MISE EN ABYME
Je revenais donc d'Australie, les poches vides… et après un séjour dans un hôtel… aussi moisi que du jambon laissé à l'air durant une semaine, voire un mois… n'ayons pas peur des mots. Opale n'avait pas menti… c'était pas un hôtel, c'était un trou à rats… et franchement, du rat au barbecue, même ceux-là… c'est maigrichon !
Leur sable… ils peuvent s'asseoir dessus… Opale avait encore raison, plage interdite… donc, à part perdre trois jours sur place à cuire comme une tranche de lard dans un bled loin de la plage et RIEN à faire… j'suis retourné chez moi… Et là, surprise, un chauffeur m'attendait, des mots d'excuses à la pelle… et un chèque de dédommagement… bon, pas une fortune non plus, mais ça permettrait de remplir le frigo et pleurer les pertes…
J'ai cru qu'il me ramenait chez moi… l'animal… tu parles… direction un obscur centre de formation où j'ai rien compris… un cours bonus réservé aux recrues prometteuses… faut croire qu'ils ont lu mon carnet rose ou mes pages blanches maculées d'encre… et que ça leur a plu… y'a des plus fous que moi… ou des gens comme mon IA qui relit mes textes, j'en sais rien, mais si c'est offert et tant qu'il y a un buffet charcuterie… je prends !
Pas un mot sur le trajet… surprise, qu'il a dit le chauffeur… tu parles, j'angoisse comme une andouillette qui va passer à la poêle…
Et donc, me voilà face à un mec qui veut me faire suivre un cours en accéléré… Mais bordel, c'est quoi cette formation… le type veut me faire regarder une vidéo et… transcrire ce que je vois ???? Mais il est encore plus con que ce que j'avais pensé…
Allez, vas-y, lance-la ta vidéo… qu'on rigole… ah, y'a des instructions… je dois parler des… accessoires et la lumière ???? J'peux pas parler de ce qui se passe… mais j'vais raconter quoi, moi…. Pourvu qu'il me sorte un barbac en famille ou un reportage sur le boucher du coin, que ce soit intéressant…
La vidéo passe une première fois… MON DIEU… c'est qui ça… y'a rien à manger sur cette greluche… y'a que la peau sur les os, même un chien n'en voudrait pas… ou la garderait pour les jours de disette…. Limite, il lui filerait ses croquettes pour l'engraisser un peu….
Bon, on va faire au mieux…. Verra bien le résultat…
Texte 1 :
Elle est dans le noir… presque total. Seules des LED mauves éclairent derrière elle. Peu importe comment elle bouge, sa montre crée des reflets à la lumière ambiante… on ne peut la rater sur son poignet… enfin ses poignets nus. Elle est aussi dorée que ses grandes boucles d'oreilles rondes qui oscillent au gré de ses déplacements de gauche à droite.
Un homme lui tend un livre dont elle se saisit en parlant… un moulin à paroles d'ailleurs. Il est déjà ouvert à la bonne page… On peut rapidement voir la couverture… un livre de contes pour enfants. Lorsqu'elle commence la lecture, les LED changent de couleur, donnant l'ambiance liée à la lecture, faisant la transition entre son propos et ce qu'elle lit.
Sa tunique noire lui colle à la peau… lorsqu'elle est dans l'ombre, seul son teint rosé se distingue… elle est noyée dans l'absence de décor, dans le noir lié à la scène… aussi noir que ses propos, soit dit en passant.
Toute sa lecture se fait le livre dans une main, l'autre pour appuyer son propos. Jamais elle ne le laisse tomber ou le referme par un mauvais geste.
Lorsque son propos devient cynique, elle marque la page d'un doigt pour disposer de ses deux mains et du livre comme élément appuyant ses propos d'une justesse effarante. Le livre devient une arme masquant son contenu… qui n'est pas pour les enfants comme l'indique pourtant la jaquette.
Au plus l'histoire narrée manque de cohérence, au plus elle s'adresse au livre, comme si les personnages pouvaient lui répondre… délaissant ainsi ceux qui l'écoutaient lire l'histoire.
Comme elle termine de lire, elle referme le livre pour ce qu'il est, un tissu de mensonges, et le jette au plus loin d'elle. La revoilà seule, sans accessoires dans le noir… éclairée par des LED bleues.