Cancoillotte et Tour Eiffel

de Image de profil de Haldur d'HystrialHaldur d'Hystrial

Avec le soutien de  Wendie P. Churt, C.Lewis Rave, Marga Peann 
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Coucou ma Charlotte <3,

Tu as beau être partie depuis seulement deux jours, tu me manques terriblement. Heureusement, j’ai Agathe et Marceau près de moi ! Je n’imagine pas comme tu dois te sentir seule là-bas. Je sais que c’est pour notre beau projet, mais je ne peux pas m’empêcher de me sentir triste. Les enfants ont demandé après leur Maman Lolotte. Ils savent qu’on ne pourra pas souvent se voir le temps que durera ta formation, mais ils sont si petits, ils ne comprennent pas bien. Vivement le week-end que l’on puisse tous se retrouver !

J’ai une idée que je voudrais explorer avec toi. Si tu veux bien. Il s’agirait est de se rappeler les débuts de notre amour. Nous souvenir de ces moments serait un très bel exercice amoureux, et j’ai dans l’esprit que nos enfants aimeraient lire notre histoire plus tard. Nous pourrions en faire un livre, nous serions peut-être un exemple pour des jeunes filles qui choisiraient de l’ouvrir.

Je vais commencer pour voir ce que ça donne, et si tu es d’accord, tu pourras écrire la suite. Ne te sens pas obligée ma Chacha.

Peut-être que ce sera étrange pour toi, mais pour d’éventuels lecteurs qui ne nous connaissent pas, je dois y mettre du contexte.

***

C’était pendant l’hiver 2018, dans les grands immeubles Haussmanniens du seizième arrondissement où je vivais avec mes parents.

Mon père m’avait fait venir dans son cabinet de travail, pièce froide et impersonnelle à l’image de tout l’appartement. Son grand bureau, étalé en plein milieu de la pièce, est le seul meuble. Trois énormes écrans en sont les uniques ornements. Pas un papier n’y traîne : mon père ne conserve pas de document, tout est numérisé. À l’image des lieux, Papa, un homme grand et mince, au crâne dégarni, un costume de prix mais d’une tristesse épouvantable, ne laisse apparaître que peu d’émotion sur son visage. Que l’on ne s’y trompe pas, c’est une bonne personne : lorsque j’habitais chez eux, il se montrait toujours courtois, n’avait jamais un mot désagréable envers ma mère ou moi-même et n’était pas avare de son temps.

Ce jour-là, il souriait. Un sourire étrange que je compris être une sorte d’excitation intérieure intense :

— Aujourd’hui c’est l’ouverture de parcours sup ! Assieds-toi, on va parler de ça.

J’acquiesçai. Il projetait sur moi son excitation de me voir intégrer une école d’ingénieur. Cela me rappela la première fois qu’il m’avait emmenée à l’opéra. Il s’attendait à ce que j’aime les mêmes choses que lui, que je marche dans ses pas.

Je pris place sur une chaise de bureau qu’il garde toujours en cas de visite. Je me laissai glisser à ses côtés pour voir les écrans.

— Alors Estelle, toujours prête pour des études d’informatique ?

Quel autre type d’études aurais-je pu vouloir suivre ? À cette époque, lorsque je n’étais pas avec Audrey, je passais mon temps les doigts sur un clavier à expérimenter toutes sortes d’algorithmes.

— Je n’imagine pas faire autre chose. Ce serait plutôt dans l’embarqué, j’ai envie de faire des choses utiles.

Je pensai alors aux différents petits robots que j’avais programmés au lycée. Le professeur nous faisait écrire quelques lignes de code, et l’on commandait un moteur pour qu’il tourne dans un sens ou dans un autre, en fonction des stimuli exercés sur un capteur. Dans mon esprit, si j’approfondissais ce genre de connaissances, je pourrais créer des objets extraordinaires. Bien sûr pas toute seule, il faudrait des électroniciens, mécaniciens…

Il se frotta les mains, toujours avec cette étrange lueur dans les yeux.

— Je connais une école qui te plairait. C’est celle où j’ai étudié. À l’époque ça s’appelait l’institut Polytechnique de Sévenans, mais aujourd’hui, ils ont créé l’UTBM. C’est les mêmes gens, mais c’est bien plus grand, ils ont fusionné avec une autre école d’ingénieur du coin. Il y a une filière pour faire de l’embarqué, j’ai vérifié.

C’était donc cela, encore une fois marcher dans ses pas. Quelque part, cette idée de transmission ne me dérangeait pas. Après tout, une école ou une autre, quelle importance ? Tant que je pourrais y étudier les matières dans mon centre d’intérêt.

Il navigua sur le site, me montra la formation, d’après mes résultats scolaires, je n’avais quasi aucune chance de rater le concours d’entrée.

— Et comme ça tu pourras passer voir tes grands-parents de temps en temps.

Je ne cachai pas ma surprise.

— Tes parents ?

Il opina.

