Micmac
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Défi
A l’ouverture du testament, le notaire prit le temps de s’éclaircir la voix. Il arrêta aussi son regard sur les six personnages qui lui faisaient face, essayant de deviner l’intériorité de chacun d’entre eux. Il pressentait que sans doute, la bataille serait rude. Il était impossible qu’il n’y eût aucune contestation. Mais le message avait été clair : telle est ma volonté. Toute ma longue vie, j’ai bourlingué partout dans le monde. J’ai voulu transmettre à mes enfants, une certaine idée du Grand Large. Bien que sans doute, leur reproche majeur soit de n’avoir pas été suffisamment là, j’ai toujours privilégié quand je revenais au port, une qualité d’écoute et une présence absolue. Je partais certes de longues semaines. Ainsi va la vie des marins. Mais je veillais de loin et je savais tout de la fragilité de Maryse, du dilettantisme de Mathieu, de la générosité de Mathilde, de l’agressivité de Myriam, de l’orgueil de Maxime et du narcissisme de Marc. Sous la douce férule de leur mère, un pont virtuel nous reliait. J’ai crû longtemps que ce serait suffisant. Mais aucun d’entre eux n’a pu ou voulu s’accrocher à un projet où se lancer dans un dessein exaltant. Le notaire commença la lec
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Les vendanges avaient livré leur tombereaux de raisins. Les vignes désormais désertées allaient prendre un repos bien mérité. Dans quelques semaines, le beaujolais nouveau l’objet d’innombrables avis. Enthousiastes ou critiques, ils assureront avoir décelé, ici des arômes de glands, là, plutôt de cèpes, chacun arguant d’une compétence venue du fond des âges qu’on ne s’aviserait pas de mettre en doute. Emile prétendait que ses terres appartenaient à sa famille depuis tant de générations que son cadran généalogique avait déclaré forfait. On ne pouvait aller plus loin. Gustave ne voulait pas être en reste et bien qu’il ne se soit jamais intéressé à ces graffitis romanesques, il était sûr de sa prééminence et entendait ne pas céder d’un pouce. Pour la énième fois, ils se retrouvaient le troisième jeudi de novembre, dans la cour de la ferme déjà envahie par les habituels aficionados du vin clairet. Ça allait dégénérer ! Épargne moi tes salades Emile. Et n’essaye pas de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Ton vin n’est pas du Fleurie et point barre. Mais sombre abruti. Tu es toi-même incapable de faire la différence entre du vinaigre et du coca. Alors tu penses, en œnologi
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Conformément à la tradition dans les pays d’orient, le mariage de Peeraya et de Kumar fut décidé par leur famille dès leur enfance. Elle avait cinq ans, lui, huit. Leurs maisons respectives, toutes deux au bord de l’océan leur offraient un cadre béni, que le soleil levant baignait chaque matin. Leurs familles, de niveau aisé, avaient longuement étudié la topographie des lieux. A flanc de colline, légèrement surélevées, elles résisteraient à la mousson, catastrophe maintes fois affrontée par leurs parents et grands-parents. Quand vint le moment de s’unir, les jeunes gens se plièrent volontiers à la magnificence exubérante prévue par leurs parents. Cinq cent invités, des décors somptueux, de la nourriture à profusion. Les saris multicolores se pressaient dans les allées. Les écharpes chatoyantes virevoltaient au cou des élégantes. Les turbans endiamantés soulignaient l’aristocratie des convives. C’était un spectacle enivrant. Cachée sous son voile, Peeraya arriva, portée sur un trône fleuri ; son jeune fiancé resta interdit devant une telle beauté. La soirée était magnifique. A peine une brise. Les odeurs de jasmin, les épices fumantes enchantaient l’atmosphère. Un moment, l’orchestr
