Les fissures du néant

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Avec le soutien de  Sebreton 
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Le couloir du laboratoire résonnait d’un silence étrange.

Pas le silence paisible d’une nuit d’été, non.

Celui, lourd et étouffant, d’un lieu où la curiosité humaine a dépassé la prudence.

Eiden avançait lentement derrière son père, le regard curieux, émerveillé.

Tout autour de lui, des vitres épaisses laissaient entrevoir des chambres d’expérimentation, des silhouettes allongées, branchées à des machines au bourdonnement continu.

Des lumières bleutées palpitaient dans l’ombre, comme si le cœur du monde battait là, sous terre.

« Tu restes près de moi, d’accord ? »

La voix grave de son père résonna dans la pièce.

Le docteur Soryu n’était pas un homme à plaisanter. Ses yeux fatigués cachaient une détermination qu’Eiden ne comprenait pas encore.

Mais aujourd’hui, il semblait plus nerveux que d’habitude.

Sur les tables métalliques, plusieurs corps inertes gisaient.

Des prisonniers, lui avait-on dit. Des hommes condamnés à mort, offerts à la science.

Eiden n’avait pas posé de question. Il avait juste observé, fasciné, les tubes de verre dans lesquels circulait un liquide sombre, presque vivant.

Une matière étrange, mouvante, qui semblait chercher une issue.

Les chercheurs l’appelaient le Glitch.

Un fragment de code biologique inconnu, trouvé dans le cœur d’un cadavre de Noxis.

Personne ne savait comment il fonctionnait.

Mais tous savaient une chose : il réagissait à la présence humaine.

Les heures passèrent.

Les scientifiques tentaient, encore et encore, de greffer le Glitch à des organismes vivants.

Chaque fois, le résultat était le même :

le cobaye convulsait, criait… puis s’effondrait, le corps rongé de l’intérieur.

Quand la pause fut annoncée, les voix cessèrent un instant.

Le père d’Eiden posa ses lunettes sur la table.

« On reprendra dans trente minutes. Aucun contact avec les échantillons, compris ? »

Eiden hocha la tête, docile, alors que son père et les autres quittaient la pièce.

Mais la curiosité est plus forte que l’interdit.

Seul dans le silence du laboratoire, Eiden s’approcha d’un des lits métalliques.

Un homme y reposait, immobile, son torse couvert de capteurs.

À côté, un petit cylindre transparent vibrait doucement, contenant une larme de cette étrange substance noire.

Le Glitch.

Eiden le fixa longuement.

Une lueur hypnotique dansa dans ses yeux verts.

Il tendit la main, hésita, puis toucha le cylindre.

Le verre était froid.

« Si je… mets juste une goutte… ça ne changera rien, non ? » murmura-t-il pour lui-même.

Le liquide glissa lentement sur la peau du cobaye.

Au début, rien.

Puis soudain — Le corps du sujet se tendit d’un coup.

Ses veines devinrent noires, ses yeux se renversèrent, et un hurlement déchira le silence.

Eiden recula, terrifié.

Mais avant qu’il ne puisse fuir, la main du cobaye se referma sur son bras.

Un cri. Un éclat de lumière bleue.

Et le Glitch, comme une créature vivante, remonta le long de sa peau, s’infiltrant dans ses veines.

Des chiffres, des symboles et des lignes de code dansèrent dans sa vision.

Sa respiration se coupa.

Tout vibra autour de lui, les alarmes hurlèrent, les portes s’ouvrirent brusquement.

« Eiden !! » hurla son père en courant vers lui.

Mais il était trop tard.

L’énergie noire enveloppa le garçon comme un cocon.

Les scientifiques s’arrêtèrent, impuissants, observant la scène.

L’un d’eux tremblait déjà, murmurant :

« Il… il l’a absorbé… »

Le père d’Eiden se jeta à genoux, le prit dans ses bras.

« Tiens bon, Eiden ! Respire ! »

Mais le garçon ne répondait plus.

Son regard se vida, son corps s’alourdit.

Une lumière blanche éclata.

Puis, le silence.

Tout disparut.

Le noir.

Un battement sourd.

Une voix, lointaine, douce mais insistante :

— Eiden… réveille-toi…

Le garçon ouvrit lentement les yeux.

Devant lui, la lumière du jour filtrait à travers une fenêtre.

Des livres, des rayonnages, des chuchotements familiers.

Il n’était plus au laboratoire.

Il était assis à une table, la tête posée sur un manuel d’histoire.

« Tu dormais encore, hein ? »

Une voix à côté de lui le fit sursauter.

Son ami, un sourire moqueur sur le visage, le regardait d’un air amusé.

« On devait réviser, pas rêver. »

Eiden leva la main, observa sa paume.

Une fine lueur bleutée y courait, presque invisible.

Un frisson le traversa.

Non… Ce n’était pas un rêve.

Quelque chose, là-bas, dans ce laboratoire, avait laissé une trace en lui.

Et il le sentait : ce n’était que le début.

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