— Mais alors, ce n’est pas à Paris, et comment je vais faire avec Audrey, je ne pourrai plus la voir autant !

Il enleva ses lunettes qu’il posa sur la table. Je sentis arriver un point de discussion auquel il avait mûrement réfléchi.

— Tu la verras tous les week-ends, ne t’en fais pas. Mais tu sais, la distance est aussi un bon moyen d’éprouver son couple. Si vous tenez vraiment l’une à l’autre, vos liens s’en trouveront renforcés, vous ressentirez une bien plus grande joie à chaque fois que vous vous retrouverez.

— Et sinon ?

Il soupira.

— Sinon, c’est que ce n’était pas la bonne personne pour toi. Lorsque l’on aime suffisamment, la séparation est cruelle, mais elle n’efface pas les sentiments. Tu sais, ta maman et moi avons dû vivre ainsi pendant un long moment lorsque j’ai été appelé ici, au siège de Stellantis. Elle ne voulait pas perdre son travail et a dû attendre plusieurs années avant d’obtenir sa mutation. Notre couple a tenu, et lorsque l’on a pu vivre à nouveau réunis, tu es arrivée.

Me séparer d’Audrey pour cinq ans, même si la possibilité de se voir pendant les week-ends et les vacances était bien là, ne m’enchantait guère. Mais ce n’était pas tout :

— Ça veut dire aussi s’exiler en province. Ça fait bien des années que nous ne sommes pas allés chez Papy et Mamie, mais il ne me semble pas me souvenir d’une grande ville avec toutes les distractions qu’elle offre.

— Justement, les distractions… Parlons-en. Pendant les études, il vaut mieux se tenir loin de ces choses-là. Avoir de bonnes notes nécessite une certaine abnégation et une concentration sur le travail.

Il avait bien bossé son sujet et avait réponse à tout. Que pourrais-je lui rétorquer ? Alors que je cherchais mes mots, il ajouta :

— Je pense aussi qu’il serait bon que tu puisses prendre une certaine indépendance. Tu dois apprendre à t’occuper de toi-même sans dépendre de nous. Te faire à manger, gérer ton travail, l’argent que l’on mettra à ta disposition. Ça fait partie des cases à cocher pour apprendre la vie.

Là il marquait un vrai point. J’aimais bien mes parents, c’est certain, mais la perspective de partir vivre ma vie ne me déplaisait pas. Il me suffirait de convaincre Audrey à candidater pour une école dans la même ville et ce serait génial. Nous profiterions d’une si belle opportunité pour apprendre à vivre ensemble !

— C’est d’accord !

Je vis mon père se frotter les mains, il avait eu ce qu’il voulait, et si je me débrouillais bien avec ma petite amie, nous allions vivre quelque chose de beau.

— Montre-moi les formations disponibles dans le commerce pour ta ville.

Je me penchai pour lire son écran :

— À… Belfort c’est cela ?

— Ce n’est pas ma ville. Tu sais bien que je viens de Montbéliard. Belfort, est à peine à vingt kilomètres.

Mon père me regarda avec étonnement. Je le détrompai avant qu’il ne pose la question :

— Ce n’est pas pour moi, c’est pour Audrey.

— Tu penses à tout, tu es bien ma fille !

— Je ne vais pas la persuader de venir sans un dossier bien préparé, je suis à bonne école avec toi.

Je réussis cette fois-ci à lui arracher un petit rire, luxe qui, n’était pas monnaie courante chez mon père. Mais surtout, je sentais sa fierté.

— Alors voilà…

Tout en parlant il faisait défiler les formations relatives au commerce.

— Mmm un B.U.T, ce n’est pas vraiment pour donner envie à ta copine ça ! Ah ! Attends, ici, il y a l’ESTA, c’est plutôt technico-commercial, mais ça prépare à de belles carrières, cette école est connue depuis longtemps dans la région. Il y a aussi l’ECM… commerce et management, ça a l’air plutôt bien, ils font des bac+5 à priori. Sinon il y a une prépa aux grandes écoles au Lycée Follereau.

— Merci Papa, je me rends chez elle. À tout à l’heure !

Je commençai à réfléchir aux moyens qui me permettraient de lui présenter la situation.

***

Je ne t’avais jamais raconté cette partie de ma vie, ça me fait remonter de vieux souvenirs, et pas les meilleurs quand je pense à cette charogne d’Audrey.

Gros bisous ma Chacha, réponds-moi vite, on se textote un peu ce soir ?

Ta Tetelle qui t’aime.

PS : Agathe et Marceau veulent t’écrire quelque chose aussi.

lnkql flkfs ! kejfls Kjshksf slkfjs sdfksuo

Ça veut dire : « Beaucoup de bisous pour toi Maman Lolotte » (Ils s’y sont mis à deux, j’ai eu la traduction)

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Parcours sup, EstelleChapitre7 messages | 6 jours
Parcours sup CharlotteChapitre7 messages | 1 semaine

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