Corinne D
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Jeanne avait fait des cauchemars pendant longtemps. Elle n’avait jamais imaginé la réalité des coups portés sur un corps et devant celui de son frère, elle comprit que la violence pouvait effacer un visage. Les arcades sourcilières fracassées, les pommettes explosées, sa lèvre tuméfiée laissant entrevoir la chair ensanglantée, elle avait eu du mal à le reconnaître. Son visage était méconnaissable. Ils l’avaient défiguré. Elle eut quelques soubresauts, avant de mettre sa main devant sa bouche pour ne pas vomir. Elle était alors restée prostrée. Pas de cri. Pas de larme. C’était l’officier de police judiciaire qui avait dû la faire sortir de la pièce. Ce ne fut qu’en entendant le hurlement guttural de sa mère, étendue sur ce corps inanimé, qu’elle réalisa. Elle aurait voulu courir vers elle, mais ses jambes ne la tenaient plus. Tout était ensuite allé très vite, bien trop vite. Il avait fallu déposer plainte. L’officier lui proposa d’abord quelque chose à boire. Puis il l’emmena dans un bureau où son père les rejoignit. Ils n’avaient pas eu le temps ni pour un mot ni même un regard. Et ce fut quand il la prit dans ses bras que Jeanne s’écroula. Ils durent répondre à une kyrielle de q
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Jeanne avait fait des cauchemars pendant longtemps. Elle n’avait jamais imaginé la réalité des coups portés sur un corps et devant celui de son frère, elle comprit que la violence pouvait effacer un visage. Les arcades sourcilières fracassées, les pommettes explosées, sa lèvre tuméfiée laissant entrevoir la chair ensanglantée, elle avait eu du mal à le reconnaître. Son visage était méconnaissable. Ils l’avaient défiguré. Elle eut quelques soubresauts, avant de mettre sa main devant sa bouche pour ne pas vomir. Elle était alors restée prostrée. Pas de cri. Pas de larme. C’était l’agent qui avait dû la faire sortir de la pièce. Ce ne fut qu’en entendant le hurlement guttural de sa mère, étendue sur ce corps inanimé, qu’elle réalisa. Elle aurait voulu courir vers elle, mais ses jambes ne la tenaient plus. Tout était ensuite allé très vite, bien trop vite. L’agent lui proposa d’abord quelque chose à boire. Puis il l’emmena dans un bureau où son père les rejoignit. Ils n’avaient pas eu le temps ni pour un mot ni même un regard. Et ce fut quand il la prit dans ses bras que Jeanne s’écroula. Ils durent répondre à une kyrielle de questions qui leur paraissaient dénuées de sens. Mais de tou
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Tout au long de ces chapitres (1, 2 et suivants), je me suis amusée à détourner des éléments de la filmographie (entre autre) de Daniel RADCLIFFE pour en faire une autre histoire. Ce n'est pas du tout une fan fiction, c'est plutôt un roman à double fond, un jeu de piste. Par exemple, Helena, c'est pour Helena Bonham Carter, qui joue Belatrix LESTRANGE, Jocab, parce que c'est son deuxième prénom, et le cinéma, bien sûr. Je crois que ça rend la lecture amusante et une fois le 1er indice trouvé, on relit pour trouver les autres.
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Ce n’était pas la première rentrée pour Jeanne et elle savait qu’elle avait le temps de faire une présentation cohérente de son programme. Pourtant, cette année ne ressemblait à aucune autre. Pour la première fois, elle intégrait le milieu associatif, avec un public adulte. C’était un choix qu’elle avait fait. Elle avait éprouvé le besoin de se sentir utile, vraiment utile et la transmission de son savoir lui était apparue comme une évidence. La directrice l’avait prévenue, leur profil ne présentait aucune difficulté, mais certains avaient traversé des périodes chaotiques et avaient trouvé dans le dessin un moyen d’expression. Comme à chaque rentrée, elle débuterait avec quelques cours sur les bases du dessin ; cela lui permettrait d’évaluer le niveau de chacun, puis, elle proposerait le thème « voir autrement ». Il s’agissait de porter un autre regard sur un objet du quotidien, sur un visage, des mains et d’en percevoir l’invisible. Le thème fut validé par la directrice. Il avait l’avantage d’être universel. En ce premier jour, Jeanne décida de traverser le parc, qui fleurait encore les odeurs chaudes de l’été. En longeant les grilles, elle aperçut la patronne du petit bistrot où
