La Romance d'Orlando

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SCÈNE 1 : Le Lycée d'Orlando

Le lycée d'Orlando n'était pas un lieu d'apprentissage, c'était une vitrine. Et Matias Braxton, dix-huit ans et déjà héritier d'une fortune immobilière, en était l'objet le plus brillant. Son coupé rouge sang crache un rugissement insolent en se garant sur deux places réservées.
Le coupé se range le long d'une file de véhicules plus chers les uns que les autres.

Une vieille camionnette rouillée s'arrête maladroitement à l'extrême limite du parking. Kalvin Karter en sort, son visage déjà fermé par la frustration. Matias ne le voit pas... mais le fait sentir.
Matias, attrapant négligemment son sac de créateur, jette un regard méprisant vers la camionnette et s'adresse à sa petite amie, d'une voix forte pour être entendu de tous :

MATIAS : Tiens, l'épave est de retour. Je crois que je devrais appeler ma mère pour qu'elle rappelle à la femme de ménage de bien récurer les jantes de la Bentley ce soir. Le sale boulot, ça ne se fait pas à moitié.

Les rires fusent dans le cercle de Matias et se propagent rapidement sur le parking. Kalvin sent la chaleur lui monter au visage. Il baisse les yeux, fixant le bitume. La rage bout en lui, une sensation familière qu'il a appris à maîtriser, ou du moins à contenir, depuis qu'il a mis les pieds dans cette école. Il encaisse sans broncher, le poids des regards indifférents et moqueurs l'écrasant.
C'est alors qu'une voix douce et ferme s'élève à côté de lui, isolant Kalvin de la foule hostile.

ÉLISE : Ne fais pas attention à lui et à ces provocations. Il est né avec la méchanceté ancrée en lui, tout comme son père. Allez, viens, on va vite en cours. On risque d'être en retard, et tu sais que Mr. Dobine est intraitable sur la ponctualité.

Kalvin relève à peine la tête, reconnaissant le visage d'Élise, une de ses camarades de classe. Elle ne le regarde pas avec pitié, juste avec une solidarité discrète. Il hoche la tête, reconnaissant, et suit son amie à travers les portes du lycée, laissant l'arrogance de Matias et le luxe des Braxton derrière lui.

SCÈNE 2 : Le Disquaire "Vinyl Dreams"

Loin des klaxons et des rires arrogants du lycée, Dom Karter était penché sur une caisse de vinyles nouvellement arrivés, l'odeur du carton et du vieux papier étant sa seule compagnie. Il travaillait au "Vinyl Dreams", une petite boutique du centre-ville, l'un des rares lieux où l'argent des Braxton ne pouvait pas dicter sa vie.

M. BALDI (Le patron), un homme trapu à la barbe poivre et sel, apparaît derrière le comptoir, son ton brusque déchirant la mélodie d'un album de Jazz :

M. BALDI : Dit donc Dom, ne t'endors pas trop et active-toi un peu ! Il y a toute une cargaison d'arrivage qui vient d'arriver et j'aimerais que tout soit rangé d'ici ce soir !

DOM : Oui, pas de soucis, ça sera fait Monsieur Baldi.
Dom replonge dans son classement, mais s'arrête net. Dans ses mains, un album du groupe de rock The Wildkids, The Last Dance. Ses doigts caressent la pochette jaunie. Le titre d'une chanson – "Don't Say Goodbye" – le frappe comme un écho lointain. C'était la chanson préférée de son père. Celle qu'il écoutait en boucle juste avant de quitter la maison, de laisser sa mère et eux derrière lui, brisés par le divorce. Il y a eu un temps où la musique n'était que joie. Maintenant, elle était un rappel du manque.

Le carillon de la porte sonne.
Dom lève les yeux et son cœur fait un bond. C'est Orely. Elle porte une veste en cuir sous son manteau de marque, un geste de rébellion discrète contre le look strict des Braxton. Ses yeux ne sourient qu'à lui.

ORELY : Salut, mon petit vendeur préféré.
Elle s'approche rapidement et Dom se penche, lui offrant un baiser rapide et furtif. À quelques mètres, M. Baldi empile des boîtes, mais le risque de se faire voir est toujours présent.

DOM : Tu ne devrais pas être là. Et le lycée ?

ORELY : J'ai un peu séché. Je voulais te voir. Écoute, ça te dirait d'assister à une convention de Cosplay ce soir ? Ça serait parfait pour nous deux. Loin de tout le monde.

Dom soupire en regardant la pile de vinyles qui lui monte aux genoux.
DOM : Ça risque d'être compliqué. J'ai beaucoup de travail encore, et je ne sais pas à quelle heure je finirai. Baldi est... d'humeur exécrable.
Orely esquisse une moue déçue.

ORELY : Dommage. J'irai sans toi, alors. Je demanderai à Lucas de m'accompagner.
La mention de ce nom fait immédiatement monter le sang à la tête de Dom. Il repose brusquement l'album des Wildkids.

DOM : Lucas ? Il peut pas aller avec sa copine, lui ?
ORELY : Eh non, ils viennent de rompre récemment. Ça lui changera un peu les idées. Et puis, on n'y restera pas longtemps, même si j'aurais bien voulu y aller avec toi, mon charmant vendeur.

Dom, malgré sa jalousie, ne veut pas paraître possessif. Il force un sourire :
DOM : Non, non, ça ne me dérange pas du tout si tu vas avec lui. Amuse-toi bien. Je te téléphonerai ce soir, si je finis à une heure décente.

