentionnait le lieu-dit La Prune.

Le combat de La Prune, 20 octobre 1944, par le Cavalier Raymond Rivals, dit La Flèche.

Le 20 juillet, nous avons été réveillés par un grondement qui montait de la vallée. Nous sommes sortis en vitesse des baraquements avec nos armes et nous nous sommes dispersés autour du camp. Quelques minutes plus tard, les avions sont arrivés au-dessus de nous. Il y en avait huit, des JU-88, des bombardiers bimoteurs. Je n’en avais jamais vu autant. Ils venaient droit sur nous et ils ont commencé à attaquer à la mitrailleuse. Les rafales hachaient les branches des arbres tout autour de nous, heureusement, ils visaient les cabanes, maintenant vides. Ils devaient avoir des balles incendiaires, parce que rapidement, on a vu de la fumée. Quelque part à ma gauche, j’ai entendu des tirs qui venaient de chez nous, j’ai entendu crier « Je l’ai touché, je l’ai touché », j’ai su un peu plus tard que deux avions avaient été atteints et s’étaient éloignés dans un panache de fumée. Le répit a été de courte durée. Un peu avant midi, on commençait juste à se regrouper, un éclaireur est arrivé en courant. « Les boches arrivent par la route de La Prune, ils sont nombreux, des camions, des blindés ». René Gayral, dit Le Rouge, a demandé des volontaires pour aller les retarder et laisser le temps au reste du groupe de se replier en bon ordre. On est partis une quinzaine avec tout le matériel qu’on pouvait porter. René nous a placés à des emplacements qui nous permettaient d’avoir la route en enfilade, en restant bien cachés. Le terrain était favorable pour nous. On a réussi à les bloquer pendant un bon moment, on a détruit des camions et même un char avec des tirs de grenades lancées par Ferrié et Adam. On a rapidement mis pas mal de boches hors de combat, mais ils étaient nombreux et ils ripostaient sérieusement. Ils avaient des mortiers. On a tenu plus de deux heures, en économisant les munitions, puis René a donné l’ordre de décrocher. On a fini par rejoindre les autres avant de partir pour le pic de Nore.

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