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C’était son père qui avait compris le premier. Chacune de ses recherches était un lien invisible mais tenace qui la reliait encore à lui. Renoncer, c’était l’abandonner définitivement. A chaque impasse, elle s’enfonçait un peu plus. L’histoire tournait en boucle : Qui ? Comment ? Pourquoi ? elle se sentait devenir folle. Il se sentait impuissant. A bout, sa voix résonna comme une véritable claque : — Tu crois que ce sont tes petits découpages qui vont le ramener à la vie ? Tu crois qu’il aimerait te voir dans cet état ? C’est moi qui l’ai traîné dans les stades. Qu’est-ce que tu crois, que je ne me sens pas coupable ? Et en l’attrapant fermement par les bras, il prononça les mots qu’elle avait toujours refusé d’entendre : — Il est mort. Tu m’entends ? Mort. Et toi, tu as la vie devant toi. Je refuse de te voir t’acharner et te détruire à petit feu. Laisse-le partir maintenant et reposer en paix. » Il avait déjà perdu un fils. Il ne laisserait pas sa fille sombrer. Ce fut un choc pour Jeanne, d’une brutalité qu’elle ne lui connaissait pas, et ces mots résonnaient dans sa tête dans un écho assourdissant. Il l’avait blessée. Elle lui en voulait. Il l’avait même traînée jusqu’au cimeti
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Jeanne avait fait des cauchemars pendant longtemps. Elle n’avait jamais imaginé la réalité des coups portés sur un corps et devant celui de son frère, elle comprit que la violence pouvait effacer un visage. Les arcades sourcilières fracassées, les pommettes explosées, sa lèvre tuméfiée laissant entrevoir la chair ensanglantée, elle avait eu du mal à le reconnaître. Son visage était méconnaissable. Ils l’avaient défiguré. Elle eut quelques soubresauts, avant de mettre sa main devant sa bouche pour ne pas vomir. Elle était alors restée prostrée. Pas de cri. Pas de larme. C’était l’officier de police judiciaire qui avait dû la faire sortir de la pièce. Ce ne fut qu’en entendant le hurlement guttural de sa mère, étendue sur ce corps inanimé, qu’elle réalisa. Elle aurait voulu courir vers elle, mais ses jambes ne la tenaient plus. Tout était ensuite allé très vite, bien trop vite. Il avait fallu déposer plainte. L’officier lui proposa d’abord quelque chose à boire. Puis il l’emmena dans un bureau où son père les rejoignit. Ils n’avaient pas eu le temps ni pour un mot ni même un regard. Et ce fut quand il la prit dans ses bras que Jeanne s’écroula. Ils durent répondre à une kyrielle de q
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C’était décidé. Des nuits entières passées à fixer le plafond, à tenter d’imbriquer ce qu’elle savait d’Elias et des Ombres de fer. Elle avait repassé chacun de ses gestes, espérant y déceler un indice, si minime soit-il. Peine perdue. Pourtant, elle en était convaincue : un élément reliait les pièces du puzzle — la patronne. Elias n’était pas allé à l’école par hasard et si le gamin l’avait suivi sans hésiter, c’était parce qu’ils se connaissaient. Qu’il avait le droit de le récupérer. Une sacrée preuve de confiance. Il fallait qu’elle reste discrète. Ne pas laisser la curiosité prendre le dessus. Chaque fois qu’elle passait près de la table d’Elias, elle tentait de jeter un œil furtif à son oreille gauche. Mais Elias ne se laissait pas facilement approcher. Il maitrisait l’art du camouflage : en une fraction de seconde, il pouvait tourner sa tête, reculer sa chaise de quelques centimètres, dans un geste banal mais pas innocent. Il avait visiblement appris à dissimuler ce qui pouvait éveiller les soupçons. Et Jeanne venait de le comprendre. Parallèlement, elle prenait ses habitudes et fréquentait régulièrement le bistrot de la rue Saint Paul. L’endroit sentait les plats mijotés d’
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Au fil des séances, Elias avait développé une sorte de cérémonial. Il posait d’abord son sac à terre, puis réglait sa chaise, ajustait sa table à dessin en fonction de la luminosité de la pièce, et enfin installait méthodiquement son matériel. L’enchaînement était toujours le même. Les crayons, classés dans une boîte par ordre de dureté, en haut de la table ; puis les fusains, rangés dans une petite poche plastique, selon qu’ils soient noirs ou rouges ; enfin une gomme et quelques chiffons. Pour s’essuyer les mains, mais surtout pour travailler les jeux d’ombre. Assis sur son tabouret, il écoutait Jeanne, griffonnait quelques notes sur son calepin pendant que les autres s’installaient dans une certaine cacophonie. Lui, en revanche, écoutait ces consignes avec attention. Il lui arrivait parfois de la fixer quelques secondes, comme s’il voulait lire plus loin que les directives et en saisir l’insaisissable. Puis, sentant son regard devenir trop insistant, il le détournait brusquement, embarrassé. De son côté, Elias avait travaillé encore et encore, cherchant à comprendre le rendu de chaque crayon, à trouver l’inclinaison juste, celle qui donnait un trait ferme, un trait nuancé ou une
