Micmac
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A l’ouverture du testament, le notaire prit le temps de s’éclaircir la voix. Il arrêta aussi son regard sur les six personnages qui lui faisaient face, essayant de deviner l’intériorité de chacun d’entre eux. Il pressentait que sans doute, la bataille serait rude. Il était impossible qu’il n’y eût aucune contestation. Mais le message avait été clair : telle est ma volonté. Toute ma longue vie, j’ai bourlingué partout dans le monde. J’ai voulu transmettre à mes enfants, une certaine idée du Grand Large. Bien que sans doute, leur reproche majeur soit de n’avoir pas été suffisamment là, j’ai toujours privilégié quand je revenais au port, une qualité d’écoute et une présence absolue. Je partais certes de longues semaines. Ainsi va la vie des marins. Mais je veillais de loin et je savais tout de la fragilité de Maryse, du dilettantisme de Mathieu, de la générosité de Mathilde, de l’agressivité de Myriam, de l’orgueil de Maxime et du narcissisme de Marc. Sous la douce férule de leur mère, un pont virtuel nous reliait. J’ai crû longtemps que ce serait suffisant. Mais aucun d’entre eux n’a pu ou voulu s’accrocher à un projet où se lancer dans un dessein exaltant. Le notaire commença la lec
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Bonjour la nouvelle. Pas en tant qu’ovni littéraire. En tant qu’information. ADA nous plante. Il y aurait eu échange de mails. En tous cas pas en ce qui me concerne. Après deux ans de participation assidue et prolifique, j’aurais attendu un peu plus de considération. Mais on le constate de jour en jour, tout le monde se fout de tout. Pourtant, la présentation de la structure aussi sérieuse qu’alléchante pouvait laisser augurer d’un cadrage responsable et constructif. Mais que nenni ! Plus prosaïquement, quelqu’un a dû se rendre compte que ce déversoir à élucubrations ne rapportait rien. Exit les écrivaillons. Exit leur inspiration. Exit cette avalanche de textes. Exit le partage. Circulez, y’a plus rien à voir. Vous irez ailleurs chercher de nouvelles fontaines à lectures. Inutile d’écumer les librairies. Aujourd’hui, le vrai challenge est de trouver un Auteur, avec un grand À. Le moule est cassé. Il ne nous reste plus qu’à reprendre nos classiques, les grandes œuvres du passé, exhumées maintenant par les collégiens qui, retrouvent dans l’art de conter à voix haute, l’essence même du sublime. Qu’importe. Dans la grande poubelle galactique qu’est le web, vos écrits perdureront étern
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Les vendanges avaient livré leur tombereaux de raisins. Les vignes désormais désertées allaient prendre un repos bien mérité. Dans quelques semaines, le beaujolais nouveau l’objet d’innombrables avis. Enthousiastes ou critiques, ils assureront avoir décelé, ici des arômes de glands, là, plutôt de cèpes, chacun arguant d’une compétence venue du fond des âges qu’on ne s’aviserait pas de mettre en doute. Emile prétendait que ses terres appartenaient à sa famille depuis tant de générations que son cadran généalogique avait déclaré forfait. On ne pouvait aller plus loin. Gustave ne voulait pas être en reste et bien qu’il ne se soit jamais intéressé à ces graffitis romanesques, il était sûr de sa prééminence et entendait ne pas céder d’un pouce. Pour la énième fois, ils se retrouvaient le troisième jeudi de novembre, dans la cour de la ferme déjà envahie par les habituels aficionados du vin clairet. Ça allait dégénérer ! Épargne moi tes salades Emile. Et n’essaye pas de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Ton vin n’est pas du Fleurie et point barre. Mais sombre abruti. Tu es toi-même incapable de faire la différence entre du vinaigre et du coca. Alors tu penses, en œnologi
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· . C’est quoi l’intérêt ? · . De s’extraire de ce merdier. De voir ailleurs ce qui s’y passe. De larguer les amarres quoi ! · . Oui. Et tu proposes quoi comme destination ? · . La Martinique ou la Creuse par exemple. On a les exotismes qu’on peut. · . D’accord. Et d’où te vient ce désir soudain ? · . J’en ai marre de cet environnement. Je me demande tous les matins pourquoi je me réveille et à quoi ça sert. Je me sens en perdition dans un monde de cinglés où la seule option est de s’accrocher aux branches sans être sûr que ça suffise. · . Ah ben de quoi tu te plains. T’es beau gosse, t’as une copine, t’as un boulot, pas de boulet. Tu gagnes un fric pas possible. Tu fais çe que tu veux. C’est quoi le problème ? · . Je veux du vrai. Du lourd. Pas du futile. Je veux me coucher le soir en me disant que ma journée a été au minimum productive, mais surtout utile, à moi, aux autres, même à l’univers éventuellement. · . Mon Coco, j’ai le regret de te dire que l’idéal n’existe pas et que plus tu avances vers l’horizon, plus il recule. T’avais pas remarqué ? · . Possible mais je pensais quand même que tu serais plus enthousiaste sur ma proposition. Depuis nos culottes courtes, on a tout fai
