La famille Santos habite dans la banlieue bordelaise, là où quelques tours se disputent les cimes, dans ce lieu de passage où les cultures se rencontrent.
Les Santos sont de ces immigrés qu’on dirait presque des saints : ils ont fait le salto, le saut des frontières, pour rejoindre le pays des libertés — la France. La première génération a fui la dictature de Salazar, portée par l’espoir d’une vie meilleure.
Ils ont la nostalgie de leur pays qu’ils aiment tant. La saudade épouse les murs de leur appartement, s’accroche aux rideaux, aux photos, aux silences. Leur culture d'origine est louée, glorifiée : là-bas, tout serait mieux. L’air y serait plus chaud, les paysages plus escarpés, plus fiers, plus vrais. Et la nourriture… quelle merveille. En France, il y a bien les croissants et les chocolatines — pour ceux du Sud, et ils ont raison — mais les Français, pensent-ils, connaissent-ils seulement le pastel de nata ou le bolo Viriato ? Cette pâtisserie porte le nom du guerrier lusitanien qui repoussa, à maintes reprises, les légions romaines.
Les Santos sont de ces étrangers que l’on remarque à peine, tant ils sont silencieux. Ils respectent les règles, n’élèvent la voix que pour célébrer un but de la Seleção.
La routine berce leur quotidien : on se réveille tôt, on va au boulot. Car bien sûr, les Santos sont travailleurs. Ils n’éprouvent pas de plus grande fierté que de recevoir l’assentiment des leurs — et, parfois, celui de leurs frères latins : les Français.
La famille compte aussi deux enfants scolarisés dans l’école publique. Ils sont l’ouverture vers le nouveau monde.
Mais il y a un détail que les Santos taisent, même entre eux : derrière la fierté du travail, il y a une fatigue qui ressemble à une chaîne.
Un mensonge poli, transmis comme un héritage.
Et ce sont souvent les enfants qui finissent par le voir les premiers.