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L’olympisme, ça me connaît. L’an passé, j’ai fait des pieds et des mains pour être recrutée comme bénévole de cette manifestation universelle qui rassemble les foules autour du sport. Non non. Çe n’était pas si simple. Le curriculum vitae exigé devait répondre à un tas de critères divers et variés que vous ne soupçonniez même pas. Mais le mien faisait le poids et c’est comme ça que je me suis retrouvée, vêtue du tee shirt réglementaire, à l’accueil des compètes d’athlétisme. Ça tombait bien, j’ai toujours eu un faible pour le javelot qui me semble le summum de l’élégance gestuelle, a contrario du lancer de disque qui a peut être une aura antique, mais me séduit beaucoup moins. Bref, on m’avait confié une équipe dont le management m’a semblé au moins aussi sportif que ce qui se passait sur le stade. Entre ceux qui oubliaient de se lever, ceux qui regardaient le spectacle confortablement installés sur les sièges qu’ils étaient censés affecter, ceux qui disparaissaient pour une pause prolongée avec des alibis surprenants, j’en passe et de plus subtils, j’ai eu un mal fou à tenir la barre. Il me revenait également la responsabilité du logement des athlètes. Inutile de préciser que cela
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Je suis né le 21 décembre 1977. Ça vous parle ? Oui oui, c’est ça ! Je suis le jumeau de notre fringant Président. Dans mon village où je connais tout le monde et inversement vu que j’en suis le maire, on a trouvé ça un moment très réjouissant. Je veux dire il y a 8 ans. Aujourd’hui me semble-t-il beaucoup moins. Chaque fois que je dois inaugurer les chrysanthèmes ou couper un quelconque ruban, il se trouve toujours quelque plaisantin, courageusement caché derrière ses concitoyens, pour balancer la petite blague du jour, plus ou moins acerbe, susceptible de me déstabiliser. Donc, depuis que « jumellement », ma cote de popularité descend les pentes de nos coteaux, je préfère choisir avec discernement les cérémonies et leurs indispensables discours soporifiques ; inutile de tenter le diable. Le déjeuner des seniors est l’occasion de fin d’année à ne pas rater. Les quelques centenaires et nonagénaires qui vivent sur la commune, n’expriment plus que le souhait facile à exaucer de se taper la cloche encore une fois, en espérant une mention spéciale pour le dessert. Justement, ce dimanche, la salle des fêtes a sorti le décor des grands jours. Le sapin a été dressé à l’entrée, nippé des m
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. Dictateur moi ? Mais ça va pas la tête ! Tu vas chercher où de pareilles élucubrations. Demande à n’importe qui alentour et tu verras que de l’avis général, je suis le plus chic type de la planète ! . Ca y est ? Tu as fini ? Ok, je retire dictateur et je te propose tyran domestique ; c’est pas mal aussi ! Ça m’évitera de poser la question alentour puisque ça n’est destiné qu’au microcosme familial qui pourra te lister nombre de ses doléances. Et je te rappelle que tu es chez moi ! . Bien sûr. Avec ton habitude de faire tout un monde de la moindre vétille à commencer par ta soi-disant charge mentale, je comprends bien que le fardeau ne soit pas supportable. . Bon. Avant que tu ne prennes la fuite, comme si souvent, je vais te dire une bonne fois pour toutes que j’en ai ras le bol de n’en faire jamais assez selon tes dires. D’accord j’ai de la ressource mais parfois, ladite décide qu’elle en a souper de ressembler à Shiva et sa multitude de bras pour répondre à tous les désidératas de ton altesse ici présente. . Ok. Je dois donc considérer que tu te prends pour un diamant blanc-bleu, sans peur ni reproche et qu’il ne me reste plus qu’à me prosterner devant tant d’altruisme, de magn
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Un mec à mèche orange s’avisa de voler Dans un carrosse bleu, direction vieille Europe. Nul n’avait prévenu ce magnat interlope Que sans doute personne ici ne l’attendrait. Dans sa mégalo folle imaginant sans doute Que le prochain éclat vaudrait consécration Multipliant selfies et moultes digressions Il tenta de nous faire avaler sa choucroute. Sans doute l’amour propre en prit un rude coup. Quand des montagnes d’or dirigent la planète, Ne jamais s’étonner de finir marionnettes Qu’il suffit de gifler et de vendre à Moscou. Il est donc grand temps : sauver les apparences Ne le dissuadera pas d’exhiber son nombril Virons ce trublion et son effronterie Aux armes citoyens, réenchantons la France
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