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Conformément à la tradition dans les pays d’orient, le mariage de Peeraya et de Kumar fut décidé par leur famille dès leur enfance. Elle avait cinq ans, lui, huit. Leurs maisons respectives, toutes deux au bord de l’océan leur offraient un cadre béni, que le soleil levant baignait chaque matin. Leurs familles, de niveau aisé, avaient longuement étudié la topographie des lieux. A flanc de colline, légèrement surélevées, elles résisteraient à la mousson, catastrophe maintes fois affrontée par leurs parents et grands-parents. Quand vint le moment de s’unir, les jeunes gens se plièrent volontiers à la magnificence exubérante prévue par leurs parents. Cinq cent invités, des décors somptueux, de la nourriture à profusion. Les saris multicolores se pressaient dans les allées. Les écharpes chatoyantes virevoltaient au cou des élégantes. Les turbans endiamantés soulignaient l’aristocratie des convives. C’était un spectacle enivrant. Cachée sous son voile, Peeraya arriva, portée sur un trône fleuri ; son jeune fiancé resta interdit devant une telle beauté. La soirée était magnifique. A peine une brise. Les odeurs de jasmin, les épices fumantes enchantaient l’atmosphère. Un moment, l’orchestr
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L’olympisme, ça me connaît. L’an passé, j’ai fait des pieds et des mains pour être recrutée comme bénévole de cette manifestation universelle qui rassemble les foules autour du sport. Non non. Çe n’était pas si simple. Le curriculum vitae exigé devait répondre à un tas de critères divers et variés que vous ne soupçonniez même pas. Mais le mien faisait le poids et c’est comme ça que je me suis retrouvée, vêtue du tee shirt réglementaire, à l’accueil des compètes d’athlétisme. Ça tombait bien, j’ai toujours eu un faible pour le javelot qui me semble le summum de l’élégance gestuelle, a contrario du lancer de disque qui a peut être une aura antique, mais me séduit beaucoup moins. Bref, on m’avait confié une équipe dont le management m’a semblé au moins aussi sportif que ce qui se passait sur le stade. Entre ceux qui oubliaient de se lever, ceux qui regardaient le spectacle confortablement installés sur les sièges qu’ils étaient censés affecter, ceux qui disparaissaient pour une pause prolongée avec des alibis surprenants, j’en passe et de plus subtils, j’ai eu un mal fou à tenir la barre. Il me revenait également la responsabilité du logement des athlètes. Inutile de préciser que cela
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Jamais je n’aurais imaginé être un jour le témoin d’un truc pareil. Je te raconte : tu sais que j’adore le vin. Tu te rappelles, je voulais être intronisé dans la confrérie des Nectars de Gascogne .Tu ne connais pas ? C’est une sorte de communauté ésotérique où les adeptes, triés sur le volet, ne sont acceptés que par cooptation. Déjà, trouver un parrain n’est pas une sinécure. Il faut ramer, crois-moi ! Bref, via l’ami d’un ami d’un ami (capito ?), j’ai réussi à m’infiltrer dans le paysage. Il était prévu une cérémonie très solennelle au cours de laquelle serait remis aux nouveaux impétrants, l’anneau du commensal. Je n’ai toujours rien compris au concept. Tu connais ma curiosité quasi maladive. Je voulais absolument en être, revêtir la toge pourpre de velours et le chapeau emplumé des disciples, cheminer vers le château en m’appuyant sur une crosse presque papale, me sentir tout soudain comme une appartenance à une bulle élitiste. Mes proches en resteraient pantois d’étonnement ? D’admiration ? Avant tout, je devrai faire mes preuves. Le prosélytisme, c’est bien joli, mais encore faut-il assurer ses arrières et potasser correctement les annales afin d’éviter tout malentendu. Les
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Je suis né le 21 décembre 1977. Ça vous parle ? Oui oui, c’est ça ! Je suis le jumeau de notre fringant Président. Dans mon village où je connais tout le monde et inversement vu que j’en suis le maire, on a trouvé ça un moment très réjouissant. Je veux dire il y a 8 ans. Aujourd’hui me semble-t-il beaucoup moins. Chaque fois que je dois inaugurer les chrysanthèmes ou couper un quelconque ruban, il se trouve toujours quelque plaisantin, courageusement caché derrière ses concitoyens, pour balancer la petite blague du jour, plus ou moins acerbe, susceptible de me déstabiliser. Donc, depuis que « jumellement », ma cote de popularité descend les pentes de nos coteaux, je préfère choisir avec discernement les cérémonies et leurs indispensables discours soporifiques ; inutile de tenter le diable. Le déjeuner des seniors est l’occasion de fin d’année à ne pas rater. Les quelques centenaires et nonagénaires qui vivent sur la commune, n’expriment plus que le souhait facile à exaucer de se taper la cloche encore une fois, en espérant une mention spéciale pour le dessert. Justement, ce dimanche, la salle des fêtes a sorti le décor des grands jours. Le sapin a été dressé à l’entrée, nippé des m