ORELY : Pas de soucis. Je t'envoie un message. Allez, j'y vais, tu as du travail qui t'attend. À plus, mon amour.
Elle lui lance un dernier regard, mi-amusé, mi-triste, et s'éclipse. Dom regarde la porte se refermer derrière elle, une angoisse sourde se mêlant à la colère froide qu'il ressentait déjà envers les Braxton.

SCÈNE 3 : Le Piège de Matias

À peine Orely avait-elle disparu de la vue de Dom, que le rugissement d'un moteur familier déchira l'air de la rue.

Matias Braxton. Il roulait lentement, son coupé rouge vif faisant honte aux modestes véhicules garés le long du trottoir.
Ses yeux s'arrêtent brusquement. Il vient d'apercevoir sa sœur, Orely, à l'angle de la rue, en train de presser le
pas pour rejoindre le quartier chic.

Pourquoi Orely se trouve-t-elle ici, dans cette partie de la ville qu'elle prétend détester ? Sa suspicion est piquée.
Il se gare brutalement et remonte la rue à pied. Il passe devant le disquaire "Vinyl Dreams". Matias ricane intérieurement.

Orely n'a jamais écouté de musique qui ne soit pas déjà en tête de hit-parade.
Matias s'apprête à tourner le dos au magasin quand son regard accroche un détail. Sur le rebord de la petite marche de briques devant la boutique, coincé, il y a un élastique à cheveux. Un simple élastique de couleur bleu marine. Matias le reconnaît. C'était l'élastique préféré d'Orely.
Matias le ramasse du bout des doigts, un sourire narquois étirant ses lèvres. Sa sœur était dans cette boutique.

Il jette un regard par la vitrine. Dom est là, en train de trier des vinyles, son visage concentré et impassible. Un Karter. Le frère de l'autre rat du parking.

Matias glisse l'élastique dans sa poche. C'est un petit indice, la preuve que sa sœur fait quelque chose de stupide et de bas.

SCÈNE 4 : Le Dîner de Glace chez les Braxton

La salle à manger de la villa des Braxton était immense, éclairée par un lustre en cristal. Stan Braxton, le patriarche, trônait à l'extrémité de la longue table en marbre, son épouse à ses côtés, et Matias déjà installé.

La porte s'ouvre. Orely entre, ses joues encore rougies. Elle s'excuse immédiatement.

ORELY : Pardon pour le retard, je suis désolée.
STAN BRAXTON : Où est-ce que tu étais encore ? J'espère que tu n'étais pas chez cette bonne à rien de Camille !

ORELY : Non, non, Papa. J'étais avec mon ami Lucas. Nous étions allés à une convention de Cosplay.

STAN BRAXTON : Une convention de quoi ? C'est quoi ce machin ? Au lieu de perdre ton temps dans des lieux abrutissants, j'espère pour toi que tu restes concentrée sur tes examens. L'échec ne fait pas partie de notre vocabulaire.

ORELY : Oui, Papa, ne t'inquiète pas. Je réussirai mes examens et j'aurai mon diplôme avec mention.

STAN BRAXTON : (Il la regarde intensément.) Avec mention très bien, rétorque son père.

Orely s'assoit, le poids des attentes l'écrasant. Le dîner commence dans un silence solennel.

Matias est assis en face d'Orely. Il ne dit rien, mais à chaque fois que sa sœur lève la tête, elle croise son regard. Ce n'est pas le regard habituel de son frère – c'est quelque chose de nouveau, de froid et de soupçonneux. Un regard qui semble vouloir percer ses défenses.

SCÈNE FINALE : La Menace de Matias

Le dîner des Braxton s'achève aussi froidement qu'il a commencé. Stan et son épouse se retirent. Orely se dirige vers l'escalier, prête à s'enfermer dans sa chambre.

MATIAS : (D'une voix basse.) Tu sais, Sœur, tu es un peu négligente.
Orely s'arrête net et se retourne. Le regard de Matias est désormais dur, prédateur.

ORELY : De quoi tu parles ?
Matias avance lentement. Il plonge sa main dans la poche de son pantalon et en retire l'élastique à cheveux bleu marine.
Le souffle d'Orely se coupe. Elle vérifie instinctivement son poignet – il n'y est plus.

MATIAS : J'ai trouvé ça. Sur la marche d'un vieux disquaire du centre-ville, juste après t'avoir vue t'enfuir de ce quartier miteux plus tôt.
Il jette l'élastique à ses pieds, comme s'il s'agissait d'une preuve sale.

MATIAS : Raconte-moi encore que tu étais avec Lucas à cette ridicule convention de Cosplay. Parce que je suis prêt à parier que tu as confondu les vinyles et les Karter, Orely.
La couleur quitte le visage d'Orely.

MATIAS : (Son ton est glacé.) Épargne-moi ça. Je suis ton frère. Je sais quand tu mens. Ce n'est pas la peine de me demander si Papa sait déjà. Il ne sait pas... pour l'instant.
Il se rapproche d'elle, sa voix se faisant un chuchotement menaçant.

MATIAS : Mais si tu continues à fréquenter ce genre de déchets, je me ferais un plaisir de lui expliquer en détail pourquoi sa fille traîne dans les bas-fonds. Imagine la fierté de Stan Braxton d'apprendre que l'héritière de l'empire sort avec Dom Karter, le frère du larbin que je me suis amusé à humilier ce matin.
Matias la dévisage.

MATIAS : Tu as jusqu'à demain soir pour mettre les choses au clair, Orely. Tu choisis : ta famille, ton argent, ton avenir... ou ton petit vendeur de disques. Mais ne t'avise pas de me mentir une seconde fois.

La suite prochainement !

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