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Toujours très impliqué, Jeanne remarqua qu’Elias portait un intérêt tout particulier au cours sur les perspectives, les proportions. Il décortiquait l’espace avec une précision presque dérangeante. Elle devait l’admettre, il était son meilleur élève. Tous, en silence, admiraient la qualité de ses dessins, mais aucun n’osait lui demander quoi que ce soit – ni comment il obtenait un tel résultat, ni même une gomme. Et cela semblait parfaitement lui convenir. La sociabilité n’était pas ce qu’il recherchait. Il s’était fondu dans le groupe sans jamais s’y mêler, comme s’il avait appris à occuper le moins d’espace possible. Même ces petites manies rebutaient un peu les autres ; ne jamais jeter un papier griffonné quand il restait un quart de page blanche, user les mines jusqu’au bout. Une habitude ancrée : ne rien gaspiller. Une économie qui se lisait jusque dans ses gestes, qui dérangeait sans que personne ne sache vraiment pourquoi. Jeanne, elle, y voyait autre chose. Elle y retrouvait l’instinct animal de la patronne… peut‑être le premier maillon d’une longue chaîne. Pourtant, en y repensant, elle réalisa qu’elle ne l’avait encore jamais croisé au bistrot. À part cette fois où elle l
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Debout sur le quai, Jeanne attendait la prochaine rame lorsqu’elle ressentit des vibrations. Son arrivée était imminente. L'atmosphère était étouffante. Puis un bip strident retentit. Les portes se refermèrent comme un couperet sur les derniers voyageurs, quand elle aperçut Elias. Ils n’étaient qu’à quelques mètres l’un de l’autre. Jeanne tenta de rester discrète, mais son regard revenait sans cesse vers lui. Ils descendirent à la même station. Visiblement pressé, Elias sortit le premier ; Jeanne resta derrière, anonyme parmi la foule. Il bifurqua à droite, traversa rapidement la voie et accéléra le pas. Elle traversa à son tour, le suivit sur quelques mètres et réalisa l’absurdité de ce qu’elle était en train de faire, d’autant qu’on l’attendait. Elle rebroussa chemin, chassant de sa tête cette envie d’indiscrétion qui ne la lâchait pas. Elle hésita, fit quelques pas. Malgré elle, elle se retourna et l’aperçut tendre les bras à cet enfant qui s’apprêtait à se jeter dans les siens. Il lui prit la main et ils continuèrent leur chemin. Jeanne resta quelques instants bouche bée, puis reprit sa marche, encore troublée par ce qu’elle venait de voir. Elle aperçut enfin son père, installé
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Au cours des semaines qui suivirent, son jogging matinal devint une habitude. Elle croisait régulièrement le vieil homme et ses oiseaux. Elle n’avait jamais été très sportive, mais la nécessité s’était transformée en un rituel qu’elle avait fini par apprivoiser. Cela lui avait appris à gérer. Il lui avait fallu du temps. Ces dernières années n’avaient pas été faciles. Cela faisait cinq ans maintenant et pourtant la douleur restait vive. Le temps n’effaçait pas tout. Elle n’oublierait jamais ce jour où tout avait basculé. Un de ces samedis de ferveur sportive où les supporters, maillot sur les épaules, écharpe autour du cou et banderoles en main, convergeaient vers le stade. Un point de ralliement. Une véritable marée humaine. On entendait les chants, les cornes de brume, dans une liesse insaisissable. Elle n’avait jamais très bien compris l’intérêt que son frère portait à ce sport. Il l’avait pourtant pratiqué pendant des années, et c’était là qu’étaient nées ses amitiés les plus solides. Leur père l’emmenait souvent voir des matchs : c’était leur moment à eux. Il avait besoin de ce territoire masculin, avec ses codes à lui. Elle n’avait jamais trop insisté, cultivant son propre ja
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Nous avons rendez-vous. C’est une belle matinée qui s’annonce. Les yeux encore lourds de sommeil, je sors de mon lit. Je remplis ma théière — celle en porcelaine blanche, rehaussée de délicates fleurs bleues — que j’ai chinée au marché aux puces, non loin de Notting Hill. En attendant le chuchotement de l’eau frémissante, j’ouvre les volets de mon appartement. C’est un petit appartement cosy, situé non loin du Palace Theatre, dans un immeuble à la façade fatiguée, abîmée, que j’habite depuis plusieurs années. Meublé de deux fauteuils club en cuir marron, patiné, d’une table et deux chaises, d’un buffet en merisier au vernis craquelé, dégotés sur Portobello Road, j’aime sa tapisserie vert d’eau et gris délavés, où se perdent des paons juchés sur les tiges fleuries — fanées — des pivoines roses. Elle se décolle par endroits, laissant entrevoir une autre histoire. Beaucoup d’artistes sans le sou y ont élu domicile. C’est certainement pour cela que j’ai toujours pensé qu’il avait une âme. J’invite le froid piquant à pénétrer par la fenêtre. Pendant ce temps, mon breakfast tea infuse tranquillement et libère toute l’harmonie de ses sens. Je me réchauffe au contact de ma tasse, tout en s
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