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L’édifice était fragile. Il y avait un empilement de si, de comment, de où et de peut-être qui offrait une somme ahurissante de possibilités. J’avais tout noté sur des post-it. De toutes les couleurs. Ils couvraient un mur et je me réjouissais à la seule vue de ce kaléidoscope qui concentrait tous mes espoirs. Chaque item dûment répertorié, ouvrait une porte différente qu’il s’agirait, (ou pas), de considérer pour mener à bien le projet. En fait, je n’avais pas la moindre idée de ce que j’allais faire de ma vie. Je venais péniblement de boucler ma terminale...à 22 ans. J’avais trouvé le moyen de louper mon bac, alors même qu’il est décerné avec allégresse à plus de 90% des élèves. Pas à moi. Je m’étais pris une sérieuse volée de bois vert et... à 22 ans, l’ultimatum était clair : gîte et couvert pendant trois mois. Après, c’est le grand bain. Donc, assis au milieu du foutoir dantesque de ma chambre d’étudiant prolongé, je contemplai toutes les idées, compétences, incompétences diverses qui faisaient mon apanage et mon charme, en espérant apercevoir, sinon saisir, le job qui me permettrait d’assumer mon quotidien, de limiter au maximum toute implication inutile, de préserver ma tran
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Un mec à mèche orange s’avisa de voler Dans un carrosse bleu, direction vieille Europe. Nul n’avait prévenu ce magnat interlope Que sans doute personne ici ne l’attendrait. Dans sa mégalo folle imaginant sans doute Que le prochain éclat vaudrait consécration Multipliant selfies et moultes digressions Il tenta de nous faire avaler sa choucroute. Sans doute l’amour propre en prit un rude coup. Quand des montagnes d’or dirigent la planète, Ne jamais s’étonner de finir marionnettes Qu’il suffit de gifler et de vendre à Moscou. Il est donc grand temps : sauver les apparences Ne le dissuadera pas d’exhiber son nombril Virons ce trublion et son effronterie Aux armes citoyens, réenchantons la France
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Quand je suis rentré ce matin, (j’ai dû rester dehors une demi-heure tout au plus), les bras m’en sont tombés, si tant est qu’ils le peuvent. C’est bien connu : ça n’arrive qu’aux autres et dans le patelin de 180 âmes où j’habite, un cambriolage est aussi fréquent qu’une coulée de neige sous les tropiques. Bref, mon logis a été visité. Non que les lieux présentent de prime abord un intérêt quelconque, à part son atmosphère cocooning. La stupéfaction passée, j’ai entrepris de dresser l’inventaire des objets chapardés. Je suis plutôt du style bric-et-broc et franchement, je ne vois pas ce qui à la revente, présentera le moindre intérêt. Au demeurant on prétextera forcément qu’on est toujours le riche ou le pauvre d’un autre. Dans la rue qui jouxte la maison, des travaux d’assainissement ont duré des lustres. Les allées et venues permanentes, les incursions plus ou moins nécessaires, les entrées et sorties intempestives, tout cela forge mon intime conviction : il y’a eu repérage. J’ose à peine entrer par la porte grande ouverte. Vol, passe encore. Je n’ai aucun culte de la possession. Mais vandalisme sordide gratuit, alors ça, non. Attentif aux bruits du silence, naviguant au milieu d
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. Dictateur moi ? Mais ça va pas la tête ! Tu vas chercher où de pareilles élucubrations. Demande à n’importe qui alentour et tu verras que de l’avis général, je suis le plus chic type de la planète ! . Ca y est ? Tu as fini ? Ok, je retire dictateur et je te propose tyran domestique ; c’est pas mal aussi ! Ça m’évitera de poser la question alentour puisque ça n’est destiné qu’au microcosme familial qui pourra te lister nombre de ses doléances. Et je te rappelle que tu es chez moi ! . Bien sûr. Avec ton habitude de faire tout un monde de la moindre vétille à commencer par ta soi-disant charge mentale, je comprends bien que le fardeau ne soit pas supportable. . Bon. Avant que tu ne prennes la fuite, comme si souvent, je vais te dire une bonne fois pour toutes que j’en ai ras le bol de n’en faire jamais assez selon tes dires. D’accord j’ai de la ressource mais parfois, ladite décide qu’elle en a souper de ressembler à Shiva et sa multitude de bras pour répondre à tous les désidératas de ton altesse ici présente. . Ok. Je dois donc considérer que tu te prends pour un diamant blanc-bleu, sans peur ni reproche et qu’il ne me reste plus qu’à me prosterner devant tant d’altruisme